Crise du logement dans les Alpes-Maritimes : la CCI Nice Côte d'Azur lance un manifeste avec 70 propositions
La Chambre de commerce et d'industrie Nice Côte d'Azur (CCI) s'empare du dossier brûlant de l'immobilier dans les Alpes-Maritimes en publiant un manifeste contenant 70 propositions concrètes. Ce document, élaboré avec de nombreux acteurs économiques locaux, vise à résoudre la polycrise du logement qui frappe le département.
Une situation alarmante confirmée par les chiffres
Les données de l'Observatoire de l'immobilier et de l'habitat de Nice sont sans appel : il faudrait construire 5 000 logements par an dans les Alpes-Maritimes, contre seulement 3 000 maximum ces dernières années. L'offre locative a diminué de moitié depuis 2019, tandis que les prix des logements neufs dépassent les 6 800 euros le mètre carré. Le nombre de permis de construire s'effondre, avec seulement 79 délivrés en 2025 contre 169 il y a dix ans.
Le préfet des Alpes-Maritimes alerte : « Nous sommes le département français qui enregistre le plus de recours de tiers contre les permis. Si nous ne construisons pas davantage, nous allons sacrifier les générations actuelles et futures. » Il prévoit une perte de 3 000 écoliers à la prochaine rentrée et 10 000 d'ici cinq ans, soulignant que 71 % de la population maralpine serait éligible à un logement social, lui-même en pénurie.
Les dix enjeux phares du manifeste
Le manifeste identifie dix grands défis, avec des solutions parmi les 70 proposées :
- Faciliter l'accès au foncier : Construire dans des zones industrielles, couvrir l'autoroute A8 pour créer du foncier, supprimer les chartes contraignantes.
- Simplifier l'octroi des permis de construire : Généraliser une prime aux maires bâtisseurs, travailler sur l'acceptation sociale des projets.
- Agir sur la réglementation et la fiscalité : Réguler les résidences secondaires (25 % des logements), donner aux maires le contrôle des attributions de logements sociaux.
- Optimiser les financements : Développer la portabilité des prêts, les prêts bonifiés et à paliers.
- Développer le logement temporaire : Intégrer le logement saisonnier dans la programmation urbaine, encourager les partenariats employeurs-bailleurs.
- Équilibrer le territoire : Analyser les logements vacants, favoriser la rénovation, étudier un métro Nice-Monaco.
- Aménagement plus vert : Promouvoir des solutions comme le gaz vert, la géothermie pour réduire les coûts et les dépenses énergétiques.
- Tenir compte des évolutions de la société : Favoriser le co-living, le coworking, le maintien à domicile des seniors via le viager.
- Pousser les idées innovantes : Constructions en 3D, surélévation, usage de matériaux intelligents.
- L'importance de l'immobilier d'entreprise : Exonérer de taxes les nouveaux immeubles vertueux, laisser faire le marché sans quotas.
La loi CHOC et le statut du bailleur privé en débat
Portée par la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone, la loi CHOC (Conforter l'Habitat, l'Offre de logements et la Construction) est en deuxième lecture à l'Assemblée nationale. Elle propose d'inclure le logement locatif intermédiaire dans les quotas de logements sociaux et de redonner du pouvoir aux maires. Cependant, l'Union nationale des centres communaux d'action sociale critique ce texte, estimant qu'il fragilise les mécanismes de rééquilibrage territorial.
Parallèlement, le statut du bailleur privé, créé par le ministre Vincent Jeanbrun, suscite des réserves. William Siksik, coprésident de la FNAIM 06, souligne : « Si on reconnaît le rôle social du bailleur privé, on ne résout rien. » Laurent Liboudan, président de la chambre des Notaires des Alpes-Maritimes, ajoute que ce dispositif manque de simplicité, de sécurité fiscale et de neutralité économique.
Un appel à l'action urgente
Christophe Bousquet, président de la fédération Côte d'Azur-Corse des promoteurs immobiliers, estime que le statut du bailleur privé peut aider, mais ne suffira pas à résoudre la crise structurelle. « D'où ce manifeste pour faire bouger les lignes, de toute urgence », insiste-t-il. La CCI Nice Côte d'Azur et ses partenaires entendent présenter ces propositions aux plus hautes instances, face à une situation qui, selon le maire de Nice Éric Ciotti, place le logement dans « un œil du cyclone terrifiant ».



