Renault : 125 ans d'histoire, des voiturettes à la révolution électrique
Renault : 125 ans d'histoire, de la Type A à la 5 E-Tech

Renault, un pilier du patrimoine industriel français depuis 125 ans

Officiellement créée le 25 février 1899, Renault s'est imposée comme un fleuron de l'industrie tricolore et un véritable patrimoine national. Entreprise nationale pendant plus de 40 ans, elle a produit en 120 ans d'existence de nombreux modèles mythiques et novateurs, qui ont profondément marqué la société française, tels que la 4CV, la 4L, la R16, la R5, ou encore l'Espace. Comme celle de son éternel rival Citroën, son histoire se confond avec celle de la France. Qui n'a pas un souvenir lié à une Renault ?

Les débuts de l'aventure avec Louis Renault et sa voiturette

C'est en 1898 que Louis Renault, quatrième fils d'Alfred Renault, qui a fait fortune dans la fabrication de boutons, construit à Boulogne-Billancourt, au sud-ouest de Paris, sa première automobile, la « Type A ». L'aventure débute le 24 décembre, lorsque le jeune autodidacte de 21 ans, passionné de mécanique, gravit la rue Lepic à Paris, au volant de sa « voiturette », équipée d'une boîte de vitesses révolutionnaire : la « prise directe ». Il empoche ce soir-là ses douze premières commandes fermes.

L'année suivante, Marcel et Fernand Renault, les frères de Louis, créent la Société Renault Frères. Louis reste salarié de la société pour se consacrer à la conception. Le succès commercial s'étend avant la Première Guerre mondiale grâce aux exploits sportifs de ses modèles : la « voiturette » remporte ses premières compétitions automobiles, ce qui vaudra à Renault soixante-et-onze commandes dans l'année. En 1902, Renault élabore son premier moteur 2 cylindres, module de base du 4 cylindres équipant, en priorité, la voiture légère victorieuse de la course Paris-Vienne pilotée par Marcel Renault. Ce dernier se tue en 1903 dans la course Paris-Madrid. En 1906, Renault remporte les 24 heures du Mans avec son modèle de compétition Renault AK et le pilote hongrois Ferenc Szisz.

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La Première Guerre mondiale et l'essor industriel

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le ministère de la Guerre demande à Renault de se mobiliser et lui confie 31 marchés (ambulances, moteurs d'avion, obus…). Les taxis Renault permettent de transporter 4 000 hommes sur le front. Ils entreront dans l'histoire sous le nom de « Taxis de la Marne ».

Mobilisées pour l'effort de guerre, les usines Renault qui produisent déjà des munitions et des moteurs d'avion (avec Caudron), mettent au point en 1917 le char léger FT, qui contribue à l'avancée alliée décisive avant l'Armistice. En 1918, Renault est devenu le premier industriel privé de France.

Le losange emblématique et la modernisation

Dès 1924, le fameux losange fait son apparition. Avec ses angles, il s'adapte aux lignes des capots en forme de dièdre. C'est la berline haut de gamme 40 CV Type NM qui introduit ce nouveau logo. Il sera remanié au fil des ans, mais le losange s'impose définitivement à partir de cette année-là.

Alors que son nouveau concurrent André Citroën connaît un grand succès en appliquant les méthodes américaines du travail à la chaîne engagé par Ford, Louis Renault modernise aussi son outil de production. En 1929, la très moderne gigantesque usine Renault ouvre ses portes sur l'île Seguin, à Boulogne-Billancourt. Dans les années qui suivent, la gamme Renault va proposer de petites voitures mais aussi de puissantes autos de grand luxe comme les Reinastella ou les Suprastella.

La Seconde Guerre mondiale, la nationalisation et la 4CV

Dès le début de la guerre, en 1940, les usines sont saisies par les autorités allemandes. En 1944, à la Libération, Louis Renault est incarcéré pour collaboration. Il meurt en détention, avant l'ouverture de son procès, quelques semaines plus tard. Le gouvernement nationalise alors l'entreprise, qui devient la « Régie nationale des usines Renault », et se voit confier la construction de voitures d'entrée de gamme : la 4CV (1946) puis la Dauphine (2 millions d'exemplaires fabriqués) qui contribueront à la motorisation de la France d'après-guerre. La 4CV sera la voiture la plus vendue en France jusqu'en 1955 ! Cette orientation populaire subsistera dans l'ADN de la marque.

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L'expansion et les modèles cultes des années 60 et 70

La première usine hors de Paris est construite en 1952, à Flins-sur-Seine, dans les Yvelines. Plus tard, d'autres sites viendront grossir l'implantation de Renault en France, à Cléon, à Sandouville dans l'axe Paris-Le Havre, mais aussi au Mans et à Douai, avant de s'étendre à l'international, en Espagne, en Amérique du Sud, en Turquie, puis au Maroc et en Algérie.

Lancée en 1956 par le constructeur au losange, la Dauphine succède à la 4 CV mais ne la remplace pas. Son nom, Dauphine, justifie sa place d'héritière.

Première « voiture à vivre », la 4L se veut une voiture polyvalente, capable de passer partout et d'être utilisée en toutes occasions. La célèbre auto sort des chaînes de montage en 1961. Produite, à raison de près de 9 millions d'exemplaires, et exportée dans plus de 100 pays, la Renault 4 termine sa carrière le 21 décembre 1994. En France, même la gendarmerie nationale l'avait adoptée… Autre gros succès novateur de la marque, la R16, sortie en 1965.

Le « laboratoire social » et les succès des années 70

La Régie, qui a dépassé en 1969 le million de véhicules produits en rythme annuel, est considérée comme le « laboratoire social » de la France, avec notamment des accords précurseurs sur les congés payés. Bastion syndical, c'est aussi l'un des épicentres de la contestation la plus virulente en mai 1968.

Autre grand succès de la marque : la cultissime Renault 5, sortie en 1972. Destinée à un public jeune et féminin, cette citadine aux lignes arrondies, avec son capot court et surtout ses trois portes, va bouleverser les habitudes. Pendant plus de 10 ans, elle restera à la tête des ventes des petites cylindrées en France. Au final, il s'en vendra plus de 5 325 000 unités à travers le monde.

En 1977, Renault révolutionne le monde de la Formule 1 en intégrant la catégorie-reine du sport automobile avec une voiture, la RS01, dotée d'un moteur turbocompressé. Depuis cette date, Renault est le constructeur au palmarès le plus prolifique.

L'Espace, les années Schweitzer et l'alliance avec Nissan

C'est à Renault que l'on doit le premier monospace de l'histoire, l'Espace, un nouveau véhicule au concept révolutionnaire, sorti en 1984. En 1986, Georges Besse, le PDG de Renault nommé par l'État un an plus tôt, est assassiné par les membres du groupe terroriste Action Directe qui condamne les « dégâts sociaux provoqués par les décisions de licenciements massifs ».

La période 1990 à 1996 voit la transformation de Renault en société anonyme et un désengagement graduel de l'État. C'est sous la direction de Louis Schweitzer qu'est rachetée la marque roumaine Dacia, en 1996. Elle devient un phénomène commercial dans le secteur du « low-cost ». Les groupes coréen Samsung et russe Avtovaz rejoignent ensuite l'orbite du constructeur. 1996 est aussi l'année de la fermeture de l'usine belge de Vilvorde. Durant les années 90, Renault sort deux nouveaux modèles phares : la Twingo et la Clio.

En 1999, Renault et Nissan scellent un accord, socle d'une coopération mêlant échange de participation et collaboration industrielle. Renault prend 36,8 % du capital de Nissan. L'Alliance Renault-Nissan voit le jour.

Les années Carlos Ghosn et l'innovation électrique

Carlos Ghosn prend la tête de l'entreprise en 2005. Renault bénéficie d'importantes économies d'échelle grâce à Nissan, qui est aussi une source de juteux dividendes. La même année, Fernando Alonso remporte le titre de champion du monde au volant d'une Renault. L'écurie Renault F1 Team remporte également en 2006 le titre de champion du monde des constructeurs.

Renault innove encore en 2012 avec la Zoé, la première berline électrique de grande diffusion à être commercialisée par la marque, qui devient leader des ventes en Europe. L'année suivante, Renault et le constructeur chinois Dongfeng, la DRAC (Dongfeng Renault Automotive Company) signe une joint-venture qui ouvre la voie à la construction d'une usine à Wuhan.

Renforcé par Mitsubishi en 2016, le groupe atteint en 2017 la première place mondiale pour le nombre de voitures et utilitaires légers vendus dans le monde. L'entreprise au losange qui employait fin 2017 plus de 181 000 personnes dans le monde et distribuait ses véhicules dans 134 pays, réalise cette année-là un chiffre d'affaires de 58,8 milliards d'euros et dégage un bénéfice net record de 5,1 milliards.

Les défis récents : scandale Ghosn, Covid-19 et « Renaulution »

Carlos Ghosn, l'ex-patron charismatique de Renault-Nissan, est arrêté au Japon en novembre 2018 pour malversations présumées. Après un mariage raté avec Fiat-Chrysler, secoué par le scandale Ghosn, le groupe qui visait à l'horizon 2022, 5 millions d'unités et 70 milliards d'euros de chiffre d'affaires est en pleine tourmente, en raison du coronavirus, mais pas seulement. Fin mai 2020, sous l'œil attentif de l'État français qui lance en même temps un vaste plan de relance pour l'automobile, le groupe annonce un plan d'économies de plus de 2 milliards d'euros sur trois ans, prévoyant quelque 15 000 suppressions de postes dans le monde. Les ventes ont chuté de 21,3 % au niveau mondial, ses marques Renault, Dacia, Alpine et Lada étant très exposées dans les pays qui ont été les plus sévèrement confinés.

Deuxième constructeur mondial via son alliance avec Nissan-Mitsubishi, Renault doit maintenant s'engager à fond dans la transition écologique du secteur, devenir plus rentable, et s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation des automobilistes, ce qu'il appelle la « Renaulution ». Des R5 et 4L électriques, des économies et des plans pour Alpine : Renault dévoile le 14 janvier 2021 sa feuille route pour affronter la révolution du secteur automobile.

Un retour record à la rentabilité et l'ère électrique

Après la scission de ses activités en deux entités Ampere (dédié exclusivement aux véhicules électriques) et Horse (dédié aux moteurs thermiques et hybrides) en 2022, l'entreprise annonce en février 2024, un bénéfice net de 2,2 milliards d'euros pour l'année 2023.

Cette même année 2024, c'est le lancement de la Renault 5 E-Tech 100 % électrique. Élue « Voiture de l'Année 2025 », elle est suivie par la Renault 4 E-Tech 100 % électrique, directement inspirée par la mythique 4L.