Y aura-t-il une nouvelle gare TGV à Béziers ? C’est, entre autres, pour répondre à cette question au cœur du projet de ligne nouvelle Montpellier – Perpignan, que les Biterrois ont été invités à une réunion de concertation organisée par la SNCF Réseau ce mercredi 20 mai.
« Ça fait des années qu’on attend une gare à Villeneuve-lès-Béziers et que le village est figé, en suspension. Ce serait un échec si, finalement, il n’y avait rien, du temps perdu », confie Thierry, un Villeneuvois d’une cinquantaine d’années, sur le parvis du Palais des congrès de Béziers, avant d’entrer dans la salle. Il participe, avec environ 170 personnes, à la réunion de concertation organisée par SNCF Réseau dans le cadre du projet de construction d’une ligne à grande vitesse Montpellier-Perpignan (LNMP). Commencée le 9 avril, cette phase de concertation doit durer dix semaines, et permettre treize réunions publiques et dix rencontres sur l’ensemble de la ligne.
Les questions clés du projet
Y aura-t-il une gare nouvelle, deux ou aucune ? Et, question des plus épineuse, où seront-elles implantées ? Cette nouvelle ligne transportera-t-elle uniquement des voyageurs ou permettra-t-elle le fret ? Ces interrogations étaient posées aux Narbonnais le 19 mai et aux Biterrois le lendemain. Ces derniers, sans surprise, plaident pour le schéma d’une gare à Béziers-est, c’est-à-dire à Villeneuve-lès-Béziers.
Les acteurs économiques présents dans la salle
« Depuis que les études ont été menées, en 2016, il y a eu des changements de prise en compte environnementale et les usages ont évolué. La concertation nous permet de rester pertinents », a introduit Stéphane Lubrano, directeur du projet chez SNCF Réseau. Après une heure de discours officiels, les Biterrois ont, enfin, la parole. Et les professionnels du tourisme sont nombreux. Ils le savent, leurs clients veulent pouvoir venir en train plus rapidement : « Notre clientèle a évolué, elle vient moins longtemps mais plus souvent. Nous avons de plus en plus de personnes qui viennent pour des séjours de trois ou quatre jours et qui souhaitent se déplacer en train », explique le gérant d’un camping de Vias.
Quelques sièges plus loin, un autre professionnel du tourisme abonde : « S’il n’y avait pas de gare à Béziers, nous serions choqués, nous verrions les touristes passer sous nos yeux pour filer droit en pays catalan ou en Espagne ! » Pour les entrepreneurs du Biterrois prenant la parole, ce serait également une façon d’attirer des salariés très qualifiés dont le recrutement s’avère difficile. C’est le propos de Roxanne Bozzarelli, vice-présidente de Pulse, l’agence de développement économique de l’Agglo de Béziers, et cheffe d’entreprise dans les énergies renouvelables : « Actuellement, c’est très difficile de recruter des cadres et des CSP+ sur notre territoire. Notamment parce que Béziers est mal connectée. Les usages changent, les jeunes préfèrent les mobilités douces et les transports en commun. » Mathieu Dossat, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie de l’Hérault, ajoute défendre le projet concernant le fret : « Ce serait une respiration pour nous, un levier pour l’industrie locale surtout en connexion avec le port de Sète. »
Comment les avis des habitants seront-ils pris en compte ?
La concertation est encadrée par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), une autorité indépendante, qui nomme des garants pour chaque réunion publique. Leur mission consiste à vérifier que le public exerce correctement son droit à l’information et à la participation. Ils n’ont pas eu besoin d’intervenir lors de la réunion biterroise. Cette même commission établira, le 19 juillet, un mois après la dernière réunion publique, un bilan de recommandation synthétisant la parole des habitants. Le maître d’ouvrage, SNCF Réseau, aura ensuite deux mois pour adresser une réponse. C’est à la lumière de ces éléments que le comité de pilotage, composé d’élus, décidera de la marche à suivre. Concrètement, c’est vers la fin de l’année 2026 que le public connaîtra les gares retenues et le choix concernant la mixité voyageurs-fret.
Et les Hauts cantons ?
La possibilité d’une gare à Nissan emporte les faveurs d’une partie de la salle et certains sont venus de loin pour le dire. « C’est un projet intéressant pour l’axe est-ouest, mais pas pour le nord-sud. Le projet ne tient pas compte de la ligne des Causses qui va de Béziers à Millau », met sur le tapis cet habitant de Roquefort-sur-Soulzon, en Aveyron. « Il n’y a que le schéma de la gare de Nissan qui pense à l’interconnexion avec les TER qui vont vers les Causses », abonde un autre usager descendu de sa commune située dans le parc du Haut-Languedoc.
Dans le public, des usagers réguliers des lignes actuelles s’interrogent : pourquoi ne pas améliorer le service en augmentant la fréquence des trains et en renforçant l’intermodalité ? Ils avancent, en outre, que cela permettrait de ne pas artificialiser davantage les sols et qu’une réhabilitation coûte moins cher que les 6,12 milliards d’euros prévus. Des critiques entendues ailleurs, notamment de la part d’associations écologistes absentes ce soir-là. Une méfiance balayée par Florence Brutus, vice-présidente de la Région, droite dans la ligne de sa présidente, Carole Delga. Consciente des tensions politiques générées par le projet, l’élue biterroise avance pêle-mêle les arguments martelés par la Région : le tronçon Montpellier-Perpignan est le plus saturé de France, il s’agit du dernier chaînon manquant, à grande vitesse, entre l’Europe du Sud et l’Europe du Nord, l’A9 est saturée de camions de marchandises qui pourraient être reportés sur la nouvelle ligne de fret, enfin le projet est pensé en interconnexion avec les trains lio. Les collectivités locales, dont la Région, financeront d’ailleurs l’ouvrage à hauteur de 40 %.
La consultation citoyenne ne s’arrête pas aux réunions publiques. Chacun peut s’exprimer sur la plateforme en ligne jusqu’au 19 juin : https://lnmp.plateformecitoyenne.fr/projet-de-ligne-nouvelle-montpellier-perpignan-2493
Trois questions à Aurélie Pace, maire de Villeneuve-lès-Béziers
Dans le cas où Béziers serait retenue pour une nouvelle gare, elle prendrait, en réalité, place à Villeneuve-lès-Béziers. Depuis trente ans, la commune vit donc dans l’attente de cette décision.
Comment Villeneuve-lès-Béziers est-elle impactée par ce projet ? En trente ans, nous avons gelé des terrains, des personnes ont été expropriées… Cela concerne une trentaine de parcelles, et a priori le bowling aussi sera bientôt exproprié. Ce serait injuste qu’on ait perdu autant de temps pour rien. Du reste, il me paraît évident que la gare soit chez nous, Nissan n’a pas de projet de territoire.
Est-ce que la situation gèle certains projets de la commune ? Nous portons le poids de ce projet-là, comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui empêche des opportunités économiques. Car nous arrivons en fin de foncier, nous n’avons pas de place pour créer de l’habitat ou accueillir des entreprises. Si la gare est là, elle nous permettra de rayonner, nous ne voulons pas d’une gare « betterave » d’où nous regardons passer les trains.
Que vous disent les habitants ? Si certains ont pu être réfractaires au départ, maintenant tout le monde est globalement d’accord. Il y a une forme de lassitude à ne pas savoir. D’ailleurs, les Villeneuvois étaient nombreux à la réunion.



