Du 18 au 20 septembre 2026, les citoyens russes sont appelés aux urnes pour élire les 450 députés de la Douma, la chambre basse du Parlement. Ce scrutin, le premier depuis le début de l'offensive en Ukraine en février 2022, s'annonce sans réelle opposition : le parti présidentiel Russie unie devrait conserver sa large majorité, acquise lors des précédentes élections de 2021.
Une victoire attendue de Russie unie
« Il ne s'agit pas de savoir si Russie unie va remporter ces élections ou non, le résultat est couru d'avance », estime Nikolaï Petrov, politologue russe du centre de réflexion New Eurasian Strategies Centre (NEST), interrogé par l'AFP. Face à Russie unie, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine ont été autorisées à concourir : les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes.
La seule formation d'opposition frontale au conflit, Iabloko (« la pomme » en russe), a d'abord été autorisée à participer avant d'en être privée par la justice le mois dernier, dans un contexte de répression accrue de toute opposition. « Si l'enregistrement de Iabloko n'avait pas été annulé, j'aurais bien sûr voté pour eux », explique Ievdokia, une étudiante moscovite de 18 ans. Sa voix ira aux Nouvelles personnes, un parti d'inspiration libérale, qu'elle considère comme « un moindre mal ».
Un scrutin sous influence ukrainienne
Le vote doit également avoir lieu dans les territoires de l'est ukrainien occupés et revendiqués par Moscou. Qualifiant le scrutin d'« assez factice », un diplomate d'un pays européen, qui a requis l'anonymat, estime que le Kremlin « prend l'exercice au sérieux » et va « s'efforcer de garantir un taux de participation élevé et l'apparence d'un fort soutien au parti du président ». L'enjeu est de taille : le scrutin servira de marqueur à l'agacement de la population face à un conflit qui a fait des centaines de milliers de morts et de blessés et qui mine le quotidien des Russes, même ceux vivant à des centaines de kilomètres de l'Ukraine. Kiev multiplie les frappes de longue portée contre les infrastructures énergétiques et les entreprises privées, notamment les géants de l'e-commerce Wildberries et Ozon, provoquant des morts parmi les civils, des pénuries d'essence et des milliards de roubles de dégâts matériels.
L'opposition en exil appelle à voter contre
Écartée du scrutin, l'opposition en exil a appelé tous les « Russes opposés à la guerre » à voter contre le parti de Vladimir Poutine le 20 septembre à midi, pour montrer leur nombre. Un autre sujet pèse sur ces élections : la crainte d'une nouvelle mobilisation, sur le modèle de la « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en septembre 2022. Depuis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que cette mesure serait annoncée « à l'automne » après les législatives, le président russe et son entourage ont réfuté à plusieurs reprises ce « scénario », très impopulaire jusque dans les cercles dirigeants à Moscou.
« Ça n'en a pas l'air », juge Tatiana Stanovaïa, du Centre Carnegie Russie Eurasie, interdit en Russie en tant qu'organisation « indésirable ». Le pouvoir « a fait énormément d'efforts pour convaincre les Russes qu'ils n'ont pas à s'en inquiéter. Je pense donc que nous ne verrons pas de nouvelle vague de mobilisation », dit-elle à l'AFP. En remportant les législatives, Vladimir Poutine obtiendrait « la confirmation de sa légitimité et de celle de la guerre », selon la politologue.



