Le Comité d'orientation des infrastructures remet un rapport critique sur les LGV du Sud-Ouest
Rapport critique sur les LGV du Sud-Ouest : calendriers irréalistes

Un rapport attendu sur l'avenir des grandes infrastructures françaises

Le Comité d'orientation des infrastructures, présidé par David Valence, a officiellement transmis son dernier rapport au ministère des Transports. Ce document crucial, qui analyse en profondeur le projet des lignes nouvelles du Sud-Ouest, a été finalisé début 2026 et remis au ministre Philippe Tabarot début avril. Le gouvernement avait spécifiquement demandé au COI d'actualiser son rapport de 2023 concernant les grands projets ferroviaires, routiers et fluviaux en cours d'élaboration sur le territoire national.

Une mission de priorisation pour dix-huit projets stratégiques

L'objectif assigné à cet organe consultatif était clair : évaluer méthodiquement les dix-huit grands projets d'infrastructure actuellement en gestation en France et fournir aux décideurs politiques des éléments concrets pour hiérarchiser les initiatives les plus pertinentes. Le contenu de ce rapport confidentiel a cependant fuité sur le site d'information spécialisé « Contexte », connu pour son expertise en matière d'institutions et de politiques publiques.

Les lignes nouvelles du Sud-Ouest sous la loupe des experts

Le COI réitère dans ce nouveau document ce qu'il avait déjà formulé trois années auparavant : la nécessité impérieuse de régénérer les infrastructures existantes avant de lancer de nouveaux chantiers pharaoniques. Un chapitre entier est consacré au projet des lignes nouvelles à grande vitesse du Sud-Ouest, communément appelées LNSO, qui doivent relier Bordeaux, Toulouse et Dax.

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Des calendriers officiels jugés irréalistes

Les experts remettent sérieusement en question le calendrier officiel avancé par les porteurs du projet. « L'avant-projet Bordeaux-Toulouse aboutit à une mise en service en 2032-2033, échéance particulièrement difficile à tenir », peut-on lire dans le rapport. Concernant la ligne Sud-Gironde-Dax, les ambitions des élus locaux qui tablent sur une mise en service en 2034 sont qualifiées de « hors de portée » par le comité.

Pour mémoire, le COI avait précédemment estimé que des échéances de livraison vers 2035 pour Bordeaux-Toulouse et vers 2042 pour Sud-Gironde-Dax apparaissaient bien plus réalistes. Cet écart significatif entre les projections politiques et les évaluations techniques soulève des questions fondamentales sur la faisabilité du projet.

Une empreinte environnementale et financière préoccupante

Bilan carbone moins favorable qu'anticipé

L'analyse environnementale du projet a été passée au crible. « Le bilan des émissions de gaz à effet de serre, partiellement réactualisé en 2025, reste positif », reconnaissent les experts, précisant qu'un équilibre serait atteint en 16 ans entre les émissions générées par la construction et les gains obtenus pendant l'exploitation. Cependant, cet équilibre était initialement attendu en seulement 10 ans. La récente baisse du trafic aérien sur la liaison Toulouse-Orly a réduit les bénéfices environnementaux anticipés, nécessitant une actualisation complète basée sur les dernières études de trafic disponibles.

Incertitudes financières majeures

Le COI évoque également des problèmes de financement préoccupants. « Le coût total n'est pas encore affermi », constate le rapport, ajoutant qu'« une réévaluation de +20% environ paraît probable par rapport au coût objectif initial ». Plus inquiétant encore, les experts soulignent que « la participation de l'État sera difficilement mobilisable à la hauteur et dans le cadre auxquels il s'était pourtant engagé », ce qui compromet sérieusement le modèle économique du projet.

Un comité qui évite de trancher sur l'avenir du projet

Face à la question cruciale de savoir s'il faut poursuivre ou abandonner le projet LNSO, le Comité d'orientation des infrastructures adopte une position prudente. « Les avis au sein du Conseil sont divergents quant à la réalisation des lignes nouvelles à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et plus encore Bordeaux-Dax et Dax-Espagne », indique le document, refusant ainsi de prendre clairement position.

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Trois scénarios sur la table du gouvernement

L'avis du COI n'étant que consultatif, la décision finale concernant la poursuite du projet de LGV dans le Sud-Ouest revient désormais entièrement au gouvernement. Trois options principales sont actuellement envisagées :

  1. Confirmer la participation de l'État dans le cadre d'un financement public traditionnel
  2. Privilégier un partenariat public-privé pour partager les risques financiers
  3. Abandonner purement et simplement le projet dont le coût total oscille entre 14 et 27 milliards d'euros selon les modalités de financement retenues et la prise en compte ou non des frais financiers

Un quatrième scénario est également évoqué dans les couloirs ministériels : temporiser jusqu'à la prochaine élection présidentielle et transmettre cette décision politiquement sensible au gouvernement qui succédera à l'actuelle équipe. Le projet des LGV du Sud-Ouest se trouve ainsi à un carrefour décisif, entre ambitions territoriales, réalités techniques et contraintes budgétaires.