La Rochelle face au défi de la régulation des vélos
Tout en rappelant l'histoire d'amour qui lie la ville et les cyclistes depuis des décennies, la plupart des candidats aux élections municipales semblent vouloir lever le pied sur le développement des deux-roues. L'heure est à la régulation dans une cité où la cohabitation entre usagers est devenue électrique.
Le choix des abonnés révèle les préoccupations locales
À l'occasion des élections municipales des 15 et 22 mars, les abonnés de Sud Ouest ont pu voter, fin décembre, pour les sujets qu'ils voulaient voir aborder en priorité sur leur commune. Ces articles baptisés Le choix des abonnés mettent en lumière les tensions autour des mobilités douces.
Sur le papier, on pourrait penser que c'est le genre de dossier municipal plus ou moins facile à manœuvrer. Gérer les pistes cyclables et donc les cyclistes, ces gens qui enfourchent leurs deux-roues pour se rendre au travail ou emmener leurs enfants à l'école, devrait être un sujet agréable. Mais ces dernières années, l'affaire s'est considérablement corsée.
Une jungle urbaine qui inquiète
Toujours plus de vélos, de trottinettes, électriques ou pas, autant d'engins qui roulent toujours plus vite, sont plus puissants et sont aussi devenus de plus en plus dangereux. En pleine saison, sur le Vieux Port, certains n'hésitent pas à parler de jungle et d'ambiance électrique entre usagers, qui se croient parfois tout permis ou ont oublié les rudiments du code de la route.
Au point qu'il y a quelques mois, la majorité municipale a sifflé la fin de la partie pour les fous du guidon et multiplie depuis les opérations pour calmer le jeu : contrôles de vitesses réguliers, marquages au sol, et même acquisition d'un curvomètre pour équiper la police municipale et traquer les trottinettes débridées.
Un adjoint controversé qui cristallise les tensions
Preuve aussi que la tâche a été ingrate pour l'adjoint qui a porté la politique des mobilités, dont le très controversé élargissement du stationnement payant, pendant tout un mandat : aucune tête de liste n'est venue chercher Olivier Prentout (démissionnaire depuis mercredi), qui a paraphé 5 000 arrêtés comme il aime à le dire mais qui a aussi cristallisé autant d'agacements chez les usagers et les commerçants. Bref, le vélo, ce n'est pas aussi zen qu'on aurait pu l'imaginer.
Les propositions des candidats : entre prudence et ambition
Sécurisation des infrastructures existantes
Avec plus de 140 kilomètres de pistes cyclables et 6 000 cerceaux pour les vélos, la Ville de La Rochelle doit-elle continuer à appuyer sur le champignon ou au contraire lever le pied ? Nous avons posé la question suivante aux candidats : Pistes cyclables : stop ou encore ?
Si tout le monde salue l'histoire d'amour qui lie la ville et les cyclistes depuis les fameux vélos jaunes de Michel Crépeau en 1976, force est de constater que la plupart des têtes de liste entendent aujourd'hui jouer la carte de la prudence.
Les projets de la gauche et du centre
Pour Générations La Rochelle, menée par Thibaut Guiraud (divers gauche), il faut poursuivre cet effort au service des mobilités actives et décarbonées. Concrètement, le maire sortant promet la sécurisation de l'avenue Coligny (après le dramatique accident qui a coûté la vie à une fillette en 2024) et des liaisons avec les zones économiques. Parmi ses propositions de campagne : de l'éducation au vélo dans les écoles et des vélos en libre-service pour les enfants.
Tête de liste de La Rochelle Unie, la socialiste Maryline Simoné entend achever un réseau cyclable continu, sécurisé et lisible à l'échelle de l'agglomération, déployer de nouveaux abris vélos sécurisés et créer un comité des usagers du vélo. Consciente que la progression des mobilités actives a accentué les conflits d'usage, l'ancienne conseillère régionale veut aussi réaffirmer les zones piétonnes et lancer un programme de réfection progressive des marquages au sol.
La vision des autres candidats
Selon la formule d'Olivier Falorni, il ne s'agit pas d'en faire plus pour faire plus. Il s'agit de faire mieux. Le député Les Démocrates, candidat pour la deuxième fois pour remporter la mairie, propose la création d'un nouveau plan de développement des pistes cyclables, de sécuriser les pistes existantes et d'une brigade des mobilités chargée de lutter contre les incivilités routières.
Sans surprise, le candidat divers droite, Christophe Batcabe, se montre le plus critique sur la politique menée depuis plusieurs années par l'actuelle majorité. En focalisant toute la politique de déplacement sur le vélo, sans alternative crédible, et en fermant progressivement le centre-ville, on a fabriqué une ville accessible pour quelques-uns, et difficilement atteignable pour les autres, dénonce-t-il. Le chef d'entreprise défend une vision globale des mobilités avec des alternatives lourdes comme un RER urbain.
Les propositions des candidats minoritaires
Pour Jaouad El Marbouh, à la tête d'un collectif citoyen, ce n'est pas le vélo le problème mais l'absence d'arbitrage clair et d'aménagement lisible. Véronique Bonnet pour La France insoumise veut créer un service communal dédié aux cyclistes pour agir sur la sécurité et la règlementation au plus près du terrain et étendre les zones apaisées aux abords des écoles et dans les cœurs de quartiers.
Tête de liste du Rassemblement national, Sévérine Werbrouck entend stopper l'idéologie anti-voiture d'écologie punitive pour redynamiser le centre-ville en restructurant le plan de circulation et de stationnement. Enfin pour Antoine Colin, candidat du parti Lutte ouvrière, c'est aux grosses entreprises de financer la création et l'entretien des pistes cyclables et des routes, qui servent à acheminer leurs salariés au travail.
Conclusion : encore du vélo, mais avec modération
En résumé, le vélo à La Rochelle, c'est plutôt encore mais avec modération. Les candidats s'accordent sur la nécessité de mieux réguler et sécuriser les infrastructures existantes plutôt que de poursuivre une expansion tous azimuts. La question des mobilités douces reste au cœur des débats électoraux, révélant les tensions entre développement écologique et qualité de vie urbaine.



