Mipim 2026 : L'immobilier tertiaire en quête de renouveau face aux défis économiques
Mipim 2026 : L'immobilier tertiaire face aux défis

Mipim 2026 : Le grand rendez-vous de l'immobilier professionnel à Cannes

Environ 20 000 congressistes et 90 pays représentés convergent vers Cannes pour le salon Mipim, du 9 au 13 mars. Cette grand-messe internationale de l'immobilier professionnel donne le pouls d'un secteur particulièrement sensible aux turbulences économiques actuelles. Instabilité, croissance en berne et conflits géopolitiques placent investisseurs, opérateurs et financiers sur la défensive.

Un marché des bureaux français en convalescence

Le marché tricolore des bureaux traverse une période difficile depuis plusieurs années. « Comme en 2025, on redoute une année 2026 chahutée, malgré quelques signes d'optimisme », explique Magali Marton, directrice des Études et de la Recherche de Knight Frank. Les chiffres d'ImmoStat sont éloquents : la demande placée en Île-de-France a reculé de 9% l'an dernier, atteignant 1,630 million de mètres carrés. « Le deuxième plus mauvais score enregistré depuis vingt ans, juste après celui du Covid en 2020 », souligne Sébastien Masson, DGA de Colliers France.

Si le volume des acquisitions a bondi de 45% à 6,5 milliards d'euros, cette embellie reste trompeuse. « C'est une augmentation en trompe-l'œil, les chiffres de 2025 étant mis en comparaison de ceux de 2024, qui avaient atteint un niveau historiquement bas. Pour mémoire, avant le Covid, l'activité annuelle naviguait régulièrement entre 20 et 25 milliards d'euros », commente Alexandre Wodka, directeur des Investissements de Savills France.

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La transformation profonde des espaces de travail

Face à la généralisation du télétravail post-crise sanitaire, les entreprises ont réduit de 20 à 30% leurs surfaces de bureaux. « L'immobilier continue d'être le deuxième poste de dépense d'une entreprise, juste après les salaires », rappelle Olivier Taupin, directeur d'agence bureaux chez Cushman & Wakefield.

Cette rationalisation a conduit à l'adoption massive du « flex office » - des postes de travail non dédiés consommant moins d'espace. Mais après six ans d'essor du télétravail, les employeurs tentent désormais de faire machine arrière. « Dans une organisation avec peu de rencontres entre les collaborateurs, et donc moins d'échanges informels, l'esprit d'équipe et le sentiment d'appartenance s'étiolent. Sur le long terme, cela se répercute aussi négativement sur la performance », indique Frédéric Ciuntu, président de l'Association des Directeurs Immobiliers.

Le bureau nouvelle génération : désirable et multifonction

Pour inciter les salariés à retourner au bureau, l'environnement de travail doit être plus attractif qu'avant. « L'espace de travail ne doit plus être conçu « comme à la maison », mais offrir beaucoup mieux que le domicile, avec une multitude d'espaces hybrides pour se concentrer, se réunir, partager ses humeurs et ses idées », résume Ludovic Tallon, directeur du pôle architecture de Colliers.

Les espaces collectifs représentent désormais 60% d'une surface, contre 30% il y a quelques années. « Non le bureau ne va pas disparaître ! Mais il renaît sous d'autres formes », ajoute Adrien Blanc, président d'Altarea Entreprise.

La recette passe par :

  • Des aménagements intérieurs stimulants
  • Une identité visuelle et graphique forte
  • Un côté « trendy » affirmé
  • Des espaces collaboratifs variés

Services premium et mixité fonctionnelle

Le bureau nouvelle génération propose désormais une panoplie de services :

  1. Restauration de qualité
  2. Centres de fitness
  3. Conciergeries
  4. Toits-terrasses avec bars
  5. Salles de cinéma conviviales
  6. Studios équipés pour podcasts

« Il convient de toucher la sphère sensorielle et émotionnelle », explique Céline Léonardi, directrice Marketing et Expérience Client Europe de Covivio. Des opérations parisiennes emblématiques illustrent cette tendance, comme « Cœur Paris » qui mixera 16 400 m² de bureaux, 6 200 m² de logements et 4 400 m² de commerces.

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Nouveaux acteurs et mutations sectorielles

Alors que les entreprises du luxe et de la pharmacie réduisent leurs recherches de surfaces, les sociétés des nouvelles technologies prennent le relais. Datadog occupera bientôt 21 000 m² dans l'immeuble « Madeleine », tandis que Mistral AI installera son siège social sur 20 000 m² rue des Poissonniers.

Le coworking, après des années de croissance exponentielle, s'est stabilisé. Les grandes entreprises privilégient désormais les « bureaux opérés » - des immeubles loués clefs en main avec services intégrés, à l'instar du concept « Work Palace » d'InSitu qui ouvrira boulevard Saint-Germain en septembre 2026.

Rénovation des pôles tertiaires parisiens

Les gares SNCF de la capitale, qui totalisent près de 3 millions de m² de bureaux, font l'objet de transformations majeures :

  • Le nouveau « Quartier Austerlitz » s'achèvera en 2027 avec 25 000 m² de commerces et services
  • La gare Montparnasse verra sa tour restructurée à partir de 2028
  • Le secteur de Saint-Lazare connaît des opérations de restructuration permanentes

Le projet « Upper » sur le toit de la gare Montparnasse, revisité par l'agence Diller Scofidio + Renfro, offrira 55 000 m² de surfaces avec une façade bioclimatique et un jardin potager sur le toit-terrasse.

Incertitudes et perspectives d'avenir

Malgré la réduction attendue des jours de télétravail, les directeurs immobiliers estiment qu'on ne reviendra jamais aux surfaces d'avant-Covid. « Les modes de travail sont désormais hybrides », constatent-ils. Les immeubles actuels, plus souples et rationnels, peuvent accueillir plus de monde grâce à leur flexibilité.

Une inconnue majeure persiste : « Il est encore difficile de mesurer l'impact de l'IA sur les métiers, sur les effectifs des sociétés, donc, à terme, sur leurs besoins de surfaces », souligne un expert. Le secteur immobilier tertiaire français navigue ainsi entre transformation nécessaire et adaptation constante aux évolutions économiques et technologiques.