La « crise de l’attention », souvent présentée comme un mal typiquement moderne, serait en réalité un phénomène ancien. C’est ce que soutient Sarah-Jane Murray, professeure spécialisée dans les grands textes et la création littéraire au Honors College de la Baylor University (Texas), également réalisatrice, scénariste et productrice nommée aux Emmy Awards. Dans un entretien accordé à L’Express, cette Irlandaise francophile démontre que des penseurs comme Sénèque et Marie de France ont décrit des situations similaires à leurs époques, tout en proposant des remèdes.
Un phénomène décrit dès l’Antiquité
Sarah-Jane Murray rappelle que Sénèque, philosophe romain du Ier siècle, se plaignait déjà de l’incapacité de ses contemporains à se concentrer, tiraillés entre de multiples occupations. Loin d’être une spécificité de l’ère numérique, cette dispersion de l’esprit était déjà perçue comme un fléau il y a deux mille ans. La professeure souligne que ces écrits antiques contiennent des analyses fines des mécanismes de l’attention, bien avant les neurosciences modernes.
Marie de France et les solutions médiévales
Au XIIe siècle, la poétesse Marie de France évoque également, dans ses lais, des personnages submergés par les sollicitations et incapables de se fixer. Pour Sarah-Jane Murray, ces textes ne sont pas de simples témoignages : ils proposent des solutions concrètes pour retrouver la concentration, comme la lecture attentive, la contemplation ou la pratique d’un art. La professeure insiste sur l’importance de ces œuvres pour notre époque, car elles offrent des pistes éprouvées pour lutter contre la dispersion.
Un héritage à redécouvrir
Pour Sarah-Jane Murray, la « crise de l’attention » actuelle gagnerait à être replacée dans une perspective historique. En étudiant les réponses apportées par les penseurs du passé, nous pourrions trouver des stratégies efficaces pour mieux gérer notre rapport aux écrans et aux distractions. La professeure appelle à une redécouverte de ces textes, dont la sagesse pourrait éclairer nos défis contemporains. Selon elle, la solution ne réside pas dans la technologie, mais dans une réappropriation de notre héritage culturel.



