Port de Royan : huit commerçants menacés par un appel à concurrence pour leurs locaux
Dans quelques semaines, le syndicat mixte portuaire Estuaire Royan Océan La Palmyre lancera une procédure d'appel à la concurrence pour réattribuer huit locaux commerciaux situés sur l'esplanade de Foncillon. Cette décision pourrait marquer la fin d'une longue présence pour des professionnels profondément ancrés dans le paysage portuaire.
Des entreprises familiales en sursis
Jimmy Baron a pratiquement grandi sur l'esplanade de Foncillon. L'actuel gérant de Neway, face à la cale du bac, est à peine plus âgé que la société familiale créée par son père en 1983, magasin dont le quadragénaire a repris les rênes en 2005. « Le bâtiment qui abrite l'activité de vente d'articles liés aux sports de glisse, c'est mon propre père qui l'a fait construire », confie-t-il avec émotion.
Malgré l'ancienneté de cette implantation, Jimmy Baron est en sursis. Comme lui, sept autres professionnels exerçant sur l'esplanade de Foncillon vivent cette situation précaire. Tous bénéficient d'une AOT, une autorisation d'occupation temporaire du domaine public, moyennant une redevance d'occupation. Une autorisation « précaire et révocable », selon les termes explicites du droit.
L'incertitude permanente des AOT
Bruno Samzun, directeur du syndicat mixte portuaire, explique : « À l'expiration d'une AOT, voire à tout moment, l'autorité publique qui accorde cette autorisation d'occupation temporaire a la possibilité de conserver le bâti ou de demander à l'occupant de remettre la parcelle en l'état, à savoir à nu ». Depuis une dizaine d'années, le syndicat renouvelle ces autorisations pour des durées extrêmement courtes, généralement un an seulement.
Cette situation crée une insécurité permanente pour les commerçants. « On ne peut pas investir, on n'est jamais sûrs de l'avenir », se désole Jimmy Baron. Son voisin Loïc Le Cuziat, gérant de l'entreprise de réparation navale Océane Boat, renchérit : « Avec un bail 3/6/9, on pourrait faire des travaux. Là, avec des AOT d'un an, personne ne veut investir, parce que quelques mois plus tard, le local peut être attribué à quelqu'un d'autre ».
Une mise en concurrence obligatoire
La situation se complique avec une nouvelle contrainte réglementaire. Bruno Samzun précise : « Une nouvelle ordonnance de 2017 nous contraint de lancer un appel à la concurrence ». Le syndicat mixte portuaire s'apprête donc à renouveler les huit AOT simultanément dans quelques mois.
L'appel à manifestation d'intérêt sera publié « en avril, certainement », annonce le directeur. La durée de cet appel à candidatures « n'est pas encore définie, mais il sera au minimum d'une durée d'un mois ».
Critères de sélection et nouvelles conditions
À l'ouverture de la procédure, tout professionnel intéressé pourra formuler une proposition. Bruno Samzun annonce : « Pour tout type d'activité, même si nous fixerons des critères de priorité pour des activités navales ou nautiques. Il n'y aura que pour le bâtiment du Mogador qu'il sera demandé un projet de restauration ».
Les bénéficiaires actuels devront faire face à plusieurs changements :
- Les redevances d'occupation seront revues à la hausse
- Un pourcentage minimum du chiffre d'affaires sera probablement demandé
- La libre concurrence permettra à chacun d'être mieux-disant
Une perspective à long terme
Une certitude émerge cependant : les nouvelles AOT accordées le seront pour 15 ans minimum. Bruno Samzun explique ce choix : « Le syndicat mixte portuaire a opté pour des AOT constitutives de droits réels, qui accordent plus de droits aux occupants qui peuvent avoir plus de temps pour avoir un retour sur investissement s'ils réalisent des travaux, par exemple ».
Les commerçants concernés, comme Jimmy Baron et Loïc Le Cuziat, expriment cependant leur frustration face à ce qu'ils perçoivent comme « un manque d'informations ». Bruno Samzun assure pourtant que « plusieurs réunions ont eu lieu, ces dernières années, la dernière en date en avril 2025 ».
Le président du syndicat mixte portuaire, Patrick Marengo, a adressé le 16 janvier dernier un courrier aux professionnels les informant d'une nouvelle réunion, « préalablement au lancement de la procédure de mise en concurrence ». L'avenir de ces huit entreprises familiales se jouera donc dans les prochaines semaines, entre tradition commerciale et modernisation portuaire.



