Les SCPI en crise : Troisième année difficile pour les fonds immobiliers
SCPI : Troisième année de crise pour les fonds immobiliers

Les SCPI face à une troisième année consécutive de crise profonde

Les Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI) traversent actuellement une période de turbulence marquée, avec une troisième année consécutive de difficultés significatives. Ces fonds d'investissement immobilier, qui permettent aux épargnants d'accéder à des actifs diversifiés tels que des bureaux, des commerces, des hôtels, des entrepôts ou des cliniques avec un ticket d'entrée relativement modeste, ont été durement impactés par le double choc de la hausse brutale des taux d'intérêt et de l'expansion massive du télétravail.

Un contexte défavorable qui pèse sur la valeur des actifs

Plusieurs acteurs historiques du secteur, ayant procédé à des acquisitions massives d'actifs à des prix élevés à la fin des années 2010, se retrouvent aujourd'hui confrontés à la gestion d'un parc immobilier en perte de valeur substantielle. Cette dépréciation contraint inévitablement les gestionnaires à répercuter cette baisse sur le prix des parts détenues par les investisseurs, créant ainsi un climat de méfiance généralisé.

Cette situation difficile s'est traduite par un appétit considérablement réduit des épargnants pour ces supports d'investissement. La collecte de fonds, qui avait atteint un pic impressionnant de 10 milliards d'euros en 2022, s'est effondrée à seulement 3,5 milliards d'euros en 2024, avec des prévisions modestes autour de 4 milliards d'euros pour l'année 2025.

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"Nous nous attendions à un rebond plus fort l'an dernier, mais il n'a pas eu lieu," constate Pierre Garin, directeur du pôle immobilier du courtier Linxea. "Les SCPI ont souffert de la concurrence des offres de bonus sur les fonds en euros. Heureusement, nous avons observé un vrai regain d'activité au cours du dernier trimestre 2025. Et depuis le début de l'année, nous voyons beaucoup d'intérêt des épargnants pour de l'achat à crédit."

L'émergence de nouveaux produits aux rendements spectaculaires

Pourtant, à toute chose malheur est bon, et ce contexte de marché difficile a vu fleurir de nouveaux produits d'investissement ces dernières années. La baisse significative des prix de l'immobilier permet désormais aux gestionnaires disposant de capacités d'investissement de constituer des parcs immobiliers à des conditions particulièrement avantageuses.

Des dizaines de nouveaux véhicules d'investissement ont ainsi été lancés, non seulement par des sociétés déjà bien établies dans le secteur, mais également par de nouvelles venues, créant une concurrence inhabituellement intense et bruyante. Certains de ces fonds n'ont pas hésité à annoncer des rendements records, défiant les standards traditionnels du marché.

"Traditionnellement, les bonnes SCPI distribuent 5 à 6 % par an, mais, actuellement, la concurrence offre du 7-8 %, voire davantage pour certains supports," constate Pierre Garin.

Parmi les exemples les plus marquants, on peut citer Comète, la deuxième SCPI d'Alderan, qui affichait l'an dernier un taux de distribution impressionnant de 11,18 %, ou encore Sofidynamic (Sofidy) à 9,52 %. Wemo One, tout récemment créée par la société Wemo Reim, a déjà communiqué son rendement pour 2025, atteignant le niveau exceptionnel de 15,27 %. L'ordre de grandeur est similaire pour sa concurrente Reason de MNK Partners, avec un rendement annoncé de 12,9 %.

La nécessité d'une analyse approfondie malgré les rendements attractifs

Face à de tels niveaux de rendement, la tentation est grande pour les investisseurs. Cependant, il est crucial de garder raison, car ces performances exceptionnelles ne sont généralement pas durables dans le temps. Ces taux alléchants ne doivent donc pas dispenser les épargnants d'une analyse rigoureuse et approfondie des produits proposés.

"Les jeunes SCPI arrivent à un moment où les biens ont décoté. C'est pourquoi elles peuvent acheter à des prix inférieurs de 20 à 30 % par rapport au pic du marché et afficher des rendements élevés. Mais il faut ensuite qu'elles soient bien gérées pendant dix ans, ce qui correspond à la durée minimum recommandée de détention d'un fonds immobilier," alerte Marc Sartori, fondateur du cabinet d'analyse DeeptInvest.

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Comment sélectionner les SCPI les plus prometteuses ?

La première étape consiste à écarter les supports les plus fragilisés par la crise, notamment les gros fonds anciens et endettés, spécialisés dans les bureaux. Ces produits ne collectent plus de fonds et doivent désormais gérer un nombre important de parts en attente de revente, provenant d'épargnants souhaitant solder leur placement sans trouver d'acquéreurs.

Il convient toutefois de ne pas mettre toutes les SCPI anciennes dans le même sac. "Certaines ont bien traversé la crise et affichent des performances solides. Elles ont été délaissées par les épargnants de façon un peu injuste," considère Pierre Garin. La jeunesse d'un fonds n'est donc pas le critère absolu pour identifier les meilleurs supports d'investissement.

La méfiance est également de mise concernant le seul critère de la collecte, qui s'est concentrée sur un nombre réduit de produits l'an passé. Bien qu'il soit rassurant d'investir dans un produit qui attire des capitaux, cet indicateur ne doit pas être le seul pris en compte. "La collecte peut basculer très vite," rappelle Marc Sartori. "D'ailleurs beaucoup des leaders d'il y a quatre ou cinq ans ne collectent plus du tout aujourd'hui."

Les clés d'une stratégie d'investissement équilibrée

L'analyse doit donc être plus large et prendre en compte plusieurs facteurs essentiels : la thématique d'investissement du fonds, la notoriété de la société de gestion, son expérience dans le secteur, ainsi que sa stratégie à long terme.

Le conseil ultime consiste à diversifier son investissement sur trois ou quatre lignes avec des produits dotés de profils différents : une jeune SCPI dynamique avec le vent en poupe, un fonds plus ancien offrant un rendement stable et régulier, et un support intégrant une dimension écologique sérieuse, car il s'agit d'un enjeu crucial pour l'immobilier dans les prochaines années.

"Diversifier son investissement sur trois ou quatre lignes avec des produits dotés de profils différents : une jeune SCPI avec le vent en poupe, un fonds plus ancien avec un rendement stable et un support avec une dimension écologique sérieuse car il s'agit d'un enjeu crucial pour l'immobilier dans les prochaines années," recommande Marc Sartori.

Comprendre les indicateurs de performance essentiels

Pour évaluer correctement les SCPI, il est indispensable de maîtriser les principaux indicateurs de performance :

  • Le taux de distribution (TD) : calculé en rapportant la somme des dividendes versés pendant l'année au prix de la part au 1er janvier. Bien que simple, cet indicateur reste incomplet.
  • L'indicateur de performance globale annuelle (PGA) : cet indicateur plus complet additionne le taux de distribution et l'évolution du prix de part sur l'année écoulée, offrant une vision plus globale de la performance.
  • Le taux de rendement interne (TRI) : considéré comme l'outil de référence sur longue période, il correspond à la performance annualisée du placement sur des périodes de 5, 10 ou 15 ans, permettant ainsi une évaluation plus fiable de la rentabilité à long terme.

En adoptant une approche méthodique et diversifiée, les investisseurs peuvent ainsi mieux naviguer dans cet environnement complexe et préparer leur portefeuille à affronter toutes les situations de marché.