Olivier Babeau décrypte la révolution technologique et ses impacts sur les compétences
Révolution technologique : impacts sur les compétences selon Babeau

L'Institut Sapiens analyse les bouleversements économiques à Bordeaux

Le président de l'Institut Sapiens, Olivier Babeau, a exposé les mutations qui redessinent en profondeur l'économie contemporaine devant un auditoire de dirigeants réunis au Palais de la Bourse de Bordeaux. Cette rencontre, organisée par le Bacchus Business Club, a placé sous les projecteurs cet économiste, universitaire et essayiste reconnu pour ses analyses qui bousculent le débat public.

Une révolution technologique sans précédent

« Nous vivons la révolution technologique la plus rapide et la plus puissante de toute l'histoire de l'humanité », a déclaré Olivier Babeau en préambule. Il a illustré ce phénomène par le concept de destruction créatrice, tout en précisant que la transformation actuelle se déploie à une vitesse et une profondeur jamais égalées auparavant.

L'expert a rappelé qu'il y a seulement trois ans, les intelligences artificielles commettaient encore de nombreuses erreurs. Depuis, leurs capacités ont connu une croissance exponentielle, rendant l'avenir particulièrement imprévisible. « Personne ne peut dire à quoi ressemblera le monde dans dix ans », a-t-il souligné, mettant en lumière l'incertitude qui plane sur les prochaines décennies.

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Les défis majeurs pour les compétences et la formation

Olivier Babeau a alerté avec force sur les conséquences de cette révolution en matière de compétences. « Le diplôme est une photo à un moment donné d'une somme de compétences », a-t-il expliqué, alors que les outils d'IA produisent désormais analyses et synthèses en quelques secondes seulement. La valeur ajoutée humaine doit donc se repositionner ailleurs.

L'économiste a évoqué un phénomène inquiétant d'unskilling : la tendance à croire maîtriser une compétence que l'on n'a en réalité jamais acquise, à force de déléguer systématiquement l'effort aux machines. Il a utilisé une métaphore parlante : « ChatGPT fait que vous avez rêvé votre passage à la salle de sport : vous avez l'impression d'avoir travaillé, mais vous n'avez rien retenu ».

L'effet ciseau et la régression cognitive

Selon son analyse, nous faisons face à un véritable effet ciseau : l'exigence de performance ne cesse d'augmenter tandis que certaines capacités cognitives fondamentales diminuent progressivement. « Pour la première fois, nous avons régressé en termes de QI de génération en génération », a-t-il constaté avec gravité.

Dans ce qu'il qualifie de « monde difficile de sa facilité », la gratification immédiate tend à surpasser la valeur de l'effort soutenu. « Aujourd'hui, il est très difficile pour un jeune d'avoir une valeur ajoutée face à la machine. Les jeunes ne sont pas plus paresseux, les raisons de faire des efforts ont disparu », a-t-il observé, pointant un changement profond des motivations.

Un optimisme lucide face à l'instabilité annoncée

Malgré cette instabilité structurelle annoncée, Olivier Babeau se dit confiant pour l'avenir. « Nous allons vivre une époque extraordinaire, mais très instable », a-t-il affirmé, adoptant un optimisme lucide qui nécessite selon lui de repenser en profondeur ce que l'on apprend, la manière dont on l'apprend et les finalités de cet apprentissage.

Pour approfondir ces réflexions cruciales, l'économiste a coécrit l'ouvrage « Ne faites plus d'études, Apprendre autrement à l'ère de l'IA », qui propose des pistes concrètes pour adapter la formation aux nouveaux paradigmes technologiques.

Une soirée placée sous le signe du vin bordelais

La conférence s'est poursuivie par une dégustation du Château Grand Mayne, Grand Cru Classé de Saint-Émilion, présenté par Jean-Antoine Nony, associé gérant du domaine. Ce vignoble de dix-sept hectares d'un seul tenant repose sur une majorité de merlot et accorde une place croissante au cabernet franc, cépage apprécié pour ses peaux plus épaisses et sa moindre sensibilité aux maladies.

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« Le raisin est le fruit d'un lieu », a souligné Jean-Antoine Nony, insistant sur l'importance des coteaux bien exposés et sur l'évolution des pratiques œnologiques bordelaises : « Aujourd'hui, on travaille davantage en infusion qu'en extraction », afin d'obtenir des vins plus lisibles et accessibles dans leur jeunesse.

Le Bacchus Business Club a déjà programmé son prochain rendez-vous pour le mardi 7 avril, avec la participation d'Alexandre Rubin, directeur général de Petit Bateau, et de Laurent Lebrun, directeur du Château Olivier, Grand Cru Classé de Graves.