Une étude inédite révèle le visage des hôtes Airbnb en France
Jean-Laurent Cassely, essayiste et consultant reconnu, vient de publier une enquête approfondie intitulée « Un apéro avec 800 000 Français ». Cette analyse, basée sur des données exclusives du géant américain de la location courte durée, dresse un portrait sociologique saisissant des Français qui louent leurs biens sur la plateforme Airbnb.
Le portrait-robot de l'hôte français
L'enquête révèle que les hôtes Airbnb forment un échantillon légèrement surreprésenté dans les tranches d'âge et sociales supérieures. L'âge médian s'élève à 48 ans, contre 42 ans pour la population française générale. La grande majorité se situe entre la quarantaine et la soixantaine. Un point commun essentiel les unit : ils sont tous propriétaires de leur logement.
Ces hôtes résident principalement hors de l'Île-de-France, reflétant ainsi la répartition géographique de la population française. On les trouve dans les grandes villes, leurs couronnes résidentielles, les villes moyennes, les zones rurales et le long des littoraux.
Une France « mainstream » entre deux mondes
Jean-Laurent Cassely qualifie cette population de « France mainstream », ni reléguée ni privilégiée. Il s'agit essentiellement de classes moyennes et moyennes supérieures, actives ou retraitées, exerçant ou ayant exercé des métiers variés : comptables, militaires, infirmières, agents immobiliers, enseignants.
Le revenu brut médian annuel provenant de la location s'élève à 4 300 euros. Ces Français cherchent principalement à compléter leurs revenus pour faire face aux charges, améliorer leur cadre de vie, financer des travaux ou des vacances, ou maintenir un certain niveau de confort.
Motivations économiques et sociales
Si la motivation première reste financière, l'étude met en lumière d'autres aspects significatifs. Les hôtes les plus réguliers ont développé une véritable fibre entrepreneuriale, un sens aigu de la gestion et d'excellentes compétences relationnelles.
« J'ai observé chez beaucoup d'entre eux un fort esprit d'ouverture, une vraie envie de partager et de créer des moments de convivialité », souligne Jean-Laurent Cassely. Cette dimension sociale, très française selon lui, coexiste avec les motivations économiques, bien que certains préfèrent garder des relations plus formelles avec leurs voyageurs.
Un moral plutôt bon malgré les défis économiques
Le consultant note que cette France se porte plutôt bien sur le plan du moral et pas trop mal économiquement. Ces propriétaires ont conscience de leur relative chance : « On n'est pas les plus à plaindre. Certes, on a un crédit ou deux sur le dos, mais on peut y faire face », rapportent-ils souvent.
Cette situation provient de leur installation dans la vie et de leur capacité à constituer un patrimoine. Un point crucial alors que se pose la question de l'accession à la propriété pour les jeunes générations sans héritage.
La conversion entrepreneuriale des classes moyennes
Ces Français ont intégré que le salaire seul ne suffit plus pour bien vivre. L'étude raconte ainsi la conversion entrepreneuriale d'une France moyenne et provinciale, loin de l'image parfois véhiculée des premiers utilisateurs de l'économie numérique.
L'économie des plateformes est devenue un véritable exhausteur de classes moyennes. Certains génèrent des compléments de revenus modestes en louant leur résidence secondaire ou une dépendance transformée en tiny house. D'autres adoptent une logique d'investissement plus ambitieuse.
Un positionnement politique contrasté
L'analyse révèle un portrait politique nuancé. D'un côté, cette France de petits propriétaires pourrait apparaître conservatrice. De l'autre, elle montre un goût pour l'initiative, un esprit entrepreneurial et une appétence pour le risque.
« On perçoit bien une tension », explique Jean-Laurent Cassely. Une logique entrepreneurielle compatible avec une sensibilité libérale coexiste avec une curiosité pour les autres et une ouverture relationnelle penchant davantage à gauche sur le plan culturel.
La sensibilité à la fiscalité apparaît particulièrement marquée. Le fameux « Moi, je suis de gauche, mais... on est quand même très taxés en France » revient fréquemment dans les discussions. Avec l'âge et l'accumulation d'un petit patrimoine, ces Français deviennent plus attentifs à ces questions.
En définitive, cette étude brosse le portrait d'une France oscillant entre ouverture et inquiétude, entre initiative individuelle et conscience collective, reflétant les tensions et adaptations d'une classe moyenne confrontée aux défis économiques contemporains.



