Un projet hôtelier né en période de Covid remis en question
Le projet de réhabilitation des Nouvelles Galeries à Mont-de-Marsan, centré autour d'un hôtel Ibis Style 3 étoiles imaginé pendant la pandémie de Covid-19, est-il toujours viable en 2026 ? Le journal Sud Ouest a interrogé des professionnels de l'hôtellerie de la ville et de la région sur cette question cruciale, dans un contexte économique radicalement différent de celui de 2020.
Des acteurs économiques divisés et anonymes
Tous les professionnels consultés ont requis l'anonymat, révélant un débat qui a monté les acteurs économiques « les uns contre les autres », comme le déplore l'un d'entre eux. « Ce n'est pas un hôtel qui va régler les problèmes du centre-ville », confie-t-il, regrettant le dialogue de sourds qui s'est instauré.
Ce témoin, bien conscient des difficultés des commerçants du centre-ville et de leurs attentes, ajoute : « Pour parler de l'attractivité de la ville, il aurait fallu se coordonner avec tous les acteurs du tourisme et instaurer un vrai dialogue. »
Des calculs de rentabilité alarmants
Les professionnels établissent des évaluations préoccupantes : avec les taux de remplissage moyens actuels, la concurrence accrue des Airbnb (inexistante il y a cinq ans) et les charges de fonctionnement 24h/24, il faudrait des prix moyens annuels entre 130 et 150 euros la chambre pour rentabiliser cet hôtel.
« 100 euros, c'est un cap psychologique difficile à franchir à Mont-de-Marsan. Même en visant une clientèle professionnelle qui est moins regardante », explique un hôtelier.
La Base aérienne comme sauveur actuel
Un témoin révèle : « À l'heure actuelle, les hôtels montois touchent leur seuil de rentabilité. Je souhaiterais qu'il y ait la place pour un autre hôtel, mais pas tant qu'il n'y a pas la LGV. Ce qui nous sauve aujourd'hui, c'est la Base aérienne. Comme en ce mois de février avec l'opération Orion qui remplit les hôtels de la ville. »
Des griefs juridiques et un manque de transparence
Parmi les griefs des hôteliers qui se sont pourvus en justice figure la non-communication de l'étude de marché sur laquelle les promoteurs se basaient. Interrogé sur ce qui semble être un manque de transparence, le cabinet du maire répond que « l'étude a été commandée et financée par l'hôtelier et ses co-investisseurs. La collectivité en a eu connaissance, mais sous couvert de confidentialité, ce document ne lui appartenant pas. Il est parfaitement compréhensible que l'opérateur ne souhaite pas diffuser une étude stratégique, qui pourrait être exploitée par des concurrents. »
Accor et la stratégie hôtelière locale
Atalante Hotels Investment, investisseur et exploitant de l'hôtel du groupe Accor, n'a pas souhaité répondre aux questions. La stratégie expliquée en 2021 consistait à installer dans la préfecture landaise le premier groupe hôtelier en France pour capter une clientèle fidélisée qui s'en allait ailleurs.
Pourtant, depuis juillet 2022, Accor a un franchisé installé dans le paysage montois avec l'Ibis Budget 2 étoiles ouvert en périphérie de la ville. D'après nos informations, cet Ibis Budget aurait pu être un Ibis Style, mais le niveau 2 étoiles permettait de prendre moins de risques financiers.
Un investissement contesté
En parallèle, c'est pour un hôtel 4 étoiles de la marque Mercure que le responsable développement d'Accor avait signé la lettre d'intention à l'investisseur Atalante en décembre 2020. « Le prix d'investissement à la chambre est le même qu'à Paris. C'est un non-sens économique à l'échelle de Mont-de-Marsan », calcule un investisseur hôtelier régional.
La défense du promoteur
« Le projet était viable le jour où on l'a fait, il n'y avait pas de sujet », répond le président d'Eovest, Frédéric Cazeaux. Le promoteur remarque que le temps a aussi fait évoluer le marché hôtelier dans leur sens, puisqu'il y a encore moins de chambres en centre-ville depuis la fermeture du Richelieu.
Les grandes salles de séminaires, dont le manque était pointé il y a cinq ans, sont toujours inexistantes. Mais M. Cazeaux doit désormais composer avec un contexte économique du BTP chamboulé par la crise inflationniste du coût des matériaux et des taux d'emprunts bancaires relevés.
« Le jour où ça redémarrera, bien évidemment, on reprendra le projet à bras-le-corps et on sera les premiers à dire où on en est, comment ça va se passer, qui fait quoi et comment », assure-t-il.



