Munich, le modèle bavarois de la deeptech qui inspire l'Europe
Munich, modèle bavarois de la deeptech européenne

Munich, l'écosystème tech qui mise sur l'industrie et la recherche

À l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars, l'occasion est idéale pour s'inspirer des modèles urbains innovants chez nos voisins européens. Parmi eux, Munich s'impose comme un cas d'étude fascinant, où la technologie rencontre l'industrie avec une efficacité remarquable. Loin des stratégies numériques grand public de Paris, Londres ou Berlin, la capitale bavaroise a choisi une voie radicalement différente : se spécialiser dans les technologies de pointe au service du secteur industriel.

Le WARR Club, symbole d'une formation pratique exceptionnelle

Le plus bluffant des clubs étudiants se trouve à l'Université technique de Munich (TUM). Au WARR Club, on ne perd pas son temps en futilités : on construit des fusées. "Les clubs ont accès à de grands ateliers équipés d'une variété de machines pour mener leurs expériences et fabriquer des prototypes. Des imprimantes 3D ou des grues pour lever des poids lourds", confie Ulrich Meyer, porte-parole de l'université. La TUM va leur remettre cette année encore les clés d'un hall additionnel de 1200 m², financé par 10 millions d'euros de dons.

Cette stratégie pédagogique paye depuis des décennies. Depuis sa création en 1962, le WARR Club a :

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  • Mis des satellites CubeStar en orbite
  • Créé pour l'ISS un laboratoire automatisé d'expériences en microgravité
  • Rafle plusieurs fois le premier prix des compétitions Hyperloop d'Elon Musk

Certains de ses membres sont même à l'origine d'Isar Aerospace, la première start-up européenne à s'attaquer au marché des mini-lanceurs orbitaux.

Un écosystème unique nourri par l'industrie et la recherche

Le caractère singulier de la tech munichoise s'explique d'abord par la présence historique de fleurons industriels allemands. "Cela s'explique bien sûr par la présence historique de fleurons allemands du secteur", observe Tom Wehmeier, associé et directeur de l'analyse du fonds de capital-risque Atomico.

Munich abrite non seulement Siemens, BMW et Audi, mais aussi des champions moins médiatisés :

  1. Infineon, poids lourd mondial des semi-conducteurs
  2. EOS, référence internationale des machines d'impression 3D industrielles
  3. Rohde & Schwarz, spécialiste des communications sécurisées

"C'est précieux pour les deeptech qui ont besoin de validation à l'échelle industrielle", souligne Jan Miczaika, associé du fonds munichois HV Capital.

Le deuxième pilier : un tissu académique et de recherche exceptionnel

Entre la prestigieuse TUM, l'université Louis-et-Maximilien de Munich (LMU), l'institut Max Planck de physique et le réseau Fraunhofer, la ville concentre "des dizaines de milliers d'étudiants en STEM et des milliers de chercheurs", selon André Loesekrug-Pietri de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI). Cette ressource a convaincu tous les géants américains du numérique d'ouvrir des centres de R&D sur place, d'Apple à Microsoft en passant par Qualcomm et Intel.

La magie opère car ces deux mondes collaborent étroitement, notamment via l'UnternehmerTUM, le plus grand centre européen de création de start-up adossé à l'université technique de Munich. Celui-ci connecte plus de 500 entreprises et PME avec des deeptech, tout en accompagnant étudiants et chercheurs dans la création d'entreprises.

Stabilité politique et vision économique partagée

"L'autre facteur clef de réussite est que les acteurs publics et privés partagent un même projet économique", analyse Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l'industrie. La CSU régnant en Bavière depuis 1957, ses politiques pro-business n'ont jamais été remises en question, assurant aux entreprises un cadre stable et prévisible. En 2024, le ministre-président Markus Söder a encore annoncé un investissement de 5,5 milliards d'euros dans l'IA, le quantique et l'espace.

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Les défis à surmonter pour l'écosystème munichois

Malgré ses atouts, Munich doit surmonter plusieurs obstacles. Le premier est financier : "On trouve moins de grands investisseurs ici que dans des capitales européennes telles que Berlin, Londres ou Paris", observe Arnaud Aymé, DG France de Sia Partners. Si les start-up munichoises ont levé près de 2,3 milliards d'euros en 2024, cela reste bien en deçà de Paris (7,8 milliards) et de Londres (14,3 milliards).

Les autres défis incluent :

  • La bureaucratie allemande qui ralentit les processus
  • La concurrence salariale des géants américains
  • La difficulté d'évaluer les deeptech aux longs cycles de développement

Un hub tech européen aux ambitions spatiales et quantiques

Munich s'affirme pourtant chaque année davantage comme un hub tech européen de premier plan, avec plus de 1000 start-up spécialisées dans des domaines pointus :

  • Dans le spatial : The Exploration Company développe une capsule cargo pour l'ISS
  • Dans la défense : Helsing, star de l'IA militaire valorisée 12 milliards de dollars
  • En robotique industrielle : Agile Robots, RobCo ou Magazino
  • En technologies de rupture : Proxima Fusion parie sur la fusion nucléaire, Planqc sur l'informatique quantique

L'écosystème compte huit licornes et même une décacorne européenne : Celonis. Fondée par trois étudiants de la TUM, cette entreprise a séduit les sociétés du DAX et du CAC40 avec ses outils d'analyse de processus et est désormais valorisée plus de 13 milliards d'euros.

"L'industrie allemande subissant une concurrence internationale nouvelle, la tech munichoise va prendre une importance croissante", prédit l'économiste belge Reinhilde Veugelers. Alors que les exports allemands vers la Chine ont chuté de 9,3% en 2025 tandis que les importations augmentent de 9%, les industriels historiques ont plus que jamais besoin des idées innovantes des startupers pour renverser la vapeur. Un modèle dont pourraient s'inspirer les nouvelles équipes municipales françaises.