Anglet : le projet immobilier Latchague au cœur de la bataille municipale 2026
Projet Latchague à Anglet : polémique immobilière en campagne

Anglet : le projet immobilier Latchague au cœur de la bataille municipale 2026

Le projet immobilier du clos Belharra, situé au 43 rue de Latchague à Anglet, s'est imposé comme un sujet brûlant dans la campagne des élections municipales de 2026. Résumé sous l'appellation « projet Latchague » par un collectif de riverains, ce développement résidentiel a généré une pétition, des recours juridiques et un débat politique intense depuis son émergence publique en janvier 2026.

Les contours d'un projet controversé

Porté aujourd'hui par le promoteur MJ Developpement, le projet prévoit la construction sur un terrain de 13 273 hectares de 18 maisons individuelles, majoritairement équipées de piscines, et de 23 logements collectifs en R+1 avec sous-sol. Parmi ces logements collectifs, 18 sont destinés au locatif social et 5 à l'accession sociale, avec une livraison annoncée pour 2027.

Le permis de construire initial, délivré le 22 juin 2021 par la municipalité alors que le promoteur était Gesfim, a été contesté par un collectif de six riverains. Ces derniers ont engagé un recours gracieux, saisi le tribunal administratif de Pau en 2023, puis le Conseil d'État. Ces trois procédures ont été rejetées, confirmant la légalité du permis.

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La question cruciale de la constructibilité

Le maire sortant et candidat à sa succession, Claude Olive, affirme que « le terrain vendu par une famille angloye a été rendu constructible par le plan local d'urbanisme de 2013 », sous la mandature de son prédécesseur socialiste, Jean Espilondo.

Jean-Pierre Voisin, ancien adjoint à l'urbanisme sous Espilondo, apporte une précision capitale : « Il était clairement indiqué dans ce PLU que le terrain n'était pas constructible tant qu'il n'était pas désenclavé. Nous voulions le rendre constructible une fois désenclavé. Or M. Olive a supprimé l'emplacement réservé. »

Claude Olive rétorque que « ce projet de route » pour désenclaver « venait affecter toutes les terres nourricières du Refuge » de la congrégation des Servantes de Marie. La modification du PLU, votée le 24 septembre 2020 avec l'opposition de gauche contre, a donc maintenu la constructibilité sans la condition de désenclavement.

Mahaut Fanchini, candidate de la liste Anglet Ensemble soutenue par le Parti socialiste, résume : « La majorité actuelle a fait sortir la clause de désenclavement, mais a gardé la constructibilité. Ils auraient pu rendre inconstructible ce terrain, s'ils l'avaient souhaité. »

Un terrain maraîcher ? Le flou persiste

La pétition des riverains et la liste Anglet Ensemble évoquent un terrain « anciennement maraîcher » et dénoncent la « bétonisation des terres naturelles maraîchères ». Claude Olive conteste fermement : « Aucune activité agricole n'a jamais existé sur ce terrain. Nous sommes d'ailleurs sur un sol sablonneux et peu fertile. »

Un riverain du collectif opposé reconnaît qu'« il n'y a pas eu de témoignage d'activité agricole sur cette parcelle précisément, à part les foins », mais souligne qu'une parcelle voisine a été « cultivée pendant longtemps » pour des asperges.

Mahaut Fanchini adopte une position pragmatique : « Est-ce que Latchague a été maraîcher ou pas ? Il y a un flou. Nous, ce qu'on dit, c'est que peu importe, cela pourrait le devenir. » Anglet Ensemble parle désormais de « terres naturelles ».

Sécurité et accès : un point contentieux

Le collectif de riverains, dont la pétition a recueilli 1 400 signatures en un mois, dénonce l'insécurité de la voie d'accès, jugée pentue et étriquée. Le tribunal administratif de Pau, dans son jugement de juillet 2023, avait mentionné une difficulté de croisement et une voie inadaptée à l'engin de collecte des déchets, imposant un délai de quatre mois pour régulariser le permis.

Un permis de construire modificatif avec de nouveaux aménagements a été déposé par le promoteur en octobre 2023. En mars 2024, le tribunal rejetait la requête des riverains, décision confirmée par le Conseil d'État.

« L'accès a été considéré comme suffisant par le tribunal », affirme le promoteur. Un riverain, se disant apolitique, confie : « Pour l'instant, nos recours n'ont pas abouti, mais tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. »

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La polémique sur la spéculation immobilière

La pétition accuse le projet d'alimenter « la spéculation immobilière », avec des prix évoqués jusqu'à 10 500 euros du mètre carré. Claude Olive répond que « le prix des villas se situe dans la moyenne haute des transactions pratiquées dans le secteur » et rappelle qu'un maire ne peut s'opposer arbitrairement à un projet respectant le PLU.

Le promoteur précise : « J'ai entendu ce qui a été pris comme exemple : ce sont les deux villas autour de 10 000 euros du mètre carré, ce sont les plus belles villas avec des super piscines. En revanche, on n'a pas parlé de celles qui étaient à 8 000. Je pense que des villas avec piscine autour de 8 à 9 000 euros du mètre carré à Anglet dans ce quartier, on est dans une moyenne haute, mais qui n'a rien d'exceptionnel. »

D'après le site Se Loger, le prix moyen des maisons au mètre carré dans cette rue est de 6 863 euros, avec un prix haut à 12 618 euros.

La position des autres acteurs politiques

La liste Hemen Angelu, d'inspiration abertzale, exprime sa position pour le « zéro artificialisation nette » : « Ce projet est anachronique et symptomatique du marché immobilier : il n'aurait jamais dû exister. [...] Les faits sont pourtant clairs : le terrain concerné a été rendu constructible par une modification du PLU décidée sous l'ancienne municipalité de gauche, le permis de construire a été signé par l'actuelle majorité municipale. Chacun porte donc une part de responsabilité. »

Ce projet, lancé en 2021, continue ainsi de cristalliser les tensions entre développement urbain, préservation des espaces naturels et enjeux sociaux, faisant de la rue de Latchague un symbole des débats qui animent Anglet à l'approche des municipales de 2026.