Jeudi 21 mai, à Bordeaux, la réindustrialisation sera au cœur d’une rencontre “Sud Ouest”/TV7. Un sujet pour lequel la Nouvelle-Aquitaine fait figure de région modèle – non sans connaître, elle aussi, ses revers douloureux.
La méthode Notre-Dame appliquée à l’industrie
Si la cathédrale Notre-Dame-de-Paris a pu être reconstruite en cinq ans, pourquoi faudrait-il davantage de temps pour monter une usine ? C’est, résumé à grands traits, la logique du président de la République. Depuis Montluçon, dans l’Allier, où il s’était rendu le 22 avril 2026 pour inaugurer la mine de lithium d’Imerys, Emmanuel Macron a annoncé la publication d’un décret visant à accélérer les procédures pour 150 grands projets industriels recensés sur tout le territoire. La philosophie se veut pragmatique : un projet identifié, une chaîne de commandement claire, des délais courts qu’on doit tenir. C’est la méthode Notre-Dame appliquée à l’industrie.
Cette initiative entend accélérer 150 dossiers répartis dans 63 départements, pour 71 milliards d’euros d’investissement cumulé et un potentiel de 32 000 emplois, la moitié étant portée par des PME et ETI. Mais cette ambition s’inscrit dans un bilan nuancé. Sur les dix dernières années, la France a créé 130 000 emplois nets dans l’industrie et ouvert 300 sites industriels nets, stoppant ainsi douze années consécutives de désindustrialisation. Pour autant, si l’on s’en tient à l’année 2025, et aux créations et fermetures d’usines, le solde industriel de la France est négatif à -58 usines, signe que la dynamique marque le pas dans un contexte géopolitique et économique difficile.
Nouvelle-Aquitaine, locomotive d’une reconquête industrielle
Dans ce tableau contrasté, la Nouvelle-Aquitaine tire son épingle du jeu. Elle s’était hissée à la deuxième place nationale en 2024 grâce à 24 ouvertures nettes d’usines, dans la continuité de 2022 et 2023. En 2025, elle confirme son statut de leadership et s’impose comme le territoire industriel le plus dynamique de France, affichant 19 nouvelles implantations nettes.
La Nouvelle-Aquitaine s’affirme comme une terre d’implantation industrielle crédible, capable d’attirer des projets et d’accompagner des PME. Elle bénéficie par ailleurs de 16 territoires d’industrie actifs en 2025, soutenus dans le cadre du programme de transition écologique porté par l’Ademe. Des atouts clés que le président de région, Alain Rousset, ne manque pas de revendiquer, lui qui a fait de la réindustrialisation l’axe central de ses mandats. Le fait est que l’industrie manufacturière représente désormais 10 % du PIB régional (157,6 milliards d’euros) et 14,1 % de ses emplois, contre 9,5 % en France.
Ollow, exemple de revers douloureux d’une technologie prometteuse
Mais le chemin reste semé d’embûches et la Région ne saurait ignorer ses propres échecs. Le cas d’Ollow – anciennement 3DiTex – en est l’illustration la plus frappante. Créée en 2018, cette société girondine fabriquait des pièces composites creuses thermoformables selon un procédé de tissage de fibres unique au monde. Elle avait enclenché son industrialisation avec l’ambition de construire une première usine de 3 000 mètres carrés au Haillan, près de Bordeaux. Lauréate de France 2030, Ollow avait décroché une aide de l’État de 1,9 million d’euros pour son projet de relocalisation de pièces composites sur le marché du vélo. Bpifrance, la Région Nouvelle-Aquitaine et des fonds d’investissement privés avaient également mis la main à la poche. Tout semblait réuni pour une belle success-story.
Las, la deuxième levée de fonds attendue début 2025 pour financer le passage à l’échelle industrielle n’a pas eu lieu, laissant l’entreprise à court de trésorerie au moment critique du basculement vers la production de masse. La liquidation judiciaire est intervenue quelques semaines avant l’inauguration de l’usine. Ce dossier met en lumière la fragilité du passage du stade de la start-up à celui de l’industriel – une vallée de la mort que ni les subventions publiques ni les certifications technologiques ne suffisent toujours à franchir. La réindustrialisation française peut aligner les bonnes intentions, les plans ambitieux et les financements publics, la « méthode Notre-Dame » se heurte encore à quelques freins : normes, délais, trésoreries en berne, incertitudes géopolitiques ou politiques...
Conférence à Bordeaux
Une conférence intitulée « Réindustrialiser : Réalité ou chimère ? » est proposée ce jeudi 21 mai à 15 h 30 (accueil à partir de 15 heures) au club-house des Marins de la lune, 21, parc d’activités des Queyries à Bordeaux. Avec la participation de Clément Beaune, haut-commissaire au plan, Alain Rousset, président de Région, Arthur Léopold-Léger (Elixir Aircraft), Marc Prikazsky (président exécutif de Ceva Santé Animale, président du club des ETI Nouvelle-Aquitaine) et Vincent Guibout (Flying Whales). Inscription en ligne : www.billetweb.fr/conference-sud-ouest-reindustrialisation



