La crise des carburants et des matières premières étrangle les prestataires de santé à domicile
Dans un contexte de flambée des prix à la pompe et d'augmentation vertigineuse du coût des matières premières, les prestataires de santé à domicile tirent la sonnette d'alarme. Cette profession essentielle, qui installe et entretient du matériel médical chez les patients, se retrouve prise en tenailles entre des charges qui explosent et des recettes qui diminuent.
Une profession réglementée face à l'inflation galopante
Nicolas Balmelle, vice-président de l'Upsadi et directeur institutionnel chez Bastide médical, ne mâche pas ses mots : "On est au bout du système...". Avec l'essence à 2 euros le litre et le gasoil à 2,50 euros depuis le début du conflit en Iran il y a six semaines, les entreprises du secteur voient leurs frais de transport s'envoler. Didier Benguigui, gérant d'Equipadom à Nîmes, confirme : "La hausse du gasoil a fait passer la facture carburant de l'entreprise de 450 à 650 euros par semaine, c'est énorme".
L'effet ciseaux : charges en hausse, recettes en baisse
Le secteur, qui compte 2 350 entreprises et 35 000 salariés en France, est à 83% composé de PME de moins de dix salariés. Pour ces structures fragiles, la situation devient critique :
- Surcoût mensuel du carburant estimé à 500 000 euros pour l'ensemble des entreprises
- Hausse des matières premières pour le matériel médical : +30% pour l'acier, +20% pour l'aluminium, +40% pour le plastique
- Augmentation du transport maritime de 1 250 dollars par container
"Un niveau de hausse identique à ceux de la période Covid ou du début de la guerre en Ukraine", précise Nicolas Balmelle.
Un système de remboursement qui ne suit pas l'inflation
Le véritable problème réside dans l'impossibilité de répercuter ces hausses sur les tarifs. La profession est strictement réglementée avec une tarification fixée par l'Assurance maladie. "Chaque année, l'État baisse le niveau des remboursements", déplore Nicolas Balmelle. "Par exemple, juste sur l'apnée du sommeil, moins 5% l'an dernier et encore moins 4% cette année. Chaque année, nous subissons entre 150 et 200 millions d'euros de baisse tarifaire..."
Conséquences concrètes pour les PME du secteur
Chez Equipadom, spécialisé dans les fauteuils roulants, la situation est devenue intenable. Didier Benguigui explique : "Je ne suis pas salarié, je ne me paye que sur les résultats qui baissent d'année en année. À ce rythme, d'ici deux ans, je ne pourrais même plus me payer...". L'entreprise a dû geler son projet d'agrandissement et réduire ses investissements.
Nicolas Balmelle met en garde contre les conséquences de cette situation : "Des PME sont complètement étranglées". Avec 18 000 véhicules sur les routes françaises pour Bastide médical seul, et une hausse du carburant de 5% à 10% depuis le début du conflit, l'impact financier est considérable pour l'ensemble du secteur.
Les prestataires de santé à domicile, ces acteurs méconnus mais essentiels du système de santé français, se retrouvent ainsi dans une impasse financière. Sans revalorisation des tarifs pour compenser l'inflation, et contrairement à d'autres professions de santé, leur survie économique est désormais en jeu.



