Pénurie de kérosène : les compagnies aériennes contraintes d'augmenter leurs tarifs
Les aéroports européens, regroupés au sein de l'association ACI Europe, ont officiellement alerté les autorités européennes concernant les risques imminents de pénurie de kérosène. Cette situation critique, survenant en avril 2026, découle directement des perturbations majeures du trafic maritime au niveau stratégique du détroit d'Ormuz.
Une hausse disproportionnée du prix du kérosène
Paul Chiambaretto, professeur de marketing et de stratégie à la Montpellier Business School et spécialiste reconnu du secteur aéronautique, apporte son éclairage. "Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le prix du kérosène a augmenté plus fortement que celui du baril de pétrole brut", explique-t-il. "En effet, il s'agit d'un type de pétrole raffiné d'une manière spécifique. Les usines de raffinage, principalement situées au Moyen-Orient, ont soit été détruites, soit leurs cargaisons sont actuellement bloquées au détroit d'Ormuz."
Cette crise affecte profondément les compagnies aériennes, les obligeant à répercuter ces coûts sur les consommateurs. "Le carburant représente le premier ou le deuxième poste de dépenses pour une compagnie aérienne", poursuit l'expert. "Cette hausse vertigineuse des prix les place dans une situation financière délicate, les contraignant à augmenter le prix des billets."
Des surcharges carburant qui explosent
La plupart des compagnies ont instauré des "surcharges carburant", un supplément directement facturé sur les billets pour compenser la flambée des coûts. Cette surcharge, proportionnelle à la distance du vol et à la classe de voyage, peut atteindre des montants considérables.
- Sur un vol intérieur avec Transavia, elle s'élève à environ une dizaine d'euros.
- Sur des vols long-courriers d'Air France en classe affaires, elle peut osciller entre 300 et 400 euros.
Un exemple concret illustre cette inflation : un billet Montpellier-Rio de Janeiro en classe économique, acheté en février auprès d'Air France pour un peu plus de 1 200 euros, coûte désormais près de 1 900 euros. "C'est le seul moyen qu'ont trouvé les compagnies aériennes pour tenter de maintenir leurs vols", commente Paul Chiambaretto.
Des marges réduites à la portion congrue
La situation est d'autant plus préoccupante que les marges des compagnies étaient déjà extrêmement faibles. "En 2025, la marge moyenne par passager sur un billet d'avion était de 7 à 8 euros. C'est le prix d'un café chez Starbucks", rappelle le spécialiste.
Il précise : "Sur un vol Paris-New York dont le billet coûtait environ 500 euros, la part du carburant était jusqu'ici d'environ 150 euros. Aujourd'hui, avec la crise au Moyen-Orient, elle atteint 250 à 300 euros. Les compagnies n'ont d'autre choix que de répercuter ces hausses."
Une haute saison touristique sous tension
Cette flambée des prix survient au pire moment, alors que l'industrie entre dans la haute saison touristique, période où la demande de voyages aériens explose traditionnellement. "La situation est compliquée pour les aéroports et les compagnies, qui misent énormément sur cette période", analyse Paul Chiambaretto.
Il observe une méfiance croissante des voyageurs : "Les passagers s'interrogent sur la pérennité de ces hausses de prix et sur la confirmation effective de leurs vols. Certains, par prudence, retardent leurs réservations." Cette incertitude pourrait pousser certaines compagnies à annuler des vols, créant un cercle vicieux inquiétant.
Les compagnies low cost : une résistance temporaire
Contrairement aux idées reçues, les compagnies low cost semblent, pour l'instant, moins touchées par cette crise. "En Europe, à court terme, ce sont elles qui bénéficient des meilleures couvertures carburant", estime l'expert.
Cependant, cette relative protection ne durera pas. "À moyen et long terme, ce sont également les compagnies les plus dépendantes du prix du baril de pétrole. Elles pourraient donc souffrir davantage que les compagnies traditionnelles", prévient Paul Chiambaretto, soulignant la vulnérabilité structurelle de ce modèle face aux chocs pétroliers.
L'ensemble du secteur aérien retient son souffle, espérant une résolution rapide de cette crise géopolitique et logistique qui menace la stabilité des prix et la fluidité du trafic aérien mondial.



