Régine Rimmelé, militante d'Alès, dévoile son passé d'hôtesse d'avortements clandestins
Régine Rimmelé raconte son combat pour l'IVG à Alès

Régine Rimmelé, militante d'Alès, dévoile son passé d'hôtesse d'avortements clandestins

Régine Rimmelé, septuagénaire résidant à Alès dans le Gard, brise pour la première fois le silence sur son engagement féministe des années 1970-1980. Cette militante historique a joué un rôle crucial dans le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (Mlac) à Aix-en-Provence, en mettant son domicile à disposition pour des interruptions volontaires de grossesse clandestines.

Un engagement né dans la tourmente judiciaire

En 1977, alors âgée de 20 ans, Régine Rimmelé rejoint le Mlac suite au retentissant procès de six militantes inculpées pour "tentative d'avortement et exercice illégal de la médecine". Elle participe aux manifestations de soutien et se retrouve rapidement intégrée au mouvement mixte rassemblant médecins et non-médecins, créé en 1973.

"En allant manifester à Paris, il se trouve que j'étais dans le bus affrété pour le Mlac. Je me suis retrouvée en tête de cortège, on a créé des liens", se souvient-elle avec émotion.

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La table de cuisine et le repas partagé

Jusqu'à son départ d'Aix-en-Provence en 1983, cette "soixante-huitarde" met son appartement à disposition des militantes formées à la méthode de Karman, une technique d'aspiration utérine. Informaticienne de métier, elle n'effectuait pas elle-même les avortements, mais accueillait les femmes dans la plus grande discrétion.

"Je fournissais une table de cuisine et un repas ensuite", explique-t-elle modestement, avant d'ajouter : "Quand c'était fini, c'était la fête. Des moments très conviviaux."

Ces rencontres clandestines rassemblaient des femmes de tous profils, sans distinction sociale. Régine Rimmelé se rappelle notamment d'une femme en était à son sixième avortement : "Elle n'arrivait pas à gérer sa contraception." Aucun contact n'était conservé avec les personnes aidées, par souci de sécurité absolue.

Un combat dangereux mais nécessaire

Malgré la légalisation de l'avortement en 1975 avec la loi Veil, les pratiques du Mlac restaient illégales car réalisées sans la présence permanente d'un médecin. Les militantes risquaient la prison, mais cette perspective ne les décourageait pas.

"Vous savez, dans ce genre de combat, on est inconscient", reconnaît aujourd'hui l'ancienne militante, installée depuis trois ans à la résidence L'Oustal à Alès pour des raisons de santé.

Un héritage familial et politique

Son engagement puise ses racines dans l'exemple familial. Sa mère, Rose, pratiquait déjà des avortements illégaux dans la plus grande discrétion. "Elle ne m'a jamais expliqué en détail, et je ne lui ai jamais demandé", confie Régine Rimmelé, qui conserve précieusement les photos de cette femme élégante au regard franc.

Simone Veil constitue l'autre grande inspiration de la militante, même si elle souligne les insuffisances de la loi de 1975 : "La législation, quoique fondatrice, était incomplète, puisqu'elle excluait les femmes mineures, étrangères ou précaires."

Les limites persistantes du droit à l'IVG

La légalisation n'a pas mis fin aux actions des réseaux féministes. De nombreuses femmes continuaient à recourir aux circuits parallèles pour diverses raisons pratiques : "Ça coûtait cher, peu d'hôpitaux le faisaient, les délais d'attente étaient trop longs", énumère Régine Rimmelé.

Elle insiste sur la persistance des obstacles, même après l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution : "Aujourd'hui, il y a encore des gens qui sont contre." Les barrières sociétales et pratiques continuent d'entraver l'accès à ce droit fondamental.

Une vie sans enfants, par choix assumé

À 75 ans, Régine Rimmelé est la plus jeune résidente de L'Oustal. Sans enfants par choix, elle assume cette décision face aux regards parfois compatissants : "Quand je dis ça aux gens, je suis obligée d'ajouter que c'est par choix, sinon on me regarde avec des yeux tristes. Même aujourd'hui."

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Elle reconnaît que les conversations dans sa résidence tournent souvent autour des enfants et petits-enfants : "Ça m'ennuie parfois, il y a d'autres sujets de conversation", confie-t-elle en levant les yeux au ciel, tout en précisant s'être engagée auprès des enfants via du bénévolat au Secours catholique.

Un témoignage révélé par hasard

C'est grâce à sa passion pour la lecture que Régine Rimmelé a finalement décidé de partager son histoire. Membre du club de lecture de sa résidence et jurée au Prix littéraire du Groupe Domitys, elle a révélé son passé lors d'un road trip vers Toulouse en juin 2025.

Elsa Bonnet, animatrice de la résidence, a été profondément touchée par ce témoignage : "Nous avons un point commun. Moi non plus je n'ai pas d'enfants, mais j'ai des neveux et nièces avec qui j'ai beaucoup de liens."

Un héritage à transmettre

Si Régine Rimmelé affirme être "passée à autre chose", elle reste convaincue que "le combat n'est pas terminé". Son implication dans le Mlac constitue un souvenir vivace et un héritage précieux pour les générations futures.

"Il y a un âge pour tout", conclut-elle avec sagesse, consciente d'avoir contribué à écrire une page importante de l'histoire des droits des femmes en France, depuis sa résidence alésienne où elle conserve intact son caractère et son autonomie.