Frelon asiatique : les apiculteurs dénoncent le manque de coordination nationale au printemps 2026
Frelon asiatique : apiculteurs dénoncent manque de coordination

Frelon asiatique : une mobilisation massive nécessaire au printemps 2026

Une lutte d'ampleur est impérative en ce début de printemps pour contrer la prolifération de cette espèce invasive venue d'Asie, redoutable tueuse d'abeilles. Si des pièges sont disponibles pour les particuliers, les apiculteurs déplorent une implication insuffisante des pouvoirs publics dans ce combat global. « Le temps biologique n'est pas le temps politique », constatent-ils amèrement.

Des élections municipales qui freinent la lutte

En pleine période électorale, la priorité des communes ne s'est pas orientée vers la lutte contre le frelon asiatique. « Cette année, c'est mal tombé pour nous », commente, contrarié, un apiculteur girondin. Pendant ce temps, le frelon asiatique poursuit son cycle naturel. En ce mois de mars 2026, l'hiver s'achève, les végétaux fleurissent et les reines se réveillent.

Au début du printemps, les plantes fleurissent et les reines frelons asiatiques cherchent activement un site pour établir leur nid. Elles n'ont qu'un objectif : fonder une colonie. Elles recherchent l'endroit adéquat pour construire un nid imposant, résistant aux éléments. Durant cette phase, elles doivent trouver des sources d'alimentation et pondre des larves qui, une fois adultes, participeront à l'édification du nid.

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Une course contre la montre

Le processus peut prendre moins d'un mois pour que les larves deviennent des frelons adultes. D'où l'importance cruciale de piéger les pondeuses immédiatement au début du printemps, avant qu'elles ne produisent une progéniture. Un seul gros nid peut accueillir jusqu'à 12 000 frelons et engendrer 200 reines prêtes à reproduire le cycle de cette espèce, importée par mégarde de Chine en 2003 et classée nuisible en 2012. Sur une saison, un nid de frelons asiatiques peut produire 10 000 individus.

Une coordination nationale inexistante

« Vingt ans plus tard, le frelon asiatique vespa velutina s'est emparé du territoire français et la situation est de façon certaine hors de contrôle », déplore la Fédération des apiculteurs de la région Nouvelle-Aquitaine (Farna) dans une enquête publiée en décembre 2025. Comme pour le Covid-19, ce fléau pourrait être maîtrisé grâce à une mobilisation globale.

Problème majeur : « Nous, les apiculteurs, agissons mais sommes livrés à nous-mêmes. Comme il n'y a pas de coordination nationale, c'est encore, en cette saison 2026, au bon vouloir des communes et de chacun de s'impliquer dans la lutte contre le frelon », s'insurge Pierre Verger, président du Syndicat apicole de Gironde (SAG33). « Si on n'arrive pas à se coordonner, c'est dommage car le rayon d'action d'un frelon est de 10 kilomètres. »

Des initiatives locales insuffisantes

Le représentant des apiculteurs note cependant quelques bonnes actions mises en place localement. Comme à Cestas, au sud de Bordeaux, qui a distribué des pièges. Son confrère Éric Nadeau, membre du Groupement de défense sanitaire apicole de Gironde (Gdar33), signale la mobilisation de Bordeaux Métropole qui va mener une étude sur les piégeages des frelons dans ses 28 localités. Malgré cela, seules 25 communes sont partenaires du Gdar33 sur les 534 que compte la Gironde.

Un problème devenu sociétal

« Il est devenu un problème de société », constate Pierre Verger. Au début de l'année 2024, le Conseil départemental avait lancé une campagne de communication massive auprès des communes et du grand public via des réunions vidéos, campagnes radio, articles de presse et affichage, avec pour objectif de coordonner les actions de piégeage. Cette opération n'a pas été renouvelée depuis. « Les subventions sont en baisse, les finances du Département sont dans le rouge… », observe un apiculteur.

De plus en plus d'entreprises proposent d'intervenir contre le frelon asiatique, avec des coûts variant entre 65 et 125 euros pour l'enlèvement d'un nid. Qu'ils soient en ville ou à la campagne, les particuliers sont invités à poser des dispositifs au début du printemps. « Disponibles en jardineries, ils sont désormais en vente dans les commerces pour le grand public, cela prouve que le frelon asiatique devient un problème de société », analyse Pierre Verger.

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Un impact économique considérable

Destinée à alerter les pouvoirs publics, l'enquête de la Farna sur l'impact du frelon repose sur les déclarations de 1 037 apiculteurs de Nouvelle-Aquitaine, dont 302 de Gironde. 92 % des apiculteurs déclarent avoir subi une pression du frelon à pattes jaunes sur la saison 2025. Ce chiffre est en forte hausse par rapport à 2024. La pression de la saison 2025 a été bien plus dense que celle de 2024 et retrouve quasiment le score de 95 % de 2023. Le préjudice financier est évalué à 1 393 292 euros.

Piégeage : mode d'emploi et sélectivité

Les pièges à frelon sont de plus en plus sélectifs et diversifiés. « Pour celui de la marque Véto-Pharma, nous recommandons de mettre un bout d'éponge au fond qui, en absorbant le liquide, permet aux petits insectes de s'échapper », explique Éric Nadeau. Créé par l'ingénieur plasticien suisse Julien Gallina, le piège Good4bees ne capture que les frelons asiatiques. Prisonniers, ceux-ci meurent d'épuisement ou sous l'effet de la température supérieure à 42 degrés lorsque le piège est ensoleillé.

La sélectivité est primordiale pour la biodiversité : « L'homme ne peut se permettre de tuer d'autres espèces [nécessaires aux oiseaux par exemple] afin de sauver l'abeille ». Pour le liquide appâtant l'insecte, Éric Nadeau préconise un mélange de « grenadine, vin blanc et levure de boulanger ».