Le Louis Vuitton Watch Prize : un hommage à l'horlogerie indépendante
Dans l'univers de l'horlogerie, une certaine manière de faire résiste à la standardisation, à l'oubli et à la logique du volume. C'est précisément cette résistance que le Louis Vuitton Watch Prize entend célébrer depuis sa création en 2022. Organisé et porté par La Fabrique du Temps Louis Vuitton, une manufacture installée à Meyrin en Suisse depuis 2014, ce prix biennal ne récompense pas une marque ou un palmarès traditionnel : il cherche avant tout des créateurs.
Une vision ambitieuse pour les indépendants
L'idée, portée dès l'origine par Jean Arnault, est simple dans sa formulation mais ambitieuse dans ses effets : replacer l'horloger indépendant au cœur du récit horloger contemporain. Le prix offre au lauréat une dotation de 150 000 euros, un an de mentorat à Meyrin et, surtout, une visibilité que la seule qualité technique ne garantit plus dans un marché saturé. Ces horlogers conçoivent, fabriquent, décorent et assemblent souvent seuls ou à deux, fréquemment loin des centres traditionnels du secteur.
La transmission au cœur de la cérémonie 2024
Le geste inaugural de la soirée du 24 mars 2024 a parlé plus fort que n'importe quel discours : c'est Raúl Pagès, lauréat de l'édition précédente, qui a remis lui-même le trophée aux nouveaux vainqueurs. « Remettre ce trophée à mon tour est un privilège tout aussi important, preuve vivante que le Prix réunit une communauté vibrante d'horlogers indépendants qui se soutiennent et s'inspirent mutuellement », a-t-il confié. Édition après édition, le Louis Vuitton Watch Prize tisse ainsi une communauté solidaire dans un métier historiquement solitaire.
Hazemann & Monnin : les lauréats 2024 et leur School Watch
Les vainqueurs de cette édition, Alexandre Hazemann et Victor Monnin, ont fondé leur maison en 2024 en Suisse, mais leur compagnonnage remonte à dix ans, sur les bancs du lycée Edgar Faure de Morteau en France. Leur première création, la « School Watch », intègre une complication à heure sautante instantanée avec sonnerie au passage. Cette pièce se décline en deux interprétations distinctes, chacune reflétant la sensibilité de l'un de ses fondateurs.
La version d'Alexandre Hazemann met l'accent sur l'expression technique avec des touches de bleu, tandis que celle de Victor Monnin explore une démarche plus artistique à travers des cadrans en pierre naturelle (malachite et opale). « Nous voulions que les finitions aient une réelle pertinence, que l'on puisse prendre le temps d'admirer tout le mécanisme », précise Hazemann. Une montre qui se regarde autant qu'elle se lit, donc.
Un jury international et des finalistes venus du monde entier
Le jury de cinq membres, présidé par Carole Forestier-Kasapi de TAG Heuer, avait sélectionné cinq finalistes venant de quatre pays différents :
- Xinyan Dai (Fam Al Hut, Chine)
- Alexandre Hazemann et Victor Monnin (Hazemann & Monnin, France)
- Bernhard Lederer (Lederer, Suisse)
- Daizoh Makihara (Daizoh Makihara Watchcraft Japan, Japon)
- Norifumi Seki (Quiet Club, Japon)
Cette diversité géographique démontre clairement que l'excellence indépendante ne connaît pas de pôle géographique fixe et que le talent horloger s'épanouit aux quatre coins du monde.
Un tremplin pour l'avenir
Pour Hazemann & Monnin, ce prix représente à la fois une confirmation de leur travail et un formidable tremplin vers l'avenir. « Elle nous donne les moyens d'aller plus loin : renforcer une maison indépendante et transmettre une nouvelle vision de l'horlogerie », expliquent-ils. Leur prochain garde-temps portera les deux noms sur le cadran, affirmant ainsi l'identité de leur maison naissante. Le Louis Vuitton Watch Prize prouve ainsi ce qu'un objet bien fait peut encore promettre dans un monde souvent dominé par la production de masse.



