Le marché immobilier français en 2025 : une reprise contrastée et fragile
Le secteur immobilier français a clôturé l'année 2025 dans une situation d'équilibre précaire, marquée par une divergence prononcée entre le marché de l'ancien, qui affiche une reprise significative, et celui du neuf, qui reste durablement à la traîne. Cette dualité structurelle redéfinit les dynamiques d'achat et les perspectives pour les années à venir.
L'ancien tire son épingle du jeu avec une hausse de 12% des transactions
Sur les douze derniers mois, près de 945 000 logements anciens ont changé de mains, représentant une progression solide de 12% par rapport à l'année précédente. Toutefois, ce volume demeure inférieur d'un quart aux records enregistrés à l'été 2021, témoignant d'une reprise mesurée.
« Les perspectives de marché sont bonnes pour 2026. Les clients se sont habitués aux aléas géopolitiques et souhaitent toujours investir dans la pierre, valeur refuge particulièrement pour les biens haut de gamme », analyse Julien Haussy, président d'Espaces atypiques.
Un marché ancien dominé par la logique d'usage et la qualité
Le marché de l'ancien est désormais structuré autour d'une exigence accrue des acquéreurs. Les biens fonctionnels, bien configurés, avec deux ou trois chambres et une performance énergétique satisfaisante, trouvent preneur rapidement. À l'inverse, les logements standards ou énergétiquement inefficients stagnent, accentuant une fragmentation du marché de plus en plus marquée.
Comme le souligne Thomas Lefebvre, directeur de l'analyse économique chez Meilleurs Agents, « les acheteurs recherchent des biens prêts à vivre, sans travaux lourds, et la performance énergétique est devenue un critère incontournable de valorisation ».
Cette reprise s'opère dans un cadre plus raisonné : les prix se stabilisent après une correction cumulée de 7% entre 2023 et 2024, et les délais de vente s'allongent, offrant aux acheteurs le temps nécessaire pour évaluer minutieusement la configuration, l'exposition et le coût potentiel des travaux. Les primo-accédants représentent désormais 35% des transactions, soutenus par le Prêt à Taux Zéro et des taux d'intérêt revenus à des niveaux soutenables. Les secundo-accédants restent la principale force d'achat, tandis que l'absence persistante des investisseurs privés accentue la tension sur le marché locatif, notamment dans les grandes agglomérations.
Le neuf en grande difficulté structurelle
Le segment du neuf, quant à lui, traverse une période de crise profonde. Les ventes aux investisseurs particuliers se sont effondrées à seulement 9 500 unités en 2025, contre 65 000 lors d'une année normale. Les délais de commercialisation dépassent désormais fréquemment deux ans dans de nombreuses villes.
Plusieurs facteurs expliquent cette paralysie :
- Les coûts de construction élevés
- La complexité croissante des normes environnementales
- La rareté du foncier disponible
- La fin du dispositif Pinel fin 2024
Cette conjonction défavorable a fortement réduit l'offre nouvelle sur le marché.
Le gouvernement dévoile un plan de relance ambitieux
Face à cette situation préoccupante, l'exécutif a annoncé des mesures ambitieuses pour relancer la construction. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fixé un objectif de 2 millions de logements construits d'ici 2030, soit une moyenne de 400 000 par an.
Le statut fiscal du bailleur privé, inspiré du rapport Daubresse-Cosson, prévoit un amortissement de 5% sur vingt ans pour le neuf, constituant un signal de confiance important pour les investisseurs. Le plan Relance Logement 2026 ambitionne de produire 50 000 logements locatifs supplémentaires dès cette année, tandis que le maintien de MaPrimeRénov' accompagne la transition énergétique du parc existant.
Pour Guillaume Martinaud, président du réseau Orpi, ces annonces sont rassurantes : « Les mesures offrent des perspectives aux investisseurs et aux professionnels. Psychologiquement, cela redonne confiance, ce qui est essentiel dans un domaine où le long terme est la règle. »
Une performance énergétique devenue centrale dans la valorisation
Dans l'ancien, la stabilisation des transactions permet de consolider les prix. Les biens de qualité, bien situés et rénovés, continuent de résister et parfois de surperformer dans les quartiers prisés. En revanche, les appartements standards subissent davantage la pression de la négociation, et tout défaut – mauvais plan, premier étage, travaux à prévoir – est désormais sévèrement sanctionné.
La performance énergétique est devenue un critère décisif : les logements classés F ou G sont pénalisés et parfois exclus du financement bancaire, reflétant une prise de conscience collective des enjeux environnementaux et économiques.
Yann Jehanno, président de Laforêt, souligne l'évolution du profil d'achat : « Les transactions progressent, mais la reprise reste fragmentée. Les primo-accédants gagnent du terrain, mais les investisseurs privés sont toujours en retrait. La tension sur l'offre locative demeure, et la progression des prix pourrait rapidement compliquer l'accès à la propriété pour les ménages modestes. »
Paris : un microcosme des tendances nationales
À Paris, les appartements haussmanniens ou les biens rénovés clé en main continuent de capter une demande soutenue, y compris internationale. Les biens plus ordinaires connaissent quant à eux des négociations serrées et des délais de commercialisation plus longs. Le marché ancien s'est ainsi transformé en un marché d'usagers exigeants, où la qualité, l'emplacement stratégique et l'efficacité énergétique dictent désormais la valeur.
Perspectives 2026 : prudence et espoir
Pour 2026, la trajectoire du marché ancien devrait rester stable, à condition de maintenir des prix maîtrisés et des conditions de financement accessibles. La relance du neuf et de l'investissement locatif privé demeure cruciale pour équilibrer le marché sur le long terme et répondre aux besoins structurels de logements.
Ainsi, la pierre conserve son rôle central dans l'économie et dans le patrimoine des Français. Le marché ancien tire la reprise, tandis que le neuf attend un relèvement structurel, dépendant étroitement des mesures gouvernementales et du retour de confiance des investisseurs. L'année 2025 a démontré qu'une reprise stable et raisonnée est possible même dans un contexte économique incertain. Les perspectives pour 2026 restent prudentes mais encourageantes : la lisibilité retrouvée du marché ancien et le succès des mesures pour le neuf détermineront l'avenir de l'investissement locatif et de la production de logements en France.



