Les Landes maintiennent la limitation à 80 km/h malgré la tendance nationale au relèvement
Landes : le 80 km/h maintenu face à la vague de retours au 90

Les Landes résistent à la vague de retour au 90 km/h sur les routes départementales

Contrairement à une tendance nationale qui voit de plus en plus de départements rétablir la limitation de vitesse à 90 km/h sur leurs routes, le Département des Landes maintient fermement le cap des 80 km/h. Cette mesure, instaurée nationalement le 1er juillet 2018 sous l'impulsion du Premier ministre Édouard Philippe, avait été l'un des déclencheurs emblématiques du mouvement des « gilets jaunes ».

Une décision qui isole progressivement les Landes

La loi d'orientation des mobilités (LOM) de décembre 2019 a transféré aux départements la responsabilité de décider du maintien ou du relèvement de la limitation de vitesse. Depuis, le mouvement de retour au 90 km/h s'est amplifié : en février dernier, l'Eure est devenu le huitième département à relever intégralement la limitation sur l'ensemble de son réseau, tandis que le Gers a effectué ce changement sur 570 kilomètres de routes.

Au total, 52 départements ont déjà opté pour le relèvement de la vitesse, tandis que 40 autres, dont les Landes, maintiennent le statu quo. Dans la région Nouvelle-Aquitaine, la Gironde, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques font également partie des territoires qui n'ont pas modifié leur réglementation.

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Des arguments divergents sur l'efficacité de la mesure

Les départements qui ont relevé la limitation invoquent souvent « l'absence d'impact significatif sur l'accidentologie » de la mesure d'abaissement à 80 km/h. Le Département du Gers, par exemple, justifie sa décision par « la volonté collective d'allier fluidité du trafic et sécurité renforcée », tout en créant ou élargissant des zones à 70 km/h dans les secteurs les plus sensibles.

Dans les Landes, la Commission départementale de sécurité routière (CDSR) avait été consultée en 2020. Jean Bourgoin, président de l'Automobile Club des Landes Côte d'Argent et membre de cette commission, se souvient des discussions : « Nous avions suggéré que la partie sud, plus sinueuse et vallonnée, reste à 80 km/h, mais que la partie nord, notamment sur la D 834 et la D 933, repasse à 90 km/h. »

Il développe son argumentation : « Le fait que les poids lourds roulent à la même allure qu'une voiture est très accidentogène. Ils peuvent se coller derrière un véhicule ou doubler dangereusement. Les 80 km/h entraînent une non-distinction entre les jeunes conducteurs et les autres. Rouler à cette allure sur des routes droites augmente par ailleurs le risque d'hypovigilance, et le smartphone n'aide pas… »

Une position départementale fermement établie

Malgré ces arguments, le président du Département Xavier Fortinon avait enterré l'idée d'un retour au 90 km/h dès 2021, estimant qu'« aucune route ne remplit les conditions nécessaires au relèvement de la vitesse ». Une position qui, six ans après l'instauration de la mesure nationale, reste inchangée.

Olivier Martinez, vice-président du Département chargé de l'aménagement du territoire, précise la position landaise : « Nous, on n'a rien demandé à personne. Imaginons, si nous relevions la limitation, en cas d'accident dramatique, qui en porterait la responsabilité ? »

Il ajoute : « Nous sommes favorables à cette mesure. Malgré une hausse de la population et du trafic routier, il n'y a pas d'augmentation de la mortalité sur ces routes, l'abaissement de la limitation est donc a priori efficace. À titre personnel, je préfère perdre quelques minutes sur la route et pouvoir embrasser mes gamins quand je rentre chez moi le soir. La sécurité routière, c'est sérieux. Et depuis 2018, personne n'est venu se plaindre auprès de moi de la mise en place de cette loi. »

Le manque de données : un obstacle à une évaluation claire

Le Département des Landes pointe également l'absence de véritables données sur l'accidentologie à long terme. Si un premier bilan national officiel avait estimé, dix-huit mois après la mise en place de la mesure, qu'elle avait épargné la vie de 331 personnes, le suivi sur le long terme fait défaut.

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Pourtant, l'analyse des données détaillées de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (OniSR) révèle des tendances contrastées :

  • Une baisse initiale du nombre d'accidents et de morts sur les routes départementales dans les premières années suivant la mesure
  • Une augmentation significative depuis 2022
  • Une moyenne dans les Landes qui revient progressivement aux niveaux observés avant 2018

Si l'on tient compte de la hausse simultanée du trafic routier et de la population, le risque individuel a cependant diminué. Mais en l'absence d'analyses approfondies et actualisées, le Département des Landes continue de naviguer dans une certaine incertitude quant à l'efficacité réelle de sa politique de limitation de vitesse.

Cette situation illustre le dilemme auquel sont confrontées les collectivités territoriales : concilier sécurité routière, fluidité du trafic et attentes des usagers, dans un contexte où les données scientifiques manquent pour trancher définitivement le débat sur l'impact des limitations de vitesse.