Hausse des prix du carburant : l'électrique et le superéthanol explosent face à la crise
Depuis le début de la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz, les professionnels de l'automobile constatent un regain d'intérêt massif pour les motorisations économiques, notamment l'électrique et le superéthanol E85. Cette tendance s'accélère avec la flambée des prix des carburants, poussant les automobilistes à se tourner vers des alternatives plus abordables et moins dépendantes des aléas géopolitiques.
Un engouement soudain pour la voiture électrique
Julie Besnard, directrice générale et coassociée du garage Peugeot à Prades-le-Lez, près de Montpellier, témoigne de ce phénomène. "On voit même des personnes d'un certain âge, qui étaient jusque-là plutôt réfractaires aux voitures électriques, nous en demander", explique-t-elle. Alors que les véhicules hybrides avaient la faveur des consommateurs ces derniers mois, critiquant le coût élevé de l'électrique, le contexte économique actuel rebat les cartes.
"Heureusement que nous pouvons répondre à la demande, car dès que les informations autour d'une hausse du prix des carburants ont commencé à circuler, nous avons vu les demandes pour l'électrique augmenter de façon conséquente", poursuit Julie Besnard. Elle ajoute que tous les passages dans sa concession se font désormais en faveur du 100 % électrique, d'autant que les prix des véhicules neufs ont significativement baissé grâce aux efforts des constructeurs.
Le superéthanol E85 : une solution économique en plein essor
Parallèlement, le superéthanol E85 connaît un succès retentissant. Alexis Landrieu, fondateur de Biomotors, une entreprise héraultaise pionnière dans la production de boîtiers homologués, révèle que "la demande de boîtiers a été multipliée par cinq par rapport à une période normale". Ces dispositifs permettent d'adapter les voitures essence, hybrides et hybrides rechargeables pour rouler au E85, un carburant composé de 65 % à 85 % de bioéthanol.
Le patron de Biomotors souligne les avantages de ce carburant : "D'abord, l'intérêt premier est qu'il est produit en France, voire en Europe, et qu'il n'est pas soumis aux aléas de la géopolitique. Ensuite, à 75 centimes le litre, il est trois fois moins cher". Sur un plein de 50 litres, l'économie atteint ainsi 60 euros par rapport au sans-plomb 95.
Une rentabilité rapide et un déploiement étendu
Avec un prix d'installation compris entre 690 et 890 euros, la rentabilité du boîtier E85 s'établit en seulement 6,5 mois. De plus, le réseau de distribution se développe rapidement : une station sur deux en Occitanie propose désormais du superéthanol. En 2022, lors de la précédente crise énergétique, 6 000 boîtiers étaient installés par mois ; aujourd'hui, ce chiffre est "largement au-dessus".
Actuellement, 450 000 véhicules sont équipés de ce boîtier en France, mais Alexis Landrieu estime que la marge de progression reste importante, avec 11 millions de Français possédant une voiture susceptible d'être adaptée.
Des chiffres du marché qui confirment la tendance
Selon les données de la Plateforme automobile (PFA) diffusées récemment, les immatriculations de voitures neuves ont bondi de 12,86 % en mars en rythme annuel, atteignant 173 633 unités. La part de marché des véhicules électriques neufs a retrouvé son plus haut historique de janvier à 28 %, avec 112 086 unités vendues, aidée par l'augmentation du bonus écologique français et les livraisons du leasing social.
Au premier trimestre, la PFA estime la part de marché des véhicules particuliers électriques (y compris hydrogène) à 28 %, et à 33 % en incluant les hybrides rechargeables. La guerre en Iran, qui a contribué à la hausse des prix du carburant en mars, n'est pas étrangère à cette dynamique, malheureusement.
Cette évolution marque un tournant dans les habitudes de consommation des automobilistes, qui cherchent de plus en plus à se prémunir contre les fluctuations des prix de l'énergie et les tensions internationales.



