Anna Douaa Almaleh : un parcours de résilience de la Syrie à La Rochelle
Anna Douaa Almaleh, Syrienne naturalisée française en 2019, a ouvert son institut de beauté Lazoya à La Rochelle. Aujourd'hui âgée de 27 ans, maman et cheffe d'entreprise, elle se dit profondément reconnaissante envers la France qui lui a permis de réaliser son rêve. Elle interrompt régulièrement ses activités pour aller à la rencontre des passants, comme cette vieille dame arrêtée devant la vitrine de son institut, avenue Jean-Guiton. « Non, non, je n'ai besoin de rien », lui répond cette dernière sèchement avant de s'éloigner. Anna ne perd jamais son sourire, même face à l'impolitesse de certains riverains.
Un institut qui transforme le quartier
Son centre de beauté Lazoya attire immédiatement l'œil. Les murs peints en rose, la décoration soignée et les fauteuils capitonnés changent radicalement l'identité du lieu, qui n'était rien d'autre qu'une pizzeria il y a encore quelques mois. La jeune femme a réalisé son rêve après un long chemin parcouru. À 14 ans, elle a fui son pays natal, la Syrie, aux côtés de ses parents et de son frère aîné. En 2022, le journal Sud Ouest l'avait rencontrée pendant la campagne présidentielle pour évoquer la politique migratoire.
Quatre ans plus tard, la voilà maman d'une petite Rose de trois ans et demi aux cheveux blonds et aux yeux bleu-vert, et cheffe d'entreprise à part entière. Depuis la dernière rencontre médiatique, elle a obtenu son CAP esthétique, plusieurs diplômes à Paris, et a finalement ouvert son centre le 9 février 2026. Son visage s'illumine lorsqu'elle évoque son projet : « Ici, j'ai tout ce que j'aime. »
Un passé douloureux et une famille marquée
Naturalisée en 2019 en même temps que son frère Wassim, elle n'a pas eu droit à une cérémonie officielle comme c'est le cas habituellement en sous-préfecture. « En 2020 est arrivé le Covid. C'est dommage, j'aurais adoré. » Il est loin le temps des bombes, des coupures d'eau et d'électricité à Damas. « Ça va faire bientôt autant de temps que je suis en France que je l'ai été en Syrie. Si je reviens, on me prendra pour une étrangère. »
Son père a été emprisonné et torturé en Syrie avant de réussir à fuir. Son deuxième frère, lui, n'en est jamais sorti. « Après la chute du régime de Bachar Al Assad, on n'a eu aucune nouvelle. Il est mort maintenant, je le sais », confie-t-elle sans pouvoir retenir ses larmes. Anna connaît sa chance et répète souvent : « La France m'a beaucoup donné. »
La transformation d'une femme forte
L'exil, les papiers de réfugiés politiques, l'accueil par la Cada (Commission d'accès aux documents administratifs) de Rochefort, tout cela ajouté à un grave accident de la circulation en 2018 dans l'île de Ré, ont transformé la petite fille déracinée en femme résiliente. « Après ce que j'ai vécu, je me bats tous les jours. Il a fallu s'intégrer, apprendre la langue, s'investir. Je connais la valeur de la vie. Je sais qu'il faut prendre des risques pour réussir. »
Les défis de l'entrepreneuriat en France
Avant de se lancer dans la création d'entreprise, Anna ne se doutait pas que la France pouvait aussi avoir une face sombre. « L'administration française est vraiment très compliquée. On incite les gens à entreprendre mais la réglementation est trop stricte. » Elle ne compte pas ses heures mais accueille toujours ses clientes avec le sourire. « Tout le monde ici est le bienvenu. »
Sur le mur de son institut, son histoire est encadrée en quelques lignes. « J'ai traversé des choses difficiles, certaines de mes clientes aussi. Je veux qu'elles sachent que je les comprends mieux que personne. De ma résilience est née Lazoya, un lieu de soin, de confiance et de renaissance. Ici, les personnes repartent plus belles, plus fortes et plus confiantes. »
Une famille toujours en attente
Si Anna est désormais française, ses parents attendent toujours leur naturalisation. « Ils sont très bien intégrés, on ne comprend pas. » Son mari aussi, Syrien comme elle, n'a toujours pas obtenu le précieux sésame. Elle espère que la procédure aboutira rapidement. « Si on demande la nationalité, c'est qu'on a besoin de sécurité. »
Quand elle se retourne sur son passé, Anna affiche une fierté légitime : « Je suis fière de mon parcours, sourit-elle. Ça a été dur, il a fallu aller le chercher ce bonheur. À un moment, il faut s'investir et arrêter de rêver. C'est ce que j'ai fait. » Son institut Lazoya n'est pas seulement un centre de beauté, mais le symbole tangible de sa réussite et de son intégration réussie en France.



