Marseille inaugure un système de branchement électrique pour trois navires de croisière simultanés
Marseille : branchement électrique pour trois navires de croisière

Le port de Marseille franchit une étape majeure pour réduire la pollution des navires de croisière

Le port de Marseille, premier port français de croisière, a inauguré samedi un dispositif innovant permettant de brancher simultanément trois grands navires de croisière au réseau électrique terrestre. Cette prouesse technologique, qualifiée de « première en France » par le ministre des Transports Philippe Tabarot, représente un atout significatif pour la souveraineté énergétique et la réduction des émissions polluantes à quai.

Une avancée technologique et environnementale

Chacun des trois paquebots pourra désormais recevoir jusqu'à 16 MW d'électricité lors de son escale, soit l'équivalent de la consommation d'une ville de 13 000 habitants. Cette connexion permet aux navires de « couper le moteur » et d'éliminer les fumées noires souvent décriées par les riverains. « Les compagnies de croisière qui viennent à Marseille savent qu'il y a un phénomène social de rejet des gros bateaux avec leurs grosses fumées noires », explique Laurent Martens, délégué général d'Armateurs de France, soulignant que ce branchement améliorera l'image du secteur.

L'énergie délivrée par les bornes électriques du port est intégralement d'origine renouvelable, produite par des panneaux photovoltaïques. Cette initiative s'inscrit dans le plan « Escale zéro fumée » du port, qui anticipe de quatre ans la réglementation européenne prévue pour 2030, exigeant que 90% des escales de navires de passagers et de porte-conteneurs puissent utiliser l'électricité à quai.

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Des bénéfices réels mais limités

Pour les riverains, l'électrification devrait réduire de 28% les émissions d'oxydes d'azote dues au transport maritime à Marseille, selon l'organisme de surveillance de la qualité de l'air AtmoSud. Cependant, Fanny Pointet, spécialiste du transport maritime à l'ONG Transport & Environnement, nuance cet optimisme : « Le branchement à quai permet de réduire de manière substantielle la pollution atmosphérique des navires à quai, mais celle-ci reprend quand le navire reprend sa route. »

Elle précise que sur l'ensemble des émissions d'un bateau de croisière, le branchement à quai n'en réduit que 6%, un impact modeste au regard de l'activité globale. Damien Piga d'AtmoSud ajoute qu'il faudra « suivre l'effectivité de ce raccordement, c'est-à-dire à quel point c'est utilisé dans la pratique ».

Des défis économiques et logistiques persistants

L'équipement d'un navire pour une connectivité électrique coûte entre 500 000 et un million d'euros, et rien n'oblige actuellement les compagnies à privilégier cette option plutôt que le diesel, « qu'elles ont à un tarif préférentiel », rappelle une porte-parole de Stop Croisières. Cette dernière critique également l'investissement public, estimant que financer de l'électricité pour « chauffer des piscines et refroidir des climatisations » est incompréhensible face aux enjeux de souveraineté énergétique, et que l'argent devrait être prioritairement investi dans le fret.

Le projet, financé par l'Union européenne, l'État et les collectivités locales, a nécessité plus de deux ans de travaux et un investissement total de 210 millions d'euros. Le ministre Tabarot y voit une réponse à la dépendance aux énergies fossiles importées, accentuée par la guerre au Moyen-Orient, et un moyen de rendre « le tourisme de croisière plus respectueux de l'environnement, et générer moins de nuisances pour nos territoires ».

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