La fin d'une époque pour les papeteries de Condat en Dordogne
Les papeteries de Condat, situées au Lardin-Saint-Lazare en Dordogne, ont longtemps été le plus important employeur privé du département. En l'espace de quarante ans, cette usine autrefois florissante est passée de 1 200 salariés à seulement 21 employés, soit une moyenne de 0,81 salarié par hectare. Cette statistique démesurée serait presque risible si elle ne traduisait pas un véritable drame social pour toute une région.
Une nouvelle vague de licenciements annoncée
La reprise des papeteries par la société de participation de La Braye (SPB) va s'accompagner d'une nouvelle vague de licenciements. Dans les prochains mois, ils ne seront plus que 21 personnes à travailler dans cette grande usine qui, à son apogée, faisait vivre plus de 1 200 employés directs, sans compter les sous-traitants et les emplois indirects. Le logo de la commune témoigne encore de cette gloire passée : « la cité du papier ».
La communication de SPB évoque un projet visant à « faire évoluer le modèle de papetier traditionnel afin de l'adapter aux mutations du marché ». Un euphémisme selon les observateurs, car en novembre 2025, lors du dépôt de sa première offre devant le tribunal de commerce spécialisé de Bordeaux, le groupe se montrait beaucoup plus direct : « Le marché du papier couché est en diminution constante. C'est un marché sinistré. Le marché des papiers spéciaux est en surcapacité. Il n'y a aucun avenir pour le site de Condat dans la production de ces qualités de papiers. »
Un désastre social aux racines profondes
Pour comprendre l'ampleur de ce désastre social, il faut remonter cinquante ans en arrière, lorsque le papier bouffant sortant de l'usine était noirci des lignes des lauréats du prix Goncourt et que le papier couché, destiné aux magazines, sublimait les plus beaux clichés des stars en vacances. À cette époque, chaque famille du Périgord noir se battait pour placer l'un des siens aux papeteries, avant la révolution numérique et l'ultramondialisation des échanges.
Les syndicalistes et salariés ne partagent pas le constat de SPB. Ils pointent depuis des années les errements du groupe Lecta, accusé d'avoir sciemment torpillé le site périgourdin au bénéfice des usines espagnoles et italiennes. L'arrêt de la ligne 4 en 2023 et le plan de sauvegarde de l'emploi qui avait suivi n'avaient fait que fragiliser un ensemble déjà chancelant.
1993, l'annus horribilis
Les plus anciens salariés en activité sont unanimes pour identifier le point de bascule : l'annus horribilis 1993 marque l'arrêt de la fabrication de la cellulose (la pâte à papier). Le parc à bois a été fermé cette même année, sonnant le glas d'une activité historique.
Depuis lors, les plans sociaux se sont enchaînés (2007, 2013, 2023). Le faste des années Progil et Saint-Gobain est révolu ; le cartonnier irlandais Smurfit, puis la holding Lecta n'ont pas réussi à redresser la barre, et le paquebot Condat a continué à dériver. Le choix de se concentrer uniquement sur le marché de la glassine (pour étiquettes autoadhésives), déjà saturé, a fini de plomber l'ancien navire amiral de l'économie périgourdine.
SPB affirme aujourd'hui étudier « la faisabilité du redémarrage de la ligne 8 », celle qui produit la glassine, mais sans donner de faux espoirs. Une question se pose désormais : faudra-t-il bientôt changer le logo du Lardin-Saint-Lazare, cette « cité du papier » qui ne compte plus que 21 papetiers ?



