France Industrie sonne l'alarme sur les freins à la réindustrialisation
Alexandre Saubot, président de l'organisation professionnelle France Industrie et directeur général du groupe Haulotte, a récemment partagé ses analyses lors d'un déplacement en Nouvelle-Aquitaine. Invité par la filière forêt-bois-papier Fibois, il a dressé un état des lieux sans concession de la réindustrialisation française, évoquant ses atouts, ses perspectives mais surtout les obstacles qui persistent.
Une voix unifiée pour l'industrie française
France Industrie se présente comme la voix unifiée de l'industrie française face à tous ses interlocuteurs : grand public, élus, exécutifs territoriaux, parlementaires, préfets et gouvernement. « C'est l'idée que différents secteurs industriels ont tellement de points communs qu'ils peuvent parler d'une seule voix », explique Alexandre Saubot, précisant que l'organisation regroupe 30 fédérations professionnelles, 60 grandes entreprises et des collectifs d'acteurs industriels en territoires.
L'organisation assume pleinement son rôle de lobby industriel. « Nous rappelons à tous les décideurs politiques que l'industrie est un outil de souveraineté du pays », insiste le président de France Industrie. « L'époque rappelle d'ailleurs qu'économiquement, financièrement, notre pays ne peut s'en sortir sans son industrie. Nous ne faisons pas que du lobbying pro-industrie, nous défendons l'intérêt général ! »
Une inversion de tendance statistique mais fragile
Depuis la crise du Covid-19, les discours sur la souveraineté et la réindustrialisation se sont multipliés. Alexandre Saubot affirme qu'il s'agit d'une réalité statistique concrète. « Après quarante ans de décrochage, de destruction de près de la moitié des emplois industriels dans notre pays, à raison de 50 000 à 100 000 emplois industriels par an, depuis 2017 on en crée 20 000 par an », détaille-t-il.
Cependant, cette inversion de tendance reste fragile selon le président de France Industrie. « La pression de l'industrie chinoise, de l'administration américaine, la pression administrative européenne fragilisent en effet ce mouvement de réindustrialisation », alerte-t-il. « La courbe des créations d'emplois et de sites industriels, qui avait repris une trajectoire ascendante, certes lente, pourrait s'infléchir rapidement si l'on ne travaille pas rapidement sur les sujets de la compétitivité et de l'attractivité des métiers et des talents. »
Un handicap fiscal de 120 milliards d'euros par an
Le principal frein identifié par France Industrie concerne la fiscalité. Alexandre Saubot présente un calcul édifiant : « À tissu industriel identique, si nous appliquions à l'industrie française la fiscalité de l'industrie allemande, au lieu de payer 340 milliards d'euros d'impôts et de charges, les entreprises françaises en paieraient 220… C'est 120 milliards d'euros en plus, tous les ans, pour investir, développer commercialement, mieux payer nos collaborateurs, prendre des risques… »
Même en se comparant à l'ensemble de la concurrence européenne, le différentiel reste considérable, de l'ordre de 60 milliards d'euros environ. « Malgré ce contexte, et alors que nous faisons la course en tongs, nous, industriels français, sommes loin d'être les derniers de la classe et nous avons même des champions mondiaux », relativise Alexandre Saubot. « Alors si on pouvait bénéficier des mêmes règles que nos voisins et enfiler des baskets, nous ferions bien mieux, et le pays ne s'en porterait que mieux aussi. »
Un message politique qui peine à être entendu
Pourquoi ces alertes répétées semblent-elles rester sans effet auprès des décideurs politiques ? Alexandre Saubot avance une explication : « Sans doute parce que l'impact des décisions fiscales et réglementaires imposées par la France à son économie ne se fait sentir que dans le temps long dans nos différentes filières industrielles. Lesquelles, en outre, font généralement preuve de résistance. »
Cette résistance industrielle peut donner l'illusion aux décideurs politiques que les mesures défavorables n'ont pas d'impact immédiat. « Une résistance qui permet aux décideurs politiques de se dire, deux ou trois ans après, que 'finalement, il ne s'est pas passé grand-chose de négatif pour l'industrie'. Sauf que c'est parfois dix ans plus tard que le tissu industriel et donc l'emploi en paient le prix fort, longtemps après la fin des mandats de celles et ceux qui ont décidé ces règles du jeu… »
Le président de France Industrie conclut sur une note à la fois critique et constructive : « Des pépites, la France en compte beaucoup ; des entreprises, des idées formidables, il y en a beaucoup. Mon regret, ce n'est pas ce que l'on fait mais ce que l'on pourrait faire dans un contexte fiscal, réglementaire, administratif un peu plus favorable. »



