Verrerie Arc : un plan social drastique pour sauver le fleuron industriel d'Arques
Le tribunal de commerce de Tourcoing a validé, vendredi dernier, le projet de reprise de la verrerie Arc par Timothée Durand. Ce mardi, le nouveau dirigeant a dévoilé les contours douloureux du plan de restructuration nécessaire à la survie de l'entreprise, dont le site principal est implanté à Arques, dans le Pas-de-Calais.
700 suppressions de postes, dont 250 contraintes
« Environ 250 personnes devront partir de manière contrainte », a déclaré Timothée Durand lors d'un point presse aux côtés du ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin. « C'est malheureux, et j'ai une vraie pensée pour ces personnes aujourd'hui », a-t-il ajouté, reconnaissant la dureté de la mesure.
Les 450 autres suppressions de postes se feront via des départs volontaires. Au total, les effectifs du site d'Arques passeront de 3 500 à 2 700 salariés, soit une réduction de près de 23% de la masse salariale.
Un plan en deux étapes pour retrouver la profitabilité
Timothée Durand justifie ce redimensionnement radical par l'impérieuse nécessité de rendre l'entreprise « profitable très rapidement ». Une première phase de « stabilisation », incluant ces réductions d'effectifs, doit permettre d'assainir les finances.
La seconde étape du plan reposera sur « beaucoup d'innovation pour monter en gamme progressivement et être plus compétitifs sur les marchés que nous visons », a souligné le repreneur, issu d'une famille historique de dirigeants du groupe. L'entreprise bicentenaire sera prochainement rebaptisée « Verrerie Arc 1825 ».
Des tensions sur les départs volontaires
Frédéric Specque, délégué CGT chez Arc, a exprimé son amertume concernant la gestion des départs. Il estime que tout n'a pas été fait pour maximiser le nombre de départs volontaires. « Dans certaines catégories professionnelles, les demandes de départs volontaires excèdent le nombre de suppressions de postes prévues », a-t-il déploré.
Cette situation paradoxale signifie, selon le syndicaliste, que « on va faire rester des gens qui veulent partir » et, à l'inverse, « on va faire partir des gens qui auraient voulu rester », créant une source supplémentaire de frustration et d'injustice perçue parmi le personnel.
L'État promet un accompagnement et des reclassements
Présent sur le site, le ministre délégué Sébastien Martin s'est félicité de cette reprise, qualifiant l'offre de Timothée Durand de « courageuse et audacieuse ». Il a salué la préservation de ce « fleuron industriel ».
L'État se dit « aux côtés de tous les salariés » non repris. Sébastien Martin a cité plusieurs dispositifs d'accompagnement :
- Une « mission spéciale » mise en place par France Travail pour le reclassement.
- Un dispositif de « rebond industriel » pour aider les entreprises locales à accélérer leur développement et créer des emplois.
« Il y a déjà un peu plus de 110 emplois liés à des investissements industriels » qui ont été identifiés au niveau du bassin d'emploi local, a assuré le ministre, évoquant une centaine de possibilités de reclassement déjà identifiées.
Les causes de la crise : énergie, inflation et concurrence
Arc, l'un des principaux producteurs mondiaux de verres pour les arts de la table, a été sévèrement fragilisé par un triple choc :
- La flambée historique des coûts de l'énergie.
- La pression inflationniste sur l'ensemble de ses coûts de production.
- L'intensification brutale de la concurrence asiatique, qui pèse sur les prix et les parts de marché.
Ce plan social douloureux apparaît ainsi comme le prix à payer pour tenter de sauver une entreprise au patrimoine historique et industriel considérable, mais mise à genoux par un contexte économique extrêmement défavorable.



