La réouverture de la ligne Pau-Canfranc reportée à 2032, les oppositions se durcissent
Ligne Pau-Canfranc : réouverture reportée, oppositions grandissantes

Un projet ferroviaire historique confronté aux réalités du terrain

Depuis l'accident ferroviaire de 1970 qui a provoqué son arrêt définitif, la ligne mythique reliant Pau à Canfranc à travers les Pyrénées attend sa renaissance. Porté par la Région Nouvelle-Aquitaine et la SNCF, ce projet de réouverture connaît cependant des retards significatifs qui repoussent son horizon à 2032, voire au-delà, alors qu'une mise en service était initialement espérée pour 2027.

Un chantier pharaonique aux multiples défis

La réhabilitation de cette ligne transfrontalière représente un défi technique considérable. Il s'agit de rénover 33 kilomètres de voie entre Bedous, dans la vallée d'Aspe, et Canfranc en Espagne. Ce chantier d'envergure nécessite la reprise complète des ponts et tunnels existants, la création de nouvelles gares et voies d'évitement, la suppression des passages à niveau et l'électrification complète de la ligne, condition indispensable pour permettre la circulation des trains de fret.

L'année 2026 s'annonce déterminante avec le dépôt du dossier d'enquête publique prévu cet été, suivi du lancement de l'enquête à l'automne, puis de la déclaration d'utilité publique espérée début 2027. Ces étapes cruciales interviennent après la clôture de la concertation publique en 2025, qui n'a pas été exempte de tensions.

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Une opposition qui s'organise et s'amplifie

Lors de la réunion de synthèse à Oloron-Sainte-Marie en juin dernier, la Région et la SNCF ont été confrontées à un mouvement de contestation vigoureux mené par l'association Pyrénées bien commun. Cette organisation, née spécifiquement pour s'opposer au projet de réouverture, craint que le trafic de fret ne transforme la ligne en « autoroute ferroviaire », une position qui place paradoxalement des écologistes traditionnellement favorables au train dans le camp des opposants.

L'examen des contributions recueillies lors de la concertation préalable révèle un sentiment général de défiance, même si celui-ci pourrait être biaisé par une surreprésentation des opposants parmi les participants. Ce mécontentement a trouvé écho auprès d'élus locaux de l'agglomération de Pau, dont les communes sont directement traversées par la ligne.

Les inquiétudes concrètes des élus locaux

Pascal Mora, maire de Gelos, exprime des doutes sur la faisabilité technique du projet : « La SNCF évoque le chiffre de 50 allers-retours de trains par jour : on pense que techniquement, ça n'est pas possible. » L'élu s'inquiète particulièrement des conséquences sur la circulation routière : « Pour le passage d'un train de 30 mètres de long, il faut compter trois minutes de fermeture des barrières. Imaginez ce que ça donnerait avec 50 passages et des trains de fret qui pourront atteindre 450 m de long ! »

Michel Bernos, maire de Jurançon, partage ces préoccupations et estime qu'« un trafic de fret important ne réglera aucun problème et certainement pas celui de la pression des camions sur la RN 134 ». La route qui traverse la vallée d'Aspe supporte en effet plusieurs centaines de camions chaque jour.

Les réponses institutionnelles et leurs limites

Face à ces critiques, la Région Nouvelle-Aquitaine assure que « la vitesse et les horaires des trains seront adaptés à l'environnement traversé » et que « toutes les mesures seront prises pour minimiser le bruit et les nuisances à la source ». Concernant le trafic routier, l'institution précise qu'« aucun train de fret ne circulera en heures de pointe (7h-9h et 16h-19h) ».

Alain Rousset, président de la Région, reconnaît lui-même que la réouverture de la ligne ne suffira pas à résoudre le problème du trafic routier dans la vallée d'Aspe. Il admet qu'« il n'y aura pas de salut pour les habitants sans la mise en place d'une écotaxe », évoquant notamment le portique de Borce qui n'a jamais été utilisé. Cependant, l'État n'a jamais montré de signe favorable à cette idie, probablement marqué par la crise des bonnets rouges en Bretagne en 2013 qui avait conduit à l'abandon des mesures écotaxes à l'échelle nationale.

Des incertitudes financières et politiques majeures

Le projet se heurte à deux inconnues fondamentales :

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  • Le coût réel des travaux de reprise de la ligne
  • La répartition du financement entre les différents acteurs

Ces incertitudes s'ajoutent à une question politique cruciale : que se passera-t-il si les travaux n'ont pas été lancés en 2028 et que le Conseil régional change de majorité à l'issue des élections ?

Un calendrier qui diverge selon les acteurs

La comparaison des informations disponibles sur les sites de la SNCF et de la Région révèle des divergences significatives dans le calendrier projeté. Alors que la SNCF évoque un lancement des travaux en 2027 pour une mise en service souhaitée en 2032, la Région, dans un document actualisé en décembre 2025, parle plutôt de 2028 pour le début des travaux tout en conservant l'objectif de 2032 pour la livraison. À moins d'un raccourcissement substantiel du chantier, la date de mise en service en 2032 apparaît désormais comme une hypothèse optimiste.

Plus de cinquante ans après sa fermeture, la ligne Pau-Canfranc continue de diviser. Entre les espoirs de revitalisation économique et les craintes environnementales, entre les ambitions régionales et les réalités budgétaires, ce projet ferroviaire historique navigue dans des eaux de plus en plus troubles à l'approche de l'enquête publique décisive.