Sotech Technologies Services décroche un contrat stratégique pour le futur porte-avions nucléaire français
À Bergerac, en Dordogne, l'entreprise Sotech Technologies Services vient de remporter un appel d'offres crucial de Naval Group pour participer à la construction du porte-avions nouvelle génération (PA-NG). Ce contrat, annoncé en fin d'année dernière, s'étendra sur quatre ans et représente une étape majeure pour cette PME spécialisée dans la chaudronnerie, la soudure et l'usinage de pièces métalliques.
Un contrat de Noël après deux ans et demi d'efforts
« Après deux ans et demi de travail intensif, c'était un véritable cadeau de Noël », confie Virginie Binvenu, cogérante de Sotech Technologies Services. Comme cette entreprise, plus de 600 PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) travailleront sur le successeur du porte-avions Charles-de-Gaulle, avec la particularité que 90% des achats seront réalisés en France, renforçant ainsi la souveraineté industrielle nationale.
La société bergeracoise aura pour mission spécifique de réaliser des tuyauteries et autres équipements chaudronnés destinés à la construction de la chaufferie nucléaire qui propulsera le futur porte-avions. Les détails techniques de cette commande restent confidentiels, comme l'explique Stéphane Binvenu, cogérant : « Nous fabriquons les pièces commandées qui seront assemblées ailleurs, mais l'ensemble du processus est très encadré et sécurisé. »
Une résurrection industrielle spectaculaire
L'obtention de ce contrat marque l'aboutissement d'une remarquable renaissance pour Sotech Technologies Services. Liquidée en 2018, l'entreprise a été rachetée à la barre du tribunal par Virginie et Stéphane Binvenu, qui ont mené une transformation complète de la structure.
« Nos objectifs étaient clairs : recruter massivement, transférer les savoir-faire historiques, et investir dans nos capacités de production », détaille Stéphane Binvenu. Les résultats sont impressionnants : l'effectif est passé de 28 à 85 salariés, tandis que le chiffre d'affaires a bondi de 3,8 millions à 11 millions d'euros.
Cette métamorphose s'est accompagnée d'une diversification stratégique. « Nous avons créé un bureau d'études il y a deux ans, ce qui nous permet désormais de pratiquer la coconception avec des clients majeurs », précise Virginie Binvenu. Cette évolution ouvre les portes de secteurs exigeants comme la défense, le nucléaire civil et militaire, ou encore l'aérospatiale.
Un savoir-faire au service de la souveraineté française
Le credo des dirigeants de Sotech repose sur une conviction forte : miser sur l'expertise technique des salariés pour produire des composants à haute valeur ajoutée, essentiels à l'indépendance stratégique de la France. « Il est crucial de maintenir l'ensemble des processus de production sur le territoire national », insiste Stéphane Binvenu. « Les PME agiles comme la nôtre constituent le bras armé des grands groupes industriels français. »
Au-delà de Sotech Technologies Services, le couple Binvenu a constitué un véritable groupe industriel à Bergerac. Depuis 2015, ils ont repris deux autres sociétés : BMI, spécialisée dans l'usinage de pièces de grande dimension, et AZ Industries, fabricant de filtres à eau. L'ensemble affiche désormais un chiffre d'affaires consolidé de 17 millions d'euros et emploie environ 130 personnes.
Défis et perspectives d'avenir
Fort de ces succès, le groupe prévoit d'embaucher une dizaine de personnes par an et continue d'investir dans ses outils de production. Cependant, un défi majeur se profile : la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. « Nous éprouvons des difficultés à recruter des chaudronniers expérimentés, des usineurs ou des soudeurs », reconnaît Stéphane Binvenu. « Nous formons beaucoup en interne, mais l'acquisition de ces compétences techniques demande plusieurs années. »
Ce contrat avec Naval Group pour le porte-avions nouvelle génération, dont la construction a été officiellement lancée le 18 mars par le président Emmanuel Macron, symbolise la vitalité du tissu industriel français. Il démontre comment des PME spécialisées peuvent jouer un rôle déterminant dans des projets d'envergure nationale, tout en contribuant au maintien des savoir-faire industriels sur le territoire.



