Le salon Profession'L met en lumière les défis de la reprise d'entreprise par les femmes
Ce vendredi 27 février s'est tenu à Bordeaux le salon Profession'L, événement dédié à l'entrepreneuriat féminin depuis 2021. Parmi les thématiques abordées, la reprise d'entreprise a occupé une place centrale, révélant les difficultés spécifiques rencontrées par les femmes dans ce parcours professionnel encore peu féminisé.
Des statistiques qui révèlent des disparités persistantes
Si les femmes représentent 43% des dirigeants d'entreprise en Gironde, un chiffre supérieur à la moyenne nationale, cette proportion chute considérablement lorsqu'on examine les postes de direction dans les grandes entreprises (seulement 17% à l'échelle nationale en 2023) ou les reprises d'entreprises existantes. Cette sous-représentation se manifeste également dans les instances professionnelles, comme le souligne Sophie Garin, codirectrice de l'entreprise bordelaise de manutention GEM : « Il y a peu de femmes dans les instances représentatives de la profession, à la Chambre de commerce et d'industrie ou à la Banque de France. »
Témoignages de femmes entrepreneures
Présente au salon Profession'L, Sophie Garin a partagé son expérience de reprise d'entreprise familiale avec son frère. Elle révèle avoir travaillé pendant des années sur un poste équivalent au sien sans bénéficier de la même rémunération. Devenue PDG, c'est grâce à sa formation au Centre des jeunes dirigeants de Bordeaux qu'elle a appris à « s'assumer comme dirigeante » et à cesser d'être « la petite dernière de la famille ».
Éloïse Coulon, qui a repris Petit Pote, entreprise bordelaise de confection de vêtements éthiques, abonde dans ce sens : « On se croit souvent moins capable que ce qu'on est vraiment. » Elle souligne le courage nécessaire pour quitter la sécurité d'un emploi salarié et l'importance du soutien familial, ajoutant : « Si j'avais été maman solo, je ne l'aurais jamais fait. »
L'autocensure et les contraintes familiales
Selon ces entrepreneures, l'autocensure reste l'un des principaux freins à la reprise d'entreprise par des femmes. La vie de famille et ses contraintes pèsent en effet toujours plus sur le parcours professionnel des femmes que sur celui des hommes. Ces obstacles sont identifiés par la Banque de France et la Chambre de commerce et d'industrie comme les principaux freins d'accès aux postes de direction, bien que Sophie Garin et Éloïse Coulon espèrent que la nouvelle génération permettra un meilleur équilibre dans les ménages.
L'obstacle financier : un défi majeur
Christelle Pechdo, conseillère d'accompagnement pour la création et la reprise d'entreprises, met en lumière un dernier obstacle de taille : « l'argent ». En Gironde, le prix moyen de rachat d'une entreprise s'élève aujourd'hui à 763 000 euros, alors que les femmes se tournent plutôt vers de petites entreprises. La conseillère note que seulement cinq femmes se sont inscrites aux formations que la CCI propose depuis trois ans pour aider à la reprise d'entreprise.
« D'ailleurs, les femmes ont tendance à utiliser leurs fonds propres, tandis que les hommes créent ou reprennent souvent avec le compte joint », poursuit Christelle Pechdo. Elle témoigne également de l'appréhension des femmes à gérer le budget d'une entreprise, « alors qu'elles font ça au quotidien dans leur vie privée ». Elle ajoute cependant : « La reprise d'une entreprise rassure plus les banques que la création. »
Pistes pour une meilleure féminisation
Plusieurs pistes ont été évoquées pour favoriser la féminisation des reprises d'entreprises :
- Négocier le prix de rachat pour le rendre plus accessible
- Éduquer les filles à développer leur ambition et leur confiance en elles
- Révolutionner les modèles du couple pour un meilleur partage des responsabilités familiales
- Renforcer l'accompagnement spécifique pour les femmes entrepreneures
- Développer des solutions de financement adaptées aux projets portés par des femmes
Le salon Profession'L a ainsi permis de mettre en lumière les défis spécifiques auxquels font face les femmes dans la reprise d'entreprise, tout en proposant des solutions concrètes pour favoriser une plus grande égalité dans l'entrepreneuriat.



