Tourisme en France : un manque à gagner colossal sur les flux de transit
Près d’un touriste long-courrier sur deux visitant l’Europe passe par la France sans la visiter, révèle une étude de la Chaire Pégase, centre de recherches rattaché à Montpellier Business School et créé par le Professeur Paul Chiambaretto. Ce constat met en lumière un manque à gagner économique important, mais aussi un levier immédiat pour capter davantage de visiteurs. Le verre à moitié vide pourrait ainsi être à moitié plein, car les opportunités sont réelles.
Les correspondances aériennes : une porte d’entrée vers la France
L’enquête, menée auprès de 2 100 touristes issus de sept marchés clés (États-Unis, Canada, Mexique, Brésil, Inde, Chine et Japon), montre que 72 % des passagers en correspondance dans les aéroports parisiens ont désormais envie de visiter la France. Plus encore, 81 % se disent prêts à découvrir Paris et la région parisienne pendant leur escale, à l’instar de ce qui est proposé à Singapour, Dubaï ou Hong Kong.
Ces chiffres démontrent que les correspondances aériennes ne sont pas seulement un flux subi, mais une opportunité stratégique majeure pour transformer des passagers statiques en touristes visiteurs de Paris, Versailles, Fontainebleau, et autres sites emblématiques.
Les freins à la visite : des prix perçus comme trop élevés
L’étude met en évidence un double enjeu de compétitivité et de conversion des flux. Plus de 55 % des touristes interrogés déclarent avoir renoncé à visiter la France en raison de prix jugés trop élevés ou d’un rapport qualité-prix insuffisant. Les quatre principaux freins sont directement liés aux coûts : billets d’avion, hébergement, restauration et activités.
Cette tension entre l’image très positive de la France (jusqu’à 95 % selon les pays) et la perception d’une destination chère constitue un enjeu central. De plus, 64 % des touristes non-européens combinent la France avec d’autres pays européens lors d’un même séjour, réduisant ainsi la durée moyenne de séjour (48 % restent moins de six jours) et les dépenses sur le territoire.
Une hétérogénéité des marchés nécessitant des stratégies différenciées
Les résultats soulignent une forte hétérogénéité des comportements et des perceptions selon les nationalités. Les marchés émergents (Chine, Brésil, Mexique, Inde) se montrent dynamiques et prescripteurs, tandis que les marchés matures (États-Unis, Canada) apparaissent plus exigeants. Certains marchés, comme le Japon, présentent des niveaux de satisfaction plus faibles et des freins spécifiques.
Le transport aérien est perçu comme un levier structurant de l’attractivité, mais aussi comme une source de fragilité. L’offre est globalement bien évaluée, mais insuffisamment compétitive sur certains marchés en termes de prix et de connectivité, poussant certains touristes vers des points d’entrée alternatifs en Europe.
Recommandations stratégiques pour une reconquête touristique
Face à ces constats, la Chaire Pégase propose cinq grandes recommandations :
- Renforcer la compétitivité et la connectivité de l’offre aérienne vers la France.
- Mieux intégrer la France dans les circuits touristiques multi-pays.
- Faire de l’expérience aéroportuaire un véritable levier d’attractivité touristique.
- Adapter les stratégies d’attractivité aux spécificités des marchés émetteurs.
- Repositionner la France comme une destination à la fois iconique et compétitive.
Ces mesures pourraient aider à capter une part plus importante des flux touristiques internationaux, en transformant les escales en séjours et en améliorant l’image de marque de la destination France.



