Le tribunal administratif de Grenoble doit se prononcer le 12 juillet sur le sort du projet de data center destiné à l'intelligence artificielle (IA) porté par la société américaine Data4 à Bourg-lès-Valence, dans la Drôme. Les opposants, regroupés au sein du collectif « Stop au data center », espèrent obtenir l'annulation du permis de construire délivré en mars 2024 par la municipalité.
Un projet contesté pour son impact environnemental
Le data center, d'une surface de 12 000 m², doit consommer l'équivalent de la production électrique de 30 000 foyers pour alimenter ses serveurs dédiés à l'IA. Les opposants dénoncent un « gaspillage énergétique » et une « artificialisation des sols » sur un terrain agricole de 4 hectares. Selon le collectif, le projet « va à l'encontre des objectifs de neutralité carbone » de la France.
« Nous ne sommes pas contre le numérique, mais contre cette façon de le développer, sans aucune considération pour l'environnement et les riverains », explique Marie Durand, porte-parole du collectif. Les opposants ont déjà obtenu un premier succès en mai, lorsque le tribunal a suspendu l'abattage de 300 arbres sur le site, en attendant le jugement sur le fond.
Un enjeu économique et politique
Le projet est soutenu par la municipalité de Bourg-lès-Valence et la communauté d'agglomération Valence Romans, qui y voient un levier de développement économique. Data4 promet la création de 50 emplois directs et 150 indirects. Le groupe américain, qui exploite déjà 25 data centers en Europe, a investi 200 millions d'euros dans cette infrastructure.
« Ce data center est stratégique pour l'attractivité de notre territoire et pour la souveraineté numérique française », affirme le maire de Bourg-lès-Valence, Nicolas Daragon. Il rappelle que le site a été choisi pour sa proximité avec le nœud internet de Lyon et la disponibilité d'énergies renouvelables.
Une décision très attendue
La décision du tribunal administratif de Grenoble est attendue avec impatience par les deux camps. Si le permis de construire est annulé, le projet pourrait être repoussé de plusieurs années. En revanche, si la justice valide le permis, les travaux pourraient débuter dès septembre. Le collectif « Stop au data center » promet de faire appel en cas de décision défavorable.
« Nous sommes confiants, car la loi Climat et Résilience de 2021 impose de limiter l'artificialisation des sols. Ce projet est en contradiction avec cette loi », estime Me Antoine Boutonnet, avocat des opposants. De son côté, Data4 affirme que le projet respecte toutes les normes environnementales et que les études d'impact ont été validées par l'État.
Un précédent en France
Ce n'est pas la première fois qu'un data center fait l'objet d'une contestation judiciaire en France. En 2022, le projet d'un data center d'Amazon à Roubaix avait été suspendu par la justice pour des motifs environnementaux. Le tribunal avait jugé que l'étude d'impact était insuffisante. Depuis, le projet a été modifié et les travaux ont repris.
Selon une étude de l'Agence de la transition écologique (Ademe), les data centers représentent 2 à 3 % de la consommation électrique française, un chiffre qui pourrait doubler d'ici 2030 avec le développement de l'IA. Les experts estiment que la France doit trouver un équilibre entre innovation technologique et impératifs écologiques.



