L'atelier Tuffery, entreprise familiale fondée en 1892 à Florac, investit un million d'euros dans l'extension de sa manufacture de 800 m², avec une dizaine d'embauches à la clé. Le leader du jean « fabriqué en France » vise un chiffre d'affaires de 6,5 millions d'euros cette année, après avoir atteint 5,4 millions en dix ans, passant de 10 000 à 60 000 pièces produites annuellement.
Un investissement stratégique pour moderniser la production
L'extension de 800 m², financée en capitaux propres et par emprunts bancaires, permettra de moderniser l'atelier de découpe, un maillon essentiel de la production. Julien Tuffery, propriétaire avec sa femme Myriam, explique : « Le contexte économique est difficile, mais tous les voyants sont au vert pour nous, donc on y va. » Cette croissance s'accompagnera d'une dizaine de recrutements, avec une formation interne assurée pour les nouveaux salariés.
Chaque jean nécessite 15 à 17 pièces de tissu, soit 44 pièces avec les accessoires, et environ 1 h 10 de travail pour un modèle en série, mais plus de 10 heures pour un sur mesure. Les jeans sont vendus entre 139 et 159 euros l'unité, avec le célèbre modèle Alphonse homme en 12 finitions. L'entreprise ne solde jamais ses produits, à l'exception de la braderie annuelle de Florac pour les articles présentant des défauts minimes.
Un succès porté par le tourisme de savoir-faire
Chaque année, 40 000 visiteurs poussent les portes de l'atelier-boutique, dont 8 000 participent aux visites guidées animées par les salariés. Ce « tourisme de savoir-faire » attire une clientèle soucieuse d'acheter moins mais mieux, comme le souligne Julien Tuffery : « Un jean qu'on achète à 139 euros et qu'on porte 10 ans, ça ne fait que 13,90 euros par an. »
L'entreprise mise sur son histoire et ses valeurs, mais aussi sur l'innovation. « Le Made in France, ce n'est pas juste un slogan politique, c'est une éthique qui a un coût ! » insiste le dirigeant. L'activité est répartie entre les ventes en ligne (environ 3 millions d'euros), l'atelier-boutique de Florac (2 millions), la nouvelle boutique parisienne ouverte en avril (1 million prévu) et le magasin de Montpellier (700 000 euros).
Un modèle économique vertueux et indépendant
Avec 44 emplois directs, la masse salariale représente 70 % du coût d'un jean, un choix assumé face à la concurrence internationale. Julien Tuffery précise : « Toutes les ventes se font exclusivement en direct chez nous, de la production à la vente, en passant par le design et la réparation. » L'entreprise a déjà investi près de 5 millions d'euros dans l'outil de production.
Malgré des propositions de rachat « à huit chiffres » de la part de géants du luxe, le dirigeant reste catégorique : « L'entreprise n'est pas à vendre. Ces propositions auraient pu faire tourner la tête de beaucoup, mais nous, on veut rester libres de nos ambitions. » Selon les professionnels du secteur, 10 millions de jeans à plus de 120 euros sont vendus chaque année en France, fabriqués à l'étranger. « Pour le même prix, achetez français, car le premier moteur économique et social du pays, c'est la carte bleue ! » conclut-il.



