Un audit citoyen décisif pour l'usine Cyclamen à Millau
À Millau, le projet d'implantation de l'usine Cyclamen, spécialisée dans le recyclage de métaux non ferreux, continue de diviser la population et les associations environnementales. Après une visite surprise de deux jours en Moselle, où l'entreprise possède déjà un site, le collectif Millau 2050, engagé pour la transition écologique, a finalement tranché en faveur d'un soutien mesuré, assorti d'exigences strictes et non négociables.
Une inspection minutieuse du site mosellan
Les membres de Millau 2050 se sont rendus en Moselle pour mener ce qu'ils qualifient d'"audit citoyen", inspectant les bâtiments, rencontrant les riverains, les membres du collectif local BitchLand'Air, et le directeur du site, Adrien Antenen. "Sans la mobilisation des riverains en Moselle, rien n'aurait changé", affirme un membre du collectif, soulignant l'importance de la vigilance citoyenne.
Pierre Bardaud, ingénieur qualiticien, précise les premiers constats : "Les salariés portent des masques, et les taux de métaux lourds sont inférieurs aux seuils réglementaires." Concernant les rejets, il utilise une métaphore : "C'est comme fumer une cigarette en plein air : ce n'est pas idéal, mais les risques sont limités."
Chantal Sicard, médecin en exercice, rapporte qu'"aucun cas de maladie professionnelle n'a été déclaré depuis l'ouverture du site en 2020". Les analyses d'eau réalisées par des laboratoires indépendants ne révèlent pas non plus de pollution avérée, malgré certaines fluctuations de plomb et de cuivre qui pourraient être attribuées à l'histoire industrielle du lieu.
Des conditions strictes pour un soutien conditionnel
De cette visite, Millau 2050 tire une conviction : le collectif soutiendra le projet d'implantation sur la zone Millau Viaduc 2, mais sous des conditions précises. Alexandra Moulin, présidente du collectif et colistière de la maire sortante Emmanuelle Gazel, déclare : "Nous ne voulons pas d'une usine qui pollue, mais d'une usine qui recycle nos déchets de manière responsable."
Pour garantir cette responsabilité, Millau 2050 exige :
- L'installation d'une borne ATMO pour surveiller en continu la qualité de l'air
- La création d'un comité de surveillance associant citoyens, Dreal et Parc Naturel Régional
- L'entrée de partenaires publics au capital de l'entreprise
Cette dernière proposition, présentée comme une "garantie contre les excès passés", a retenu l'attention de la direction de Cyclamen, qui a confirmé étudier sérieusement cette possibilité.
Divisions persistantes parmi les associations environnementales
Si Millau 2050 se prononce en faveur du projet, le collectif Vigilance Environnement Millau (VEM) maintient son opposition ferme, dénonçant un "risque environnemental inacceptable". Un membre de VEM critique : "Certains membres de Millau 2050 sont engagés politiquement aux côtés de la maire. Leur position n'est pas neutre."
Un argument que rejettent les membres de Millau 2050 : "Notre engagement est technique avant d'être politique. Nous ne sommes pas là pour bloquer un projet qui crée des emplois et participe à la transition écologique, mais nous ne fermerons pas les yeux : si les conditions ne sont pas remplies, nous retirerons notre soutien."
Une vision stratégique pour l'avenir de Millau
Alexandra Moulin résume la position de son collectif : "Cette entreprise nous semble en accord avec la nécessité de prendre en charge la gestion de nos déchets et notre souveraineté nationale sur des matériaux en tension, dont la production d'aluminium fait partie. En clair, nous sommes favorables à une entreprise qui traite des déchets plutôt qu'à une énième plateforme logistique Amazon à laquelle nous nous opposerons. Mais cette confiance se mérite."
Le débat autour de Cyclamen illustre les tensions entre développement économique, création d'emplois et protection environnementale dans les territoires. La société, en voie de s'installer sur la zone Millau Viaduc 2, devra maintenant répondre aux exigences formulées pour obtenir le soutien complet des défenseurs de l'environnement locaux.



