Locomotive touristique de la Dordogne, le Centre international de l'art pariétal de Montignac-Lascaux célèbre son 10e anniversaire en 2026. Plus de 3,5 millions de visiteurs se sont rendus dans la réplique grandeur nature de la grotte originale, qui continue par petites touches d'évoluer.
« Nous sommes tombés au bon moment et avons ouvert la même année que la Cité du vin (à Bordeaux) et que la Cité internationale de la tapisserie (à Aubusson) », confie André Barbé, directeur de la Semitour Périgord, qui gère ce site de 8 000 m² abritant la reproduction intégrale des 230 mètres de la grotte de Lascaux. Il exprime son soulagement à l'occasion des 10 ans de l'ouverture du Centre, plus connu sous le nom de « Lascaux IV ». Un projet qui a coûté 64 millions d'euros, majoritairement financés par les collectivités locales, et qui serait bien plus difficile à engager aujourd'hui.
Un investissement rentable
L'investissement a pourtant montré son utilité, au-delà de la prouesse technologique de la reproduction des peintures rupestres datant de 17 000 ans. Découverte en 1940 par quatre adolescents, la grotte originelle est distante de 400 mètres à vol d'oiseau. Depuis son ouverture, plus de 3,5 millions de visiteurs ont foulé l'intérieur humide et sombre du fac-similé, à Montignac-Lascaux, dans le Périgord noir. Avec 370 000 billets écoulés en moyenne par an, il s'agit du site le plus fréquenté de Dordogne, devant le château de Castelnaud-la-Chapelle.
« Lascaux est le moteur touristique et culturel de la Dordogne, c'est le nom le plus connu du département », abonde Germinal Peiro, président (PS) du Conseil départemental. Il rappelle que l'appellation figure « dans les manuels scolaires en Afrique du Sud, en Corée du Sud, au Japon, aux États-Unis ». Contrairement au Périgord, dont la notoriété est plus faible à l'international.
Une clientèle variée
« 80 % de la clientèle est française, 20 % étrangère. Ces derniers arrivent des Pays-Bas, de la Belgique, d'Allemagne, entre autres. Chaque année, 3 500 à 4 000 Américains visitent aussi Lascaux IV, comme 1 500 Japonais. Au total, on recense 150 nationalités », résume André Barbé.
Un site ouvert à l'année, un acte fort « pour un musée en milieu rural », poursuit-il, en insistant sur la singularité de cette vallée de la Vézère, un territoire encore dépourvu, en partie, de mobilités douces et qui ne voit pas accoster des paquebots de croisière comme à Bordeaux.
Un acteur économique local
L'opérateur touristique entend aussi jouer un rôle dans l'aménagement et le développement du territoire. Dans la commune de 2 800 habitants, Lascaux IV emploie une cinquantaine de salariés permanents à l'année, et près du double l'été avec les saisonniers. Pour les héberger, l'opérateur a racheté et rénové d'anciens gîtes dans un hameau proche.
André Barbé met en avant l'aspect humain à la lumière de l'expérience du Covid, synonyme d'isolement. Revenu du tout-numérique, il valorise les visites avec les médiateurs scientifiques plutôt que l'accompagnement par audioguide.
Une architecture primée
Autre souvenir marquant, l'attribution en 2023 du prestigieux prix Houen d'architecture au cabinet scandinave Snøhetta. Sélectionné parmi 80 équipes internationales, il a imaginé le bâtiment long de 150 mètres pour 60 mètres de large et 8 mètres de haut, semi-enterré dans le relief au pied de la colline. Lui donnant l'aspect d'une incision dans le sol ou d'une faille horizontale. « Un élément majeur », pour André Barbé, qui légitime le bâtiment-paysage et son immense façade en béton, un choix fort qui n'avait pas laissé le public de marbre à son ouverture.
Des espaces scénographiques renouvelés
En plus de la réplique de la grotte, des projections mapping sont proposées. L'un des six espaces scénographiques a été réaménagé : une pièce immersive a remplacé la salle d'exposition contemporaine, offrant des projections de mapping sur trois murs de 10 mètres de haut. Après les femmes et les animaux, le philosophe et spécialiste de l'art de la préhistoire Jean-Paul Jouary a revisité l'histoire de l'Humanité dans un film projeté dans la salle immersive.
« Il faut imaginer que les animaux peints à Lascaux ne sont pas statiques mais en mouvement », ce que montre le film « Une seule Humanité ». Un dialogue entre l'art paléolithique et l'art contemporain montrant au visiteur des représentations de femmes, d'animaux et des signes sculptés ou gravés venant des quatre coins du monde.
Des films éclairés sous un angle sensible grâce au philosophe de l'art Jean-Paul Jouary, qui a supervisé les trois créations. La dernière, « Une seule humanité », démontre qu'« à partir de l'esthétique et de l'émotion des œuvres de la préhistoire, issues de tous les continents, il y a une unité d'origine, une seule espèce humaine », assure-t-il.
Un modèle économique convoité
Un universalisme qui se retrouve avec la réception de délégations étrangères, à l'image des Aborigènes australiens et leurs représentants venus à l'automne 2025 découvrir le savoir-faire français dans la fabrication de fac-similés. Ou encore avec l'accueil de scientifiques brésiliens, azerbaïdjanais, polonais ou portugais, en quête d'informations complémentaires sur le modèle économique de Lascaux IV.
(1) Le département de la Dordogne en a apporté la moitié. (2) Il gère huit sites culturels en Dordogne et affiche un chiffre d'affaires de 13,5 millions d'euros en 2025.
Lascaux II et III se visitent toujours
Si un événement par mois est organisé dans le cadre de la célébration des 10 ans de Lascaux IV, il ne faut pas oublier les deux autres répliques. Ouvert en 1983, le premier fac-similé accueille toujours des visiteurs entre Pâques et la Toussaint. Après avoir attiré jusqu'à 270 000 visiteurs annuels avant l'avènement de Lascaux IV, près de 70 000 tickets sont vendus chaque année pour apprécier, à 200 mètres de la grotte authentique, la reproduction des deux salles les plus connues : la salle des Taureaux et le Diverticule axial. Une clientèle de puristes également séduite par le format plus resserré de la visite (une heure quinze, contre deux heures trente) et un tarif plus modeste (16 euros, contre 23 euros, pour le tarif adultes). Quant au fac-similé nomade Lascaux III – une exposition itinérante –, après Valence (Espagne), qui l'a accueilli jusqu'au 31 mars, Chicago le recevra de mai 2027 à avril 2028.



