Cartes Pokémon : Le fisc français cible désormais les collections de valeur
Elles ne coûtent que quelques centimes à produire, mais peuvent rapporter jusqu'à plusieurs millions de dollars à leurs propriétaires. Depuis leur lancement officiel en 1996, les cartes Pokémon se sont transformées en véritables œuvres d'art, et leur valeur a connu une ascension fulgurante. Bien que les cartes à collectionner soient soumises à un cadre fiscal spécifique en France, les règles varient en fonction de leur usage. Conséquence directe : les cartes Pokémon les plus chères se retrouvent désormais dans le collimateur du Trésor public.
Pikachu et Dracaufeu dans le viseur du Fisc
Bien avant les cartes Pokémon ou Magic : The Gathering, les cartes de joueurs de baseball, de basket, de football américain ou de hockey faisaient déjà l'objet de spéculations effrénées. Aujourd'hui, les cartes à collectionner ne s'échangent plus dans les cours de récréation, mais lors d'événements nationaux ou sur des plateformes d'enchères spécialisées. Plus elles sont rares, plus leur prix s'envole. Si la majorité des cartes ne valent que quelques centimes ou euros, certaines atteignent des montants astronomiques.
La palme revient à la carte « Pikachu Illustrator » de 1998. Imprimée à seulement 39 exemplaires dans le monde, elle a été vendue aux enchères en 2022 pour la somme colossale de 5.275.000 dollars au célèbre youtubeur Logan Paul. Ce prix a permis à l'objet d'entrer au Guinness Book des records comme la carte Pokémon la plus chère de l'histoire, avant d'être remise en vente récemment. En comparaison, la carte Magic : The Gathering la plus chère est un Lotus Noir édition Alpha de 1993, vendue aux enchères en 2024 pour « seulement » 3 millions de dollars.
En France, les montants sont généralement plus modestes, mais l'engouement reste similaire. En juin 2021, un collectionneur français a déboursé 11.904 euros pour acquérir un Dracaufeu extrêmement rare, noté 9 par PSA, lors d'une vente aux enchères à Troyes (Aube). Un record national qui illustre la passion des collectionneurs hexagonaux.
36,2 % d'imposition et exceptions fiscales complexes
Selon une enquête menée par eBay et YouGov en 2023, 8 % de la population française collectionne des cartes Pokémon, soit près de 4 millions de personnes. Pourtant, une mise à jour du bulletin officiel des finances publiques (BOFIP) datant de 2024 précise que ces cartes ne sont pas reconnues par l'administration fiscale comme des « objets de collection », au même titre que les timbres ou les cartes postales. Au-delà de 5.000 euros de vente, les collectionneurs doivent donc s'acquitter de 36,2 % d'impôts sur la plus-value réalisée.
En dessous de ce seuil, leur statut fiscal les classe plutôt parmi les « biens de consommation courante », avec deux exceptions notables. Selon l'article 98 A du Code général des impôts, si une carte présente un intérêt « historique ou ethnographique », elle devient imposable. Cela peut concerner, par exemple, une première impression ou une carte exclusive liée à un événement spécifique. Dans ce cas, une déclaration auprès du Trésor public est obligatoire.
Une autre subtilité fiscale mérite attention : une carte mise sous vide dès l'ouverture d'un pack est considérée comme neuve. Cependant, un objet neuf, à moins d'être parfaitement unique comme une œuvre d'art, ne peut pas être classé comme « objet de collection ». Cette distinction incite les collectionneurs à réfléchir à deux fois avant de vendre leurs pièces les plus précieuses, sous peine de conséquences fiscales inattendues.



