Le rêve américain s'effrite pour les touristes internationaux
Les photos de vacances emblématiques de New York ou Los Angeles perdent de leur pouvoir d'attraction. Selon une analyse approfondie du Financial Times, les voyages internationaux vers les États-Unis ont subi une chute significative durant la première année du second mandat de Donald Trump. Cette période coïncide avec un renforcement massif des contrôles d'immigration, un filtrage accru aux frontières et l'instauration de droits de douane à l'échelle mondiale orchestrés par l'administration présidentielle.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Les données officielles révèlent une réalité préoccupante pour le secteur touristique américain. En 2025, le nombre de visiteurs étrangers ayant séjourné aux États-Unis a diminué de 4,2%, marquant ainsi le premier recul annuel depuis le début de la pandémie de Covid-19 selon l'Administration du commerce international (ITA). Plus concrètement, les États-Unis accueillaient 68 millions de touristes en novembre 2025 contre 72 millions en janvier de la même année, période correspondant à l'investiture de Donald Trump.
Cette tendance négative contraste fortement avec la dynamique mondiale. L'agence onusienne du tourisme souligne en effet que le tourisme international a progressé de 4% sur la même période à l'échelle planétaire, confirmant que le phénomène est spécifique aux États-Unis.
Des mesures restrictives dissuasives
La Maison-Blanche a considérablement durci les conditions d'accès au territoire américain. Parmi les mesures les plus marquantes :
- Interdiction d'entrée pour les ressortissants d'une douzaine de pays pour des raisons de sécurité nationale
- Suspension de la délivrance de visas à 75 pays, dont le Brésil et la Thaïlande
- Surveillance accrue des réseaux sociaux des visiteurs, étudiants et résidents potentiels
- Augmentation de 18% des fouilles d'appareils électroniques aux frontières au cours de l'exercice fiscal 2025 selon les services des douanes et de la protection des frontières (CBP)
Une nouvelle règle particulièrement intrusive oblige désormais les visiteurs de dizaines de pays à soumettre cinq années complètes d'activité sur les réseaux sociaux, créant une barrière supplémentaire à l'entrée sur le territoire.
Un impact régional différencié mais généralisé
Le recul touristique touche particulièrement certains marchés clés. Les voyages des Canadiens vers les États-Unis ont chuté de 10,2% par rapport à l'année précédente, un chiffre alarmant quand on sait que les visiteurs canadiens avaient généré environ 20,4 millions de visites et près de 20,5 milliards de dollars de dépenses touristiques en 2024, soutenant ainsi environ 140 000 emplois aux États-Unis.
Les visites en provenance d'Europe et du Moyen-Orient ont également diminué, respectivement de 3,1% et 3%. La politique agressive de Donald Trump, combinée à sa rhétorique sur l'immigration, a découragé de nombreux touristes potentiels. Plusieurs pays européens, dont le Danemark, la Finlande et l'Allemagne, ont même publié des recommandations actualisées concernant les voyages des personnes transgenres aux États-Unis suite à la signature par Donald Trump d'un décret supprimant les mentions "non binaire" et "autre" des documents fédéraux.
Des répercussions économiques tangibles
La baisse des arrivées internationales a directement impacté l'hôtellerie américaine. Le revenu par chambre disponible (RevPAR), indicateur clé du secteur, a reculé pour la première fois depuis le pic de la pandémie de Covid-19 et reste négatif depuis avril 2025. Cette période coïncide avec l'offensive tarifaire dite de "libération" de Donald Trump selon la société d'analyse CoStar.
Les médias français évoquent 11 millions de réservations annulées, qualifiant cette situation de "dégringolade historique" expliquée par la flambée des prix aux États-Unis, qui ont augmenté de 30% en seulement deux ans. L'exemple de l'Esta, l'autorisation de voyage électronique obligatoire, est révélateur : son coût est désormais fixé à 40 dollars, soit le double du tarif précédent.
Le secteur aérien également touché
Les compagnies aériennes européennes signalent une baisse notable du trafic sur les liaisons nord-américaines, même si certaines tentent de minimiser l'ampleur du recul. Carsten Spohr, directeur général de Lufthansa, a déclaré au Financial Times que "la baisse n'a pas été aussi importante que certains l'avaient anticipé", reconnaissant néanmoins l'existence d'une tendance négative.
Perspectives incertaines malgré des événements majeurs
Si certains analystes comptent sur l'impact de la prochaine Coupe du Monde 2026 – qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique – pour soutenir les tarifs hôteliers dans les villes hôtes, Shaun Kelley de Bank of America prévoit une demande globalement "anémique" en 2026. Cette prévision pessimiste intervient alors que l'année 2026 promettait d'être exceptionnelle avec la célébration du centenaire de la mythique Route 66 et le 250e anniversaire de l'indépendance américaine.
La combinaison de mesures sécuritaires strictes, de restrictions de visas et de tensions internationales semble avoir durablement pesé sur le tourisme américain, mettant à mal un secteur longtemps considéré comme un moteur économique majeur pour le pays. Le tourisme apparaît ainsi comme un dommage collatéral significatif des politiques de l'administration Trump, avec des conséquences économiques qui pourraient se prolonger bien au-delà de son mandat.