Municipales 2026 : les imprimeurs en attente des commandes de campagne
Municipales : les imprimeurs attendent les commandes

Municipales 2026 : les imprimeurs en attente des commandes de campagne

Si les supports de communication papier demeurent indispensables pour les équipes de campagne, les prochaines élections municipales tardent singulièrement à générer un afflux de commandes chez les imprimeurs spécialisés dans l'édition des professions de foi, des bulletins de vote et des affiches électorales. Pourtant, les entreprises sont parfaitement préparées, même si les candidats locaux semblent parfois les avoir négligées.

Des stocks prêts mais des commandes en retard

Les stocks de papier au grammage requis pour les documents de campagne, obligatoirement labellisé PEFC, sont soigneusement entreposés. À seulement quatre semaines du premier tour des élections municipales, les imprimeries numériques et offset, en Gironde comme dans le reste du pays, sont parées à honorer les commandes qu'elles s'attendent à recevoir. Cette fois, contrairement au dernier scrutin des législatives anticipées, elles ont pu anticiper les dates d'une activité qui pourrait perturber leur planning de production habituel.

Malgré la digitalisation croissante de la communication politique, le papier « reste le support de communication le plus efficace » selon les professionnels du secteur. Cependant, une incertitude persiste quant au volume réel que représentera cette activité électorale. « Les commissions de propagande ne sont pas toutes réunies », témoigne Stéphanie Hervé, responsable clientèle de l'imprimerie familiale Korus à Eysines. En clair, les documents de propagande incluant professions de foi, affiches et bulletins de vote n'ayant pas encore été validés, aucun candidat ne se risque à lancer leur impression.

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Pour cette professionnelle, « tout va donc se jouer dans les prochains jours », parmi les devis rédigés au fil des 7 000 à 8 000 visites quotidiennes sur le site de l'entreprise. Sébastien Durandet, directeur général de Korus, constate comme ses confrères que les commandes en cours émanent peu de candidats locaux, un phénomène qui inquiète les entreprises implantées sur le territoire.

Premiers arrivés, premiers servis

« Les premiers arrivés seront les premiers servis » prévient l'entreprise qui, pour la première année, a développé une ligne dédiée aux élections au sein d'Imprimerie à réaction, sa branche « web to print » constituée depuis 2019 « pour s'ouvrir à de nouveaux marchés au plan national », contextualise son directeur général. Cette stratégie comporte un risque pour « des communes de petites à moyennes tailles que l'on a accompagnées et conseillées » qui pourraient passer après d'autres clients aux volumes plus conséquents.

À l'instar de cette liste parisienne qui a contractualisé l'édition de ses 70 000 exemplaires avant même de valider les documents définitifs, certaines campagnes mieux organisées prennent les devants. Ces listes, « souvent dans des petites communes » aux candidats moins rompus à l'exercice, Jean-Benoît Olive en voit « arriver, un peu paniquées », à mesure que l'échéance approche. « Et c'est là toute notre force », souligne le codirigeant d'Aquiprint à Bruges.

« En dessous de 2000 exemplaires, on arrive à être compétitif avec les imprimeries offset. Mais surtout, on est plus réactif », poursuit l'imprimeur qui a « déjà sorti quelques commandes depuis janvier ». Cependant, la politique, « même si on en a un peu plus qu'en 2020, ne représente que 5 % de l'activité » de cet imprimeur traditionnel spécialisé dans le livre. Avec son associé Arnaud Queron, ils ont constaté que « les listes affiliées à des groupes politiques ont passé des appels d'offres » sur lesquels il leur était difficile de se positionner « face aux grosses imprimeries offset ».

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Retombées financières incertaines et amertume locale

« C'est le jeu », s'accommode philosophiquement Jean-Benoît Olive. En revanche, l'imprimeur de Bruges avoue avoir « un peu les boules de voir que les candidats du coin n'ont pas fait travailler les entreprises locales ». Un constat amer partagé par Dominique Mallet, chef de l'Atelier 41 à Bordeaux, qui n'a pour le moment eu à traiter « qu'un seul dossier élection ».

Il pointe du doigt « les tarifs aberrants des imprimeurs en ligne qui fabriquent en Espagne ou en Italie et nous mettent hors jeu ». C'est précisément sur ce créneau que Korus s'est positionné en tant qu'intermédiaire français avec l'Imprimerie à réaction. « Mais il faudra attendre fin mars pour voir si cela aura été gagnant », déclare prudemment Sébastien Durandet.

Lors des législatives de 2024, « on avait eu du volume, mais les chiffres n'étaient pas à la hauteur ». Pour ces élections municipales, « on ne sait pas encore ce que sera le prix du remboursement officiel », déplore le directeur général qui a donc basé ses tarifs sur une moyenne des précédents scrutins. Une incertitude supplémentaire pour ce secteur économique régulièrement fragilisé qui, même s'il ne base pas son chiffre d'affaires sur les rendez-vous électoraux, ne peut se permettre de laisser passer ces opportunités.

Car au-delà des élections elles-mêmes, il y aura peut-être de nouveaux clients parmi les élus dans les communes, une perspective qui motive les entreprises à maintenir leur engagement malgré les difficultés actuelles.

Une communication strictement encadrée par la loi

Si chaque scrutin réserve son lot de candidatures farfelues, les listes n'ont aucun droit à la fantaisie s'agissant de leurs supports de communication. La commission de propagande de chaque département veille au respect d'un certain nombre de règles encadrant l'édition des circulaires et bulletins de vote comme des affiches.

Ces réglementations concernent :

  • Le grammage du papier et sa couleur
  • Le format et l'orientation de chacun des documents
  • Le nombre de couleurs utilisées pour l'impression des listes sur les bulletins

De plus, en dehors des logos de partis politiques, la circulaire stipule « l'interdiction de juxtaposer bleu, blanc, rouge » qui pourrait entretenir la confusion avec l'emblème national ou donner à penser que le document émane d'une institution officielle. La seule marge de liberté et de créativité pour les candidats réside alors dans le libre choix des polices de caractères et des illustrations, ainsi que la possibilité d'utiliser le support recto et verso.

Quelles que soient les commandes finales, Korus a d'ores et déjà prévu la réorganisation des équipes, « avec plus d'amplitude horaire et du travail les week-ends », pour absorber le volume de travail. Mais même avec des machines imprimant 18 000 feuilles à l'heure, il y aura nécessairement des refus, les capacités de production n'étant pas infinies.

Jean-Benoît Olive et Arnaud Queron ne misent pas exclusivement sur les rendez-vous politiques pour faire tourner leurs machines, mais ils se sont organisés pour qu'Aquiprint puisse répondre aux demandes de dernière minute qui ne manqueront pas d'arriver. Une course contre la montre qui, chaque élection, met à l'épreuve la réactivité et la flexibilité des entreprises d'imprimerie.