Rapic : l'expertise périgourdine dans la torsion des métaux
La prochaine fois que vous manipulerez la pochette à revues du siège devant vous dans un avion, sachez que son armature métallique pourrait provenir du Périgord. À Eyzerac, près de Thiviers en Dordogne, l'entreprise Rapic maîtrise l'art de tordre tous les fils métalliques, qu'ils soient ronds ou plats, mesurant de 0,2 mm à plus de 10 mm de diamètre.
Des ressorts omniprésents dans notre quotidien
La spécialité de Rapic réside dans la fabrication de ressorts de toutes dimensions, des plus minuscules aux plus imposants. Ces composants mécaniques se retrouvent partout : sous les animaux à bascules des aires de jeux pour enfants, dans les systèmes des avions et trains, l'armement, les vannes hydrauliques, le matériel médical, mais aussi dans des objets courants comme les briquets ou les stylos.
« Nous travaillons à peu près tous les métaux. Peu d'aluminium, mais beaucoup d'acier et d'inox. Du titane également », précise Jean-Luc Besnard, le patron de Rapic.
Une clientèle prestigieuse et des machines de pointe
L'entreprise, qui emploie 27 personnes, collabore avec de grands groupes industriels tels que Safran pour l'aéronautique, KSB pour la robinetterie industrielle ou KNDS pour l'armement terrestre et aérien. La production s'effectue principalement sur des machines à commandes numériques, bien que certaines opérations manuelles persistent pour les petites séries.
« Nous faisons du sur-mesure. Un client peut nous demander le mouton à cinq pattes, nous en créerons le prototype », explique Jean-Luc Besnard. L'entreprise fabrique notamment des structures métalliques arrondies pour des pédales de fauteuils de dentistes, illustrant sa capacité d'adaptation.
Une reprise en 2006 et une succession en préparation
Jean-Luc Besnard, ancien officier de marine marchande, a racheté Rapic en 2006 pour entamer sa « quatrième vie professionnelle ». Après avoir travaillé dans l'après-vente automobile en Polynésie, il a choisi cette entreprise pour sa structure solide, ses agréments et son personnel qualifié.
En 2025, Rapic a réalisé 2,3 millions d'euros de chiffre d'affaires, une année qualifiée de « plutôt moyenne » par son dirigeant. « Quand les grands groupes éternuent, les PME comme la nôtre toussent », constate-t-il, évoquant les difficultés économiques du second semestre 2025.
À plus de 60 ans, Jean-Luc Besnard prépare désormais sa succession. Son directeur adjoint, Thomas Barboutie, 36 ans, est associé depuis 2023 et se forme aux subtilités du métier de patron. « Je tiens à cette entreprise. Il faut garder tous ces savoir-faire ici », affirme ce Périgourdin entré chez Rapic comme métreur en 2014.
Une histoire industrielle riche
L'aventure Rapic débute à Paris au début des années 1950, lorsqu'un ouvrier lance son activité de tournage de ressorts dans un local de 15 m². L'entreprise prend le nom de Rapic en 1968, contraction des noms de son nouveau propriétaire et de son épouse.
Après plusieurs déménagements et changements de propriétaires, l'actuelle usine de 3 600 m² (dont 400 m² de bureaux) a été construite en 2014 à Eyzerac, au bord de la RN 21. Cette implantation rurale facilite la logistique mais complique le recrutement, même si elle permet un turnover moindre que dans les grandes villes.
Président de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) du Périgord, Jean-Luc Besnard veille à préserver ce savoir-faire industriel unique en milieu rural, démontrant que l'excellence technique peut s'épanouir loin des grands centres urbains.



