Saint-Jean-Pied-de-Port, carrefour vibrant des pèlerins de Compostelle
Saint-Jean-Pied-de-Port, carrefour des pèlerins de Compostelle

Saint-Jean-Pied-de-Port, l'étape incontournable des pèlerins de Compostelle

Dans le village basque de Saint-Jean-Pied-de-Port, ce n'est pas le chant du coq qui réveille les 1 500 habitants au petit matin, mais le cliquetis caractéristique des bâtons de marche. Depuis le début du mois d'avril, cette cité fortifiée classée parmi les plus beaux villages de France vit au rythme effréné des pèlerins du chemin de Compostelle. Chaque jour, des centaines de marcheurs s'y croisent avant de s'élancer vers l'Espagne et l'ascension des Pyrénées.

Un carrefour mondial du pèlerinage

Peio Irachabal, responsable du bureau de l'Accueil des pèlerins, observe ce ballet quotidien depuis neuf ans. « Ils partent entre 6 heures et 7 heures pour rejoindre la prochaine étape en Espagne », explique-t-il. Le chemin entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux ayant rouvert le 1er avril, l'affluence ne cesse de croître. « Hier, on a accueilli 304 pèlerins », précise ce bénévole de 71 ans, alors que 9 050 marcheurs s'étaient arrêtés dans la commune en avril 2025.

Ce village labellisé « Communes Haltes - Chemins de Compostelle en France » représente la dernière étape française avant la traversée des Pyrénées. Les mois de mai et septembre correspondent généralement au pic de fréquentation, avec jusqu'à 550 pèlerins accueillis quotidiennement. Contrairement aux touristes traditionnels, ces marcheurs ne restent qu'une nuit dans la cité saint-jeannaise.

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Une organisation rodée pour accueillir le monde entier

Au 39, rue de la Citadelle, l'Accueil des pèlerins ne désemplit pas. Les marcheurs viennent s'y renseigner, chercher des adresses pour dormir et surtout faire tamponner leur passeport jacquaire, la fameuse Credencial. « À 14 heures, c'est le moment de la journée où on a le plus de monde », souligne Peio Irachabal. Tous les bénévoles de ce bureau ont eux-mêmes parcouru le chemin de Compostelle et parlent plusieurs langues, une nécessité pour accueillir des pèlerins venus des quatre coins du globe.

L'hébergement représente un défi logistique majeur. Laurence Eujol, gérante du refuge municipal qui propose 34 lits à 16 euros la nuit, constate : « Depuis 15 jours, c'est ultra-complet ». Face à cette saturation, la municipalité a mis en place un système de secours. « Quand il n'y a plus aucune place dans les hébergements, on ouvre l'ancienne caserne des pompiers pour que personne ne dorme dehors », précise Peio Irachabal.

55 000 pèlerins de 118 nationalités en 2025

Les chiffres témoignent de l'attractivité internationale de cette étape. En 2025, Saint-Jean-Pied-de-Port a accueilli 55 000 pèlerins de 118 nationalités différentes, dont 9 689 Français, 7 993 Américains, 4 384 Espagnols et 4 308 Sud-Coréens. « On accueille autant de femmes que d'hommes, de toutes les générations, même si les personnes âgées restent majoritaires, et on a même des pèlerins de confessions différentes », rapporte Peio Irachabal.

Couples, groupes d'amis, aventuriers solitaires, et même des familles avec de jeunes enfants : tous les profils se croisent dans les ruelles pavées du village. Park SJ, venu de Corée du Sud, confie : « On vient d'arriver mais on a déjà eu le temps de visiter un peu. C'est très beau, surtout la citadelle ». Daniel, un jeune Israélien de 18 ans, renchérit : « C'est magnifique ».

Une aventure humaine au-delà du sport

Au-delà de l'aspect sportif, le chemin de Compostelle représente une formidable aventure humaine. Patricia Arangois, commerçante et élue municipale, témoigne : « Les pèlerins apportent de l'animation dans ce petit village. On parle avec des gens du monde entier, c'est sympa ». Le maire Laurent Inchauspé ajoute : « Ça crée des échanges culturels importants, c'est une chance ».

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Les pèlerins eux-mêmes soulignent cette dimension relationnelle. Massimiliano et Matteo, deux Italiens, expliquent : « C'est une belle expérience, on est là pour l'aventure et le sport, mais aussi pour rencontrer d'autres personnes ». Audrey et Corine, deux amies de Bordeaux, racontent : « On ne peut que recommander, c'est vraiment à faire. En plus des superbes paysages, l'ambiance est très conviviale, on a beaucoup discuté avec d'autres pèlerins ».

Dans les rues de Saint-Jean-Pied-de-Port, les frontières s'estompent naturellement. « Et toi, tu viens d'où ? » devient la question récurrente qui brise les barrières linguistiques et culturelles. « Autour d'une bonne bière en fin de journée, on arrive toujours à se comprendre », lancent en riant Audrey et Corine.

Dans quelques semaines, certains de ces pèlerins se retrouveront peut-être ensemble à Saint-Jacques-de-Compostelle, aboutissement d'une aventure unique dont le chemin aura traversé ce petit village français au pied des Pyrénées. Une expérience qui dépasse largement le simple parcours sportif pour devenir une véritable odyssée humaine et spirituelle.