Crise énergétique : le transport aérien face au défi du kérosène et à la menace d'une pénurie
Transport aérien : la menace d'une pénurie de kérosène plane

Le transport aérien confronté à la vulnérabilité du kérosène dans un monde en crise

Alors que la France accélère sa transition vers l'électrique pour faire face à la crise énergétique, le secteur du transport aérien se retrouve dans une impasse stratégique. Philippe Jarry, ancien responsable de la stratégie chez Airbus, tire la sonnette d'alarme : le kérosène demeure, et pour longtemps encore, le carburant incontournable pour propulser les avions. Cette dépendance expose les compagnies aériennes à des risques majeurs, similaires à ceux vécus pendant la pandémie de Covid-19, avec l'envolée des prix et la menace croissante de pénuries.

Une menace géopolitique qui plane sur les approvisionnements

Les tensions internationales, notamment la guerre en Ukraine et les risques de conflit au Moyen-Orient, mettent en lumière la fragilité des chaînes d'approvisionnement. Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, a récemment averti : "Si la guerre en Iran et le blocus du détroit d'Ormuz durent plus de trois mois, nous aurons de sérieux problèmes d'approvisionnement de kérosène". Philippe Jarry partage cette inquiétude, soulignant que le secteur aérien espère un retour à la normale d'ici la fin de l'année, mais que rien n'est moins certain.

Il rappelle que les conflits peuvent s'enliser pendant des années, comme en témoignent les situations en Ukraine ou, historiquement, au Vietnam. Une interruption de seulement 20 % des flux d'hydrocarbures suffirait à bouleverser l'économie mondiale, alors même que 80 % du pétrole n'emprunte pas le détroit d'Ormuz. Cette réalité souligne notre impréparation collective face à des chocs prolongés.

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La disparition des raffineries françaises : un talon d'Achille

En France, la situation est particulièrement préoccupante. Les stocks de kérosène sur le territoire national sont probablement insuffisants pour faire face à une crise prolongée. La raison en est simple : nos raffineries ont largement disparu. Désormais, le pays n'importe plus de pétrole brut, mais du carburant pour avions déjà raffiné. Cette stratégie, bien que moins coûteuse et ne nécessitant pas de stockage important, révèle ses limites en période de turbulence.

Philippe Jarry insiste : "Dans ce monde de conflits, la question des approvisionnements devra être réévaluée, que ce soit pour le gaz ou le carburant pour les avions". Les compagnies aériennes vont devoir "faire le gros dos", en anticipant des périodes difficiles et en renforçant leur résilience.

Les défis à venir pour l'aviation

Face à ces enjeux, le secteur aérien doit repenser sa stratégie :

  • Diversification des sources d'approvisionnement pour réduire la dépendance à des zones géopolitiquement instables.
  • Reconstruction de capacités de stockage stratégiques sur le territoire français pour parer aux crises.
  • Investissement dans la recherche sur les carburants alternatifs, même si le kérosène reste dominant à moyen terme.
  • Coordination internationale pour sécuriser les flux et anticiper les ruptures.

Alors que la France et l'Europe cherchent à décarboner leurs économies, l'aviation rappelle avec force que certaines transitions énergétiques sont plus complexes que d'autres. La dépendance au kérosène, couplée à des risques géopolitiques et logistiques croissants, impose une réflexion urgente sur la sécurité énergétique du secteur. Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si les leçons des crises passées ont été tirées.

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