Papeteries de Condat : chronologie d'un déclin industriel en Dordogne
Condat : chronologie d'un déclin industriel en Dordogne

Papeteries de Condat : une histoire industrielle tourmentée en Dordogne

Les Papeteries de Condat, situées au Lardin-Saint-Lazare en Dordogne, traversent une période critique, avec des craintes croissantes quant à leur survie. Retour sur les événements clés qui ont jalonné le destin de cette usine emblématique.

Les débuts prometteurs et les années de gloire

En 1907, la société Gillet et Fils installe une usine de produits tannants à partir de châtaigniers, au confluent du Cern et de la Vézère. En 1920, elle devient Progil, puis se diversifie en 1923 avec la fabrication de pâte à papier, donnant naissance à la papeterie Condat. Rapidement, de grandes maisons d'édition comme Gallimard, Hachette, Grasset et Albin-Michel collaborent avec le site.

En 1960, une crue centennale de la Vézère cause des dégâts estimés à 1 milliard de francs. Malgré cela, la machine 4 démarre en 1963, produisant du papier couché Condat mat 70 g/m², un succès utilisé dans les dictionnaires et manuels scolaires. En 1969, les Papeteries de Condat intègrent le groupe Saint-Gobain via la Cellulose du Pin.

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Les crises et les restructurations

En 1987, une catastrophe écologique tue cinq tonnes de poissons dans la Vézère, imputée à une résine de l'usine. En 1988, le site emploie environ 1 200 personnes et est leader européen du papier impression-écriture haut de gamme. Cependant, en juin 1993, une crise de la filière bois entraîne des pertes de 1 million de francs par jour, conduisant à un plan social supprimant 240 emplois.

En juillet 1994, le groupe irlandais Smurfit rachète la branche papier-bois de Saint-Gobain, formant Smurfit Condat. En 1997, un investissement de 450 millions de francs est programmé, mais en septembre 1998, Smurfit cède ses parts au fonds d'investissement CVC Capital Partners, qui forme le groupe Lecta avec des partenaires italiens et espagnols.

Les difficultés financières et les plans de sauvetage

En 2007, l'usine fête ses 100 ans mais licencie une centaine de salariés, réduisant l'effectif à 690 personnes. En mars 2013, Lecta annonce l'arrêt de la ligne 6 et la suppression de 139 postes, citant la surcapacité, la hausse des matières premières et l'impact d'Internet. L'effectif tombe à 500 salariés.

En février 2020, un plan de sauvetage inclut un prêt de 19 millions d'euros de la Région et 14 millions d'euros de l'État pour une nouvelle chaudière. Lecta investit 82 millions d'euros pour transformer la ligne 8, mais en mars 2023, la production des lignes 4 et 8 est arrêtée.

La menace de fermeture et les actions récentes

Le 10 octobre 2023, un plan de sauvegarde de l'emploi signé entérine la suppression de 174 postes sur 412 salariés. En décembre 2023, les licenciements sont notifiés. En septembre 2025, Lecta cesse de rembourser le prêt de la Région, et les syndicats et élus locaux redoutent la fermeture pure et simple.

Le 13 octobre 2025, un CSE extraordinaire officialise la mise en vente du site par Lecta. Le 22 octobre 2025, une audience ouvre le redressement judiciaire. En février 2026, une audience prud'homale a lieu pour contester les conditions de licenciement.

Les Papeteries de Condat, autrefois fleuron industriel, sont aujourd'hui au bord du gouffre, symbolisant les défis de l'industrie papetière face aux mutations économiques et environnementales.

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