Stellantis envisage de renoncer à sa coentreprise avec Samsung pour les batteries électriques
Le constructeur automobile Stellantis, confronté à une chute spectaculaire de son cours en Bourse, envisagerait sérieusement d'abandonner son projet de coentreprise avec le géant sud-coréen Samsung dans le domaine crucial des batteries électriques. Cette information, révélée mardi par l'agence Bloomberg, jette une ombre sur l'avenir de ce partenariat stratégique.
Un projet ambitieux menacé
Interrogé par l'AFP sur ces rumeurs, Stellantis a répondu de manière évasive mardi soir : "Nous poursuivons des discussions de collaboration avec Samsung sur l'avenir de notre coentreprise StarPlus Energy", sans fournir de précisions supplémentaires. Cette réponse prudente contraste avec les ambitions affichées précédemment.
Le projet, annoncé en mai 2022 puis en octobre 2023, prévoyait la construction de deux gigantesques usines de batteries pour véhicules électriques à Kokomo, dans l'Indiana aux États-Unis. L'investissement global était estimé à plus de 6,3 milliards de dollars, soit environ 5,3 milliards d'euros au cours actuel. Ce projet devait générer la création de 2.800 nouveaux emplois, une perspective particulièrement attractive pour la région.
Le contexte difficile de Stellantis
Cette remise en question intervient dans un contexte particulièrement difficile pour Stellantis. Le groupe a annoncé vendredi dernier des charges exceptionnelles colossales de 22 milliards d'euros dans ses résultats 2025, expliquant avoir "surestimé" les ventes de voitures électriques, notamment sur le marché américain.
Parmi ces charges, 14,7 milliards d'euros concernent spécifiquement la révision de la ligne de produits aux États-Unis, où le marché des véhicules électriques stagne, freiné par une réglementation devenue moins favorable sous l'administration Trump. Cette annonce a provoqué une chute vertigineuse du cours de bourse du constructeur, qui a perdu la moitié de sa valeur depuis un an.
Un virage stratégique nécessaire
Le nouveau directeur général du groupe, Antonio Filosa, a justifié ce virage stratégique en évoquant "un excès d'optimisme sur le rythme d'adoption de l'électrification, surtout en Amérique du Nord, mais aussi en Europe". Stellantis, cinquième constructeur automobile mondial, a déjà subi en 2024 une baisse de 70% de son bénéfice net et de 17% de ses ventes.
Pénalisé par ses prix élevés et devancé par ses concurrents, le groupe a essuyé au premier semestre 2025 une perte nette de 2,3 milliards d'euros. "Aux États-Unis, la demande clients et l'évolution réglementaire nécessitent un rééquilibrage vers plus de technologies thermiques et hybrides", a insisté le directeur général vendredi, annonçant un réexamen complet de la chaîne d'approvisionnement du groupe dédiée aux véhicules électriques.
Des retraits stratégiques déjà engagés
Ce possible abandon du partenariat avec Samsung s'inscrit dans une série de reculs stratégiques pour Stellantis. Le groupe a déjà annoncé vendredi la cession de ses 49% dans NextStar Energy, la première "gigafactory" de batteries du Canada, revendus à son partenaire LG Energy Solution.
Stellantis envisageait initialement de vendre 50% de voitures électriques aux États-Unis d'ici 2030, avec 25 lancements de nouveaux véhicules prévus. Cet objectif semble aujourd'hui sérieusement compromis par les difficultés du marché et les erreurs de prévision du groupe.
De son côté, Samsung n'a fait aucun commentaire supplémentaire mercredi, renvoyant simplement l'AFP à la réponse déjà fournie par Stellantis. L'avenir de cette coentreprise, qui symbolisait les ambitions électriques du constructeur, apparaît donc plus incertain que jamais dans un secteur automobile en pleine mutation.



