Amplitude à Bordeaux : les habitants lassés par les malfaçons du promoteur Réalités
Bordeaux : les résidents d'Amplitude face aux malfaçons de Réalités

Un quartier neuf déjà marqué par les défaillances

Entre les terrains synthétiques et les nouveaux immeubles, entre la rue de Cénac et la rue Buthaud, la sente de la Frégate serpente dans le nouveau quartier de la rive droite bordelaise. À hauteur de la résidence Amplitude, Matthieu Courmont et Samuel Grevillot désignent ce qu'ils considèrent comme « le symbole des malfaçons » sur le programme immobilier où ils ont acquis chacun un appartement : une faille avec un dénivelé de plusieurs centimètres qui s'étend sur une centaine de mètres, depuis les entrées des bâtiments jusqu'à la rue Buthaud.

Un projet ambitieux aux origines complexes

En décembre 2016, l'établissement public d'aménagement Euratlantique choisissait le promoteur nantais Réalités pour construire un îlot majeur du nouveau quartier Deschamps-Belvédère. Le projet annonçait alors :

  • 160 logements dont 25% sociaux et 20% à loyers intermédiaires
  • Huit bâtiments allant jusqu'à R+8 sur la rue Dunant
  • Des cours intérieures étagées innovantes
  • Un parking de 400 places et un gymnase avec vestiaires au rez-de-chaussée
  • Un lieu de vie et club-house au premier niveau, dans la célèbre « boîte » rouge

Des résidents confrontés à une réalité difficile

« Les premiers habitants sont arrivés en 2024 dans un chantier où les parties communes n'étaient pas encore terminées », déplore Matthieu Courmont, membre du conseil syndical de copropriété des quatre immeubles de la résidence Amplitude. « Cela a été un défilé d'entreprises défaillantes, souvent parce qu'elles n'étaient pas payées. La maîtrise d'œuvre a changé entre gros et second œuvre, mais une négligence générale est évidente. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les dysfonctionnements et retards se sont accumulés, avec environ cinquante mises en demeure et procédures engagées. Une expertise réalisée mi-2025 a estimé les dommages sur les parties communes à 125 000 euros, révélant l'ampleur des problèmes.

Les difficultés financières du promoteur en cause

La cause principale de ces défaillances est connue de tous : les graves difficultés financières du promoteur Réalités. Le groupe a été placé en redressement judiciaire en février 2025, et la SNC Dumont, support juridique du projet, a suivi le même chemin à l'automne dernier.

Matthieu Courmont guide la visite de l'îlot à l'architecture audacieuse mais constellée de malfaçons : carrelages cassés, butées de portes manquantes, défauts d'étanchéité, et cette fameuse faille à l'entrée. « Une pauvre pièce métallique a été posée pour permettre aux personnes à mobilité réduite de passer, mais des gens ont déjà chuté », note Samuel Grevillot, autre membre du conseil syndical.

Une sortie de redressement judiciaire qui laisse des doutes

Le groupe Réalités vient de sortir de son redressement judiciaire par décision du tribunal de commerce de Nantes le 19 février. Cependant, sa capacité à effectuer les nombreux correctifs nécessaires reste incertaine, compte tenu du plan draconien présenté au tribunal pour renflouer une dette estimée à 240 millions d'euros.

Interrogé, le promoteur répond de manière évasive : « Le groupe demeure pleinement disposé à poursuivre les échanges avec les copropriétaires concernés afin d'examiner les points restant en discussion et d'identifier les solutions appropriées. »

Des équipements publics en suspens

La situation stagne également du côté des équipements publics. La sente de la Frégate, cédée par Euratlantique à Bordeaux Métropole en juin 2021, présente des désordres que la collectivité estime « non irrémédiables » mais relevant de la responsabilité du promoteur.

La réfection de la faille principale est estimée à 75 000 euros, tandis qu'une brèche limitrophe sur la rue Buthaud nécessiterait 11 539 euros de travaux. Bordeaux Métropole annonce un « programme de travaux validé fin janvier et une intervention prévue au printemps ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le préau sportif et la boîte rouge dans l'incertitude

L'adjoint bordelais aux sports Mathieu Hazouard apporte « son soutien aux habitants des résidences » mais n'évoque que le préau sportif, toujours inutilisé. « Il deviendra à l'été 2026 un terrain à la disposition du Tennis Club de la Bastide avec des créneaux scolaires ».

Quant à la fameuse « boîte rouge » que la mairie devait acquérir, la vente a été annulée car l'équipement avait été hypothéqué dans le cadre de la procédure judiciaire. Une nouvelle incertitude dans le feuilleton Amplitude, où 157 logements, un parking de 400 places, un préau sportif, des vestiaires et un club-house attendent toujours une résolution complète de leurs problèmes.