Une crise structurelle et multifonctionnelle du logement neuf en Occitanie
Le marché de la production de logements neufs en Occitanie, et plus particulièrement dans l'ancienne région Languedoc-Roussillon, traverse une crise profonde qui s'aggrave d'année en année. Thierry Iacazio, président de la fédération régionale des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée (FPI OM), ne mâche pas ses mots : "Nous sommes sur une crise du logement structurelle, multifonctionnelle et sociale". Cette déclaration intervient alors que les chiffres de l'année 2025 confirment une tendance alarmante.
Des indicateurs tous en recul alarmant
Les données présentées par la FPI OM, élaborées par le cabinet spécialisé Adéquation, révèlent une situation préoccupante. Les mises en vente ont reculé pour la troisième année consécutive, avec une baisse de 13% par rapport à 2024. Mais le plus inquiétant concerne les ventes effectives : seulement 2 072 logements neufs ont été vendus sur l'ensemble du territoire régional en 2025, ce qui représente une chute spectaculaire de 27% par rapport à l'année précédente.
Ce chiffre marque "un plus bas niveau historique depuis 2019", selon les experts. La FPI OM insiste sur le fait que "tous les indicateurs sont en recul", confirmant ainsi la gravité de la crise qui touche le secteur immobilier régional.
La disparition des investisseurs : un tournant majeur
L'une des principales explications de cette dégringolade réside dans la quasi-disparition des acheteurs investisseurs. Ces derniers, qui constituaient la force motrice du marché régional, ne représentent plus que 20% des acquéreurs, alors qu'ils atteignaient plus de 60% des ventes entre 2019 et 2024, et même 80% dans les années 2000.
Thierry Iacazio précise : "Les départements du littoral ont toujours attiré les investisseurs, mais depuis la disparition de la loi de défiscalisation Pinel, ils ont disparu". Cette tendance est nationale, avec seulement 19% d'investisseurs en France en 2025, contre 81% de propriétaires occupants.
Les ventes en bloc : une bouée de sauvetage limitée
Face à cette crise sévère, une lueur d'espoir provient des ventes en bloc dites intermédiaires et sociales. Ces opérations, qui concernent des bailleurs sociaux ou des investisseurs institutionnels comme la Caisse des dépôts ou Action logement, ont représenté 1 225 logements en 2025, soit environ 37% du volume total des ventes.
Cependant, cette solution montre ses limites. Le président de la FPI OM avertit : "on arrive au bout de cet accompagnement par l'État". Au niveau national, les ventes en bloc ont accusé une baisse de 6,7% en 2025, indiquant que ce mécanisme ne suffit pas à enrayer la crise.
Des disparités régionales marquées
Le marché régional présente des contrastes saisissants. Montpellier et sa métropole résistent plutôt bien, avec une nette reprise des mises en vente (+17%) et une concentration de 42% des ventes nettes de la région, selon Tristan Séchaud, président de Cogim et vice-président de la FPI OM.
En revanche, les marchés secondaires souffrent profondément :
- Béziers : -41% de ventes au détail
- Nîmes : -46%
- Sète : -26%
- Perpignan : -9%
Seuls les marchés de Sète et du Grand Narbonne "tirent leur épingle du jeu" grâce aux ventes en bloc, avec des hausses respectives de +37% et +24%.
Une tension locative exacerbée
Cette crise de la production de logements neufs a des conséquences directes sur le marché locatif. Thierry Iacazio souligne : "Il y a une tension extrême sur le marché locatif, qui concourt à l'augmentation des loyers". La diminution de l'offre de logements neufs, combinée à la disparition des investisseurs qui achetaient pour louer, crée une situation de pénurie qui pèse sur l'ensemble du territoire régional.
La crise du logement en Occitanie, loin de se résorber, s'installe dans la durée avec des impacts sociaux et économiques de plus en plus visibles. Les professionnels du secteur attendent des mesures structurelles pour relancer une production de logements neufs essentielle au dynamisme régional.



