Marathon de Paris : changement d'organisateur après 25 ans
Marathon de Paris : nouveau trio d'organisateurs

Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand les inscriptions du Marathon de Paris ne s’ouvrent pas à la date habituelle, c’est qu’il se passe quelque chose. Après près de plus d’un quart de siècle sous la houlette de Amaury Sport Organisation (ASO), la Ville de Paris s’apprête à confier l’organisation de son épreuve reine à un nouveau trio composé de Havas, Keneo et Outdoor Sport Experiences. Cette rupture fait peser une ombre sur l’avenir de la célèbre course parisienne.

Un changement aux implications économiques mesurées

D’un strict point de vue économique, le choc reste mesuré. Les recettes générées par l’événement – environ 7 millions d’euros pour la seule édition 2025 – assurent une rentabilité confortable sans pour autant constituer un pilier vital pour le groupe sortant.

Les raisons financières en question

Pourquoi, dès lors, écarter un acteur qui avait su hisser la course au rang des marathons majeurs ? Officiellement, la procédure suit son cours et doit encore être validée lors du Conseil de Paris, prévu du 19 au 22 mai. Officieusement, plusieurs hypothèses affleurent. La première renvoie à une logique financière. Dans un contexte budgétaire contraint, la municipalité aurait pu se montrer sensible à une offre plus avantageuse. « Peut-être est-ce une décision financière, car la municipalité a besoin de renflouer ses caisses », avance Virgile Caillet dans Le Figaro.

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Pour autant, la seule variable financière ne saurait tout expliquer. La Ville semble également animée par un désir de renouveau, voire de réinvention. Le consortium retenu, baptisé « Cadence », mise sur la complémentarité de ses expertises. Havas apporterait sa maîtrise de la communication événementielle, Keneo son savoir-faire en ingénierie sportive, tandis que OSE assurerait la logistique de terrain, forte notamment de son expérience sur l’EcoTrail parisien. Cette combinaison suscite néanmoins des interrogations. « Aucun de ces trois acteurs n’a jamais organisé de marathon », glisse, sceptique, une source proche du dossier citée par Le Figaro.

Des inquiétudes parmi les coureurs

La décision surprend, notamment parmi les habitués. Adam Sbaihi, marathonien actif sur Instagram, exprime ses inquiétudes. Il confie : « Ce qui me surprend surtout, c’est la temporalité. L’année prochaine marquera la 50e édition du Marathon de Paris. C’est un chiffre symbolique, et il m’aurait paru cohérent de conserver le même organisateur. »

Il pointe également les conséquences concrètes pour les participants : « ASO ouvrait traditionnellement les inscriptions quelques jours après l’édition précédente. Cela permettait de se projeter immédiatement. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer une ouverture avant juin, voire juillet, ce qui laisse beaucoup moins de temps pour s’organiser. » Une inquiétude largement partagée par la communauté des coureurs, davantage préoccupée par l’accès à la course que par les enjeux institutionnels.

Une dimension politique et une ambition de renouveau

À ces doutes s’ajoute une dimension plus politique. La présence d’Havas, propriété de la famille Bolloré, ne laisse pas indifférent. « Il pourrait y avoir débat, car le choix de la Ville fait couiner certains élus », confie une source. Le dossier, déjà sensible, pourrait ainsi prendre une tournure plus polémique dans les semaines à venir.

En filigrane, une ambition plus vaste se dessine : transformer le marathon en une expérience immersive, à mi-chemin entre performance sportive et événement populaire. Le nouveau projet pourrait créer une expérience plus immersive et scénarisée, sur le modèle du “Marathon pour tous” des JO 2024. Animations le long du parcours, implication accrue des quartiers traversés, accent renforcé sur les enjeux environnementaux. Autant de pistes qui, si elles se concrétisent, pourraient profondément redéfinir l’identité de l’épreuve.

Pour autant, certains relativisent l’ampleur du changement. Adam Sbaihi tempère : « Il est difficile d’imaginer un meilleur parcours, tant il traverse les lieux emblématiques de Paris – les Champs-Élysées, les quais, les bois de Vincennes et de Boulogne. Et l’ambiance restera la même : le public sera toujours au rendez-vous. »

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Des conséquences à venir

Rien n’est encore formellement acté, mais les conséquences s’annoncent déjà considérables. Le parcours pourrait être repensé, les partenariats intégralement renégociés, y compris avec les sponsors majeurs, et la politique tarifaire réévaluée. Le futur concessionnaire héritera d’un chantier d’ampleur. À plus brève échéance, une priorité s’impose : ouvrir les inscriptions pour l’édition 2027 et dissiper l’impatience grandissante des coureurs. « Les gens veulent surtout savoir quand les inscriptions vont ouvrir, et s’ils pourront participer sans attendre des mois », résume Adam Sbaihi.

Sollicité par Le Point, Maxime Sauvage, adjoint au maire chargé des sports, des équipements sportifs et de l’égalité d’accès au sport, reste prudent : « Nous ne communiquerons sur le sujet qu’au moment du prochain Conseil de Paris, dont l’ordre du jour comprendra la délibération relative au Marathon de Paris. »