Bivouac en plein essor dans les Écrins : le parc envisage des quotas
Bivouac dans les Écrins : le parc envisage des quotas

Plus de 200 tentes éparpillées autour du lac de Muzelle un soir d'été 2025. Une centaine chez son voisin, le lac du Lauvitel. Dans le Parc national des Écrins, à cheval sur les départements des Hautes-Alpes et de l'Isère, l'essor de la pratique du bivouac n'a pas manqué d'attirer l'attention des autorités.

Une fréquentation en forte hausse

« On avait lancé une première étude en 2021 pour mesurer l'effet Covid, et finalement constaté un tassement du nombre de bivouaqueurs. Mais en 2024, on s'est rendu compte avec des échanges de terrains que certains randonneurs venaient de loin, d'Ile-de-France ou de Bordeaux pour seulement un week-end, et on a relancé l'étude. Et on a vu des chiffres jamais connus et mesuré une fréquentation multipliée par deux en quatre ans », détaille à 20 Minutes Pierrick Navizet, le responsable de la communication du parc des Écrins.

Cette hausse de fréquentation ne semble pas limitée aux Écrins. « On a tous remarqué une explosion de la pratique du bivouac n'importe où, n'importe quand, n'importe comment », regrettait un certain Bernard en mai 2024 sur le forum spécialisé « camptocamp ». Dans cette discussion, des participants partageaient leurs observations d'« engouement pour la pratique » dans le massif du Vercors, du côté du Pas de l'Aiguille, ou autour de lacs d'altitude situés à proximité de Grenoble.

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Le bivouac, une pratique appréciée mais encadrée

Une pratique de la nature qu'apprécie Marion, jeune trentenaire qui a d'abord découvert le bivouac lors d'un voyage à vélo au long cours jusqu'en Chine en 2015. « Le calme, pouvoir s'installer et idéalement dormir proche d'une rivière ou d'un torrent, s'y baigner, se réveiller avec les oiseaux et partir en randonnée le matin, c'est vraiment apaisant. Et en plus c'est gratuit », explique la Marseillaise qui s'adonne au bivouac. « Il nous arrive d'y monter en voiture et de chercher un coin un peu planqué où s'installer, à quelques minutes de marche d'une route ou d'un parking histoire d'y stocker l'eau et la nourriture, et de pouvoir prendre matelas et oreillers pour le confort ».

Historiquement lié à l'alpinisme, le bivouac est aujourd'hui une forme de loisir à ne pas confondre avec le camping. La règle veut que le campement soit installé après 19 heures et démonté avant 9 heures le lendemain, avec une emprise minimum : pas le droit d'installer d'auvents, de grandes tentes ou encore de matériel trop imposant comme des tables et des chaises de camping. Or, « nous avons constaté que 40 % des bivouaqueurs ne respectent pas les horaires d'installation », revient Pierrick Navizet, pour qui « cette dynamique d'engouement, plus qu'un effet de mode porté par les réseaux sociaux, semble s'inscrire dans la durée ».

Des chiffres révélateurs

L'étude conduite par le Parc des Écrins a montré que 41 % des bivouaqueurs pratiquaient déjà avant 2020 et qu'en 2025, pour 25 % d'entre eux, il s'agissait de leur première expérience. « Et ce ne sont pas forcément des randonneurs en itinérance puisque la fréquentation des sentiers n'augmente pas, voire régresse légèrement », continue le responsable communication.

L'évolution du matériel nécessaire, plus léger et plus accessible, est aussi une raison de « ce boom ». Une dynamique qui n'a pas échappé aux acteurs des pratiques outdoors. En plus de tout le matériel nécessaire, Décathlon Travel propose de nombreux séjours en itinérance et bivouac.

Vers une réglementation renforcée

Fort de ces constats, le Parc national des Écrins a entrepris de réviser son arrêté de réglementation, en se réservant notamment la possibilité d'instaurer des quotas. Un système déjà mis en œuvre par le Parc de la Vanoise, en Savoie : depuis 2019, il autorise à nouveau le bivouac, mais seulement autour des refuges et sur réservation. « Il était nécessaire d'actualiser notre arrêté de réglementation. D'abord pour y formuler clairement des évidences, comme l'interdiction des réchauds à bois et du rejet des eaux usées, de vaisselles ou de besoins naturelles à moins de cinquante mètres d'un lac ou d'un cours d'eau », dit Pierrick Navizet.

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Avant de formellement adopter ce nouvel arrêté de réglementation, le parc a conduit une enquête publique. « Nous avons eu plus de 700 contributions là où on s'attendait à en recevoir autour de 200, ce qui marque un fort intérêt. Avec en gros deux grandes typologies de remarques : ceux qui trouvent ça liberticide, et ceux qui trouvent que les interdictions ne vont pas assez loin ».

L'exemple des Calanques

Le Parc des Écrins n'envisage pas d'instaurer immédiatement des quotas, qui pourraient s'inspirer de ce qui se fait dans le Parc national des Calanques. Le bivouac y est intégralement interdit et l'accès à la calanque de Sormiou est conditionné depuis 2022 à une « réservation » préalable sur internet fixant à 400 le nombre de visiteurs quotidiens.

En revanche « des actions pédagogiques sur les bonnes pratiques sont prévues avec nos équipes de médiateurs, y compris en soirée ». Le Parc n'exclut pas d'organiser une séquence plus répressive avec la police de l'environnement afin de communiquer auprès du grand public. Et de vérifier que les horaires et l'étendue des campements respectent bien la nature, afin que tout le monde puisse continuer d'en profiter.