Saintes confrontée à une série de crues sans précédent
La ville de Saintes, située en Charente-Maritime, a récemment subi sa quatrième plus importante crue depuis le début du XXᵉ siècle. Le pic a été enregistré le samedi 21 février 2026 à 21 heures 20, avec une hauteur de 6,565 mètres sous le pont Palissy. Cette inondation s'inscrit dans un contexte alarmant de récurrence accélérée, avec cinq crues majeures survenues en seulement cinq ans, dont trois successives entre novembre 2023 et mars 2024.
Une situation inédite selon les experts
Le professeur Jean-Michel Carozza, géomorphologue à l'université de La Rochelle, souligne le caractère exceptionnel de cette séquence. « C'est la première fois qu'on observe autant de crues consécutives avec un impact aussi élevé », explique-t-il. Contrairement à des fleuves comme la Garonne, où les crues sont rapides et torrentielles, la Charente présente une montée des eaux très lente, s'étalant sur plusieurs jours, suivie d'une redescente encore plus progressive, pouvant durer jusqu'à trois semaines.
Chaque centimètre compte sur ce fleuve à faible pente, où des gains minimes peuvent épargner des dizaines de maisons, préserver des routes et protéger les réseaux essentiels.
Reconstituer le passé pour éclairer l'avenir
Avec sa collègue Amélie Duquesne, Jean-Michel Carozza mène depuis l'été 2025 un travail minutieux de reconstitution de la crue de 1904, la deuxième plus importante du siècle dernier. « Cette crue est bien moins documentée que celles de 1982 ou 1994 », précise le chercheur. En s'appuyant sur des cartes postales anciennes, des articles de presse et des relevés GPS, l'équipe vise à établir avec précision les hauteurs d'eau et l'étendue des zones inondées.
L'objectif est de comparer les différentes crues, chacune étant unique par sa hauteur, sa durée de submersion et sa vitesse d'écoulement. « On ne peut pas tirer des conclusions complètes à partir d'une seule crue », insiste Jean-Michel Carozza. Cette approche permet également de recueillir le vécu des habitants, offrant une perspective humaine essentielle pour comprendre l'impact réel de ces événements.
Des solutions innovantes pour atténuer les risques
Face à l'urgence, plusieurs pistes sont explorées pour limiter les effets des crues. Parmi elles, le projet REFLET (Réouverture des bras morts du Fleuve Charente pour un territoire résilient) vise à restaurer d'anciens bras du fleuve partiellement déconnectés. « Ces bras morts peuvent stocker l'eau en période de crue, réduisant le volume arrivant en aval, et favoriser les échanges avec la nappe phréatique », détaille le géomorphologue.
Cette initiative, financée en partie par la Région Nouvelle-Aquitaine et discutée avec l'agence de l'eau Adour-Garonne, présente des bénéfices multiples :
- Lutte contre les extrêmes hydrologiques en régulant le débit.
- Recharge de la nappe phréatique en fin de crue, atténuant les étiages estivaux.
- Création de zones humides propices à la biodiversité, servant de frayères à poissons et de sites de nichage pour les oiseaux.
Le diagnostic des bras susceptibles d'être rouverts est en cours, avec l'espoir de développer des solutions durables pour un territoire plus résilient face aux défis climatiques.



